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sous forme de lithographie de traduction, prospère avec Sirouy, Maurou, suivis d’un bataillon d’exécutants très actifs.
Le bois. Ne pas confondre la question des graveurs sur bois, avec celle de la gravure sur bois. Les graveurs sur bois, eux, remarquables et capables d’exécuter n’importe quel tour de force. La gravure sur bois, en pleine crise, et toujours complètement déraillée dans les interprétations de têtes d’après Rembrandt (ou encore d’après Ribot), dans la teinte, dans le bois hors du livre, imitant la gravure ou la lithographie ! Et dans la gravure à l’aiguille, le travail impalpable, dix tailles au millimètre ! Les graveurs sur bois font ce qu’on leur commande, et c’est cela qu’on leur commande. Le bois contre nature n'est 'pas du fait des graveurs : il est du fait des peintres et dessinateurs , qui ne se doutent point de ce qu'est V illustration sur bois ; du fait de presque tous les éditeurs , qui ne se doutent point de ce qu est une page typographique . Ceci admis, nulle part les graveurs sur bois ne font mieux qu’en France: témoin Léveillé (qu’il est permis de préférer dans ses vignettes au trait d’après Le Riant pour les Chouans ), Pannemaker, Ruffe, etc.
Mais à force de vouloir présenter de grandes et
d’immenses pièces, pour accrocher de force le regard des visiteurs, ce qui est la tendance des graveurs aux expositions, on finit par nous montrer autre chose que la vérité. La situation vraie du bois doit être constatée hors de l’exposition, et il faut aller le chercher à sa place naturelle, dans des livres tels que Paysages Parisiens, Paris au hasard , les Ballades de Villon , le Dernier des Abencérages , Bruges la Morte et dans ce journal l'Image, essai fait pendant un an pour montrer ce que devrait être une revue d’art illustrée par des moyens d’art : il y avait là d’admirables pages de typographie harmonisée avec le bois.
Le bois reprend faveur dans le livre illustré d’amateur. (Les Français ont le goût du livre illustré chevillé dans l’àme.) La teinte, le faux bois, est battu en brèche. Lepère, artiste unique en son genre, représente contre elle la réaction absolue, violente, exaspérée, la recherche de la belle page par le bois marié à l’impression. D’autres suivent, Henri Paillard, etc.
L’estampe originale est au pinacle et se développe de plus en plus ; chaque pays brille. L’Angleterre avec le grand nom de Seymour 1 laden, et avec Cameron dont les vues prises dans les villes d’Ecosse et a
Londres sont des eaux fortes de premier ordre ; avec Hall, Haig, Herkomer, Heseltine, Wyllie et les bois de Nicholson ; les Etats-Unis avec Whistler, si subtil ; avec Pennell, exposant son Endroit le plus curieux du monde , qui n’est autre que la ville du Puy ; la Suède, avec Zorn sabrant ses planches de rayures jamais croisées et arrivant à un effet net et puissant ; l'Allemagne, avec les sociétés de gravure originale de Berlin et de Munich : de la première fait partie Menzel, chargé d’ans et de gloire (en lui décernant un grand prix en 1900, plus d’un juré, bibliophile reconnaissant, pensait aux illustrations pleines de brio et de nerf, à ces bois extraordinaires qui, il y a soixante ans, illustrèrent la Vie de Frédéric //), avec Forberg, qui expose un grand portrait d’homme, eaux-forte de la plus vigoureuse facture, avec Mlle Stein (qui n’expose pas). Le Danemarck a Kroyer, la Norvège Nordhagen, la Finlande Galien, la Russie Matthée, la Suisse les pointes sèches de Piguet, d’ailleurs Parisien ; l’Italie, Conconi et d’autres graveurs, qui semblent avoir sous les yeux des eaux-fortes de Fortuny. La Hollande, elle, obtient un succès exceptionnel, avec les grandes visions rembranesques de Marius Bauer, le burin serré et les eaux-fortes de
Dupont, les vues locales de Witsen, les eaux-fortes originales de Stonn, Bosch, M,,e Van Ilouten, Van der Valk, Toorop, MUe Fies, Reicher, Veth, Nieuwenkamp, les gravures de Zilcken, les lithographies de Hoytema, Ten Cate. Succès extraordinaire. Mais exposition à saveur de terroir, remarquablement présentée ; les Hollandais marchaient coude à coude.
Oh ! le sentiment de l’ensemble dans les expositions, et l’on peut dire le sentiment du devoir !
La France, en estampe originale, peut présenter un ensemble puissamment riche et varié: écrasant. Représentez-vous un panneau de lithographies et d’affiches de Chéret, dûment choisies, soigneusement encadrées. Représentez-vous un panneau des plus exquises pointes-sèches prises dans l’œuvre de H el leu. Représentez-vous un panneau des vaporeuses allégories musicales lithographiées par Fantin-Latour ; un panneau des puissants portraits à l’eau-forte de Legros; un panneau d’eaux-fortes de Besnard. Représentez-vous, développé, l’œuvre de Paul Renouant tel qu’il fut exposé au Champ-de-Mars. Représentezvous Steinlen, Willette, Chahine...
Non, ne vous représentez pas. Point d’alliches de Chéret parce que ce sont des affiches; point d’Helleu,
point de Fantin-Latour : il ne leur a pas convenu d’exposer. Point d’œuvre de Paul Renouard , le règlement ne permet pas de développer un œuvre, quoique pour les peintres-graveurs le développement soit indispensable. Albert Besnard n’a pas soigné son envoi, c’est un fait courant chez les artistes. Willette n’est pas venu, et bien d’autres. Steinlen, qui vient' d’entrer au Luxembourg par des dessins, est suisse, comme Daniel Vierge, illustrateur français, est espagnol. Il parait que Legros est anglais et Chahine arménien !
Et l’estampe originale française n’est pas exposée coude à coude, mais dispersée dans les rangs de l’estampe de reproduction ! Ceci part d’une bonne intention : « ne pas avoir l’air de parquer le Champde-Mars ».
Or, une exposition universelle est une bataille, oii sous la courtoisie apparente de l’internationalisme et des réceptions se cachent les rivalités les plus âpres des peuples et le désir à peine voilé, chez les moins avancés, de supplanter les plus arrivés. Au fond, cette œuvre de paix est une œuvre de guerre, ou les gros bataillons l’emportent. Quiconque se dérobe déserte. Quelque jour, ô artistes de France, à force
do vouloir lai rr* les indifférents ou los renchéris, à force de ne pas savoir choisir dans votre œuvre ce qu'il faut envoyer, et de ne pas veiller à la présentation, nous tramerez le moyen, avec une supériorité indiscutable et simplement pour avoir voulu aller au feu décousus et débandés, d’encaisser quelque défaite imprévue, de la part de moins forts que nous. Ce qui vous stupéfiera : il y aura de quoi.
En 1900, avec les envois peu développés d’eauxfortes de Bracquemond, Jean-Paul Laurens, Albert Besnard, Desboutin, Jeanniot, Renouard, Lepcre, Béjot, Leheutrc, Raffaelli, Legrand, Michel Cazin, Pinet, avec les bois de Repère, de Paillard, de Riv ière, avec les lithographies de Carrière. Lunois, Léandre, Dillon. la section française peut tenir et donner le la rie la situation, de l’activité de l’estampe originale française, oii — ce qui ne gâte rien — l’intérêt et la modernité des sujets viennent rehausser encore la virtuosité et la variété de l’exécution.— Mais la situation Nraie est bien au-dessus de ce simple aperçu !....
\insi, pour résumer, le xix® siècle naissant a trouvé une gravure de reproduction très belle, mais peu spontanée et bientôt compromise dans une discipline
à outrance et clans le métier ; après d’incroyables efforts, il la laisse renouvelée, transformée, libre, originale, et toujours prospère.
Il a trouvé le bois mort, il l’a ressuscité et remis au plus haut : plus que le xvme, le xixe siècle est le « siècle de l’illustration ». Il est aussi le siècle de la lithographie.
Le xixe siècle a trouvé l’estampe originale nulle ; il l’a portée à un haut degré d’éclat; par là il est, dans l’histoire de l’estampe, un très grand siècle, et dans ce grand mouvement la France est pour une part immense.
Le xix6 siècle laisse la production originale en plein développement. C’est de nécessité absolue.
Il y a cinquante ans seulement, les ventes d’estampes anciennes étaient encore constantes ; il semblait que cela durerait toujours : dix ans après, tout était fini. Les amateurs d’estampes se jetèrent sur l’école française du xviii6 siècle ; on la crut inépuisable : au bout de vingt ans, brusquement, plus de xvme. Bien mieux, plus de xixe. Et récemment, encore, on avait pu, à première réquisition, présenter en un tour de main les expositions de l’estampe du siècle, de la lithographie, de l’œuvre deRaffet! C’est
qu’il y avait encore des œuvres tout réunis chez quelques collectionneurs. Ceci dispersé, subitement plus rien. On pourra encore organiser une exposition détaillée de la gravure sur bois qui est évidemment indiquée aujourd’hui, mais ou y aura du mal et il y faudra du temps, du soin et des recherches désormais difficiles.
Avec quelle rapidité les œuvres du xixe siècle vont s’enfoncer dans le passé ! Dire que de tant de burins, d’eaux-fortes, de bois, il ne restera que quelques noms de graveurs, transmis à travers les âges; et quelques épreuves chez de rares collectionneurs , quelques volumes chez les « grands bibliophiles ». Dire que l’on ne connaîtra plus l’immense production de l’estampe du xixe, et des œuvres innombrables tels que ceux de Gavarni, Daumier, Devéria, RafFet, au milieu desquels des générations ont vécu, que par quelques spécimens rares et dépareillés, réunis à grand’peine dans les musées. Les musées, la poussière du tombeau.
Il faut vivre ! Il faut produire, créer ! Décidément, il n’y a plus maintenant pour l’estampe qu’un siècle à considérer. C’est le vingtième.