LA CONCLUSION
« Pour ce qui concerne les négociations entamées par M. Delcassé avec l'Angleterre à
la suite des représentations de Kitchener, l'ami de Félix Faure déclare que la conclusion de ces conversations fît que Marchand continuerait sa route à travers l'Abyssinie pour achever la traversée de l'Afrique dans sa largeur.
M. Delcassé est-il bien certain que ce fut la conclusion naturelle de ses diplomatiques conversations? Le bruit a couru au contraire que M. Delcassé n'était pas très partisan de cette traversée de l'Abyssinie et qu'il avait essayé de faire rentrer la mission Marchand d'abord par le Congo, ensuite par la voie Berker-Souakim ; les Anglais ne voulaient à aucun prix de cette traversée de l'Abyssinie et il faut avouer que M. Delcassé avait une drôle de façon de faire continuer à Marchand sa route à travers l'Afrique. Ne voulaitil pas rééditer le coup de la colonne de Kong?
En résumé, ces propos de Félix Faure, en ce qui concerne l'organisation de la mission Congo-Nil et les négociations auxquelles elle
a donné lieu, ne sont, à mon sens, qu'un tissu de maladroites inventions. Et j'ai tout lieu de penser, avec la famille de Fan cien président, que l'on a faussement interprété les sentiments et l'opinion de Félix Faure sur l'affaire de Fashoda.
Aux conclusions de cet article nous ferons une courte réponse :
UÈclair du G juillet confirmait par la bouche de M. Lockroy toutes les révélations faites par M. Félix Faure à son ami.
Pourquoi, Y « ami » après avoir exactement rapporté certains faits en aurait-il défiguré d'autres? Un témoignage est indivisible. On ne peut pas en prendre et en laissera son gré. D'une sincérité reconnue dans le récit des faits, comment « l'ami » perdrait-il cette sincérité quand il s'agit de répéter l'expression des pensées de M. Félix Faure. Les récits opposés aux Propos permettront d'arriver à la vérité historique qui doit, selon son habitude se trouver dans li juste milieu, mais ils ne donnent à personne le droit de suspecter la bonne foi d'un auditeur qui fidèlement transcrit, sans commentaires, ce qui lui a été dit.
L'article qu'on va lire a paru dans le Gaulois le 1er juillet. Il a pour auteur « un ancien ministre »
Le lecteur goûtera le ton de bonne compagnie sur lequel ce personnage anoyme « parle des commérages recueillis autour des tombes » des « propos singuliers et invraisemblables prêtés à un illustre mort. » Il convient de rapprocher ces jugements des déclarations de tous les personnages dont il a été question dans le chapitre sur Fashoda, lesquels ont tous confirmé la vérité du récit du Président Félix Faure, et reconnu l'exactitude avec laquelle son ami avait relaté les faits.