LES CONFIDENCES DU PRESIDENT FELIX FVUHE CONFIRMÉES
«Nous avons publié hier matin, d'après le Figaro, sous ce titre : « Propos de Félix Faure », le récit fait par l'ancien président de la République, à l'un de ses confidents à propos des événements de Fashoda.
« Dans ce récit, sont mis personnellement en cause un certain nombre d'hommes politiques, qui ont été mêlés plus ou moins directement à ces événements. Celui qui, de tous, avait alors la plus lourde responsabilité, était assurément le ministre de la Marine, puisque nous étions menacés d'une guerre avec l'Angleterre .
« M. Lockroy, qui occupait à l'époque cette haute et délicate fonction, était donc parti-
culièrement intéressant à consulter. Nous nous sommes directement adressés à lui, et, faisant appel à ses souvenirs, nous lui avons demandé, pour les lecteurs de l'Eclair, le récit vécu des événements dont nous parlons. C'est avec sa bonne grâce, son affabilité habituelles que l'ancien ministre de la Marine a bien voulu satisfaire à notre demande.
CHEZ M. EDOUARD L0CKR0Y
« — Nous avons été en effet, nous dit-il, à l'époque dont vous me parlez, sans qu'on s'en soit beaucoup aperçu en dehors du monde politique, sous la menace de la guerre maritime la plus terrible qui pût éclater en Europe. Bien que j'aie traité la question dans mon livre, la Guerre navale, je n'aurais pas, pour ma part, parlé dans la grande presse de cette affaire, encore bien récente, si le confident de M. Félix Faure n'avait cru devoir la livrer à la publicité.
«Au moment où éclata l'affaire de Fashoda,
l'opinion anglaise était très montée contre nous, Elle était surexcitée surtout par les conférences et les discours de M. Chamberlain et par une série d'articles très violents parus dans divers organes de la presse anglaise.
« On tenait aux Anglais ces propos dangereux : le commerce allemand, disait-on, américain et japonais fait baisser le chiffre de vos exportations dans des proportions considérables sur tous les points du monde. Il importe de vous créer des débouchés, et ces débouchés vous les trouverez du côté des colonies françaises. Une guerre avec la France, justifiée par des motifs politiques, et bien plus encore par des motifs économiques, sera pour l'Angleterre une spéculation excellente.
« Il est bien certain qu'en Angleterre même, nombre de gens raisonnables, réfléchis, n'attachaient qu'une importance secondaire, blâmaient même une semblable politique, mais elle n'en était pas moins de
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nature à passionner considérablement les masses.
«De tous côtés, nous arrivaient en France des informations, des nouvelles sensationnelles de nature à nous faire considérer la guerre comme inévitable. Nous avions, nous, des intentions très pacifiques et nous l'avons montré.