‹ Propos de Félix FaureChapitre 7 sur 23 · LA DÉFENSE COLONIALE · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE COLONIALE

« Pour la première fois, le conseil supérieur de la marine eut à discuter un plan de campagne dont il détermina les bases. La Corse utait très mal défendue et Bizerte, comme le dit le confident de M. Félix Faure, n'était pas alors à l'abri d'un coup de main.

« Le nombre des batteries qui défendaient le port n'était pas suffisant; il y avait très peu de monde en Tunisie où j'obtins la concentration de forces considérables. Nous dûmes aussi établir des projecteurs sur les eûtes d'Algérie qui en manquaient totale-

ment, ce qui rendait inutiles, du moins la nuit, nos moyens de défense placés sur le littoral.

« Il fallut enfin des sommes considérables pour armer nos colonies qui, presque toutes, à part le Tonkin, se trouvaient dans un état lamentable.

« Deux ans auparavant, j'avais fait une proposition de loi en faveur de la création de points d'appui de la flotte, prévoyant ce qui était arrivé. On avait bien inscrit, depuis, des crédits au budget pour cet usage; mais d'une part, ces crédits avaient été trop faibles, et d'autre part, on n'avait pas eu le temps d'armer comme, il convenait, nos ports de refuge.

« M. Trouillot, après lui Al. Guillain, et M. de Freycinet tout le premier s'empressèrent d'y pourvoir.

a Le total des dépenses prévues par les diverses mesures à prendre représentait, je vous l'ai dit, soixante à soixante-dix millions. Des troupes furent jetées en masse sur

tous les points menacés ; nos stations navales et nos escales furent pourvues de bâtiments neufs, et, en deux mois et demi, nous étions aussi prêts que le permettaient les circonstances. J'ai, d'ailleurs, donné le détail dé* toutes ces opérations dans le livre dont je vous parlais tout à l'heure et qui fut publié à ma sortie du ministère.

LE CONSEIL DE l'ÉLYSEE

« C'est au moment ]où il fallut engager les dépenses que se tint à l'Elysée le conseil dont parle le confident de M. Félix Faure. Y assistaient : le président de la République, le président du conseil, les ministres de la (iuerre, de la Marine et des Colonies, les chefs d'état-major de la Guerre et de la Marine.

Après avoir chiffré la dépense, on reconnut qu'il était impossible d'en demander ratification aux Chambres. Cependant, afin de décharger, dans la plus large mesure, la

responsabilité du gouvernement, il fut convenu que l'on exposerait la situation et que l'on ferait connaître tous les détails de l'opération, d'abord aux présidents des deux Chambres, et ensuite au président de la commission du budget de la Chambre, au président de la commission des finances du Sénat, ainsi qu'aux deux rapporteurs généraux du budget.

« A cette manière de procéder, il y avait un précédent. Dans une circonstance que je n'ai pas besoin de rappeler, où la France avait couru un danger à peu près équivalent, d'accord avec le président de la commission du budget qui n'était autre que Gambetta, on avait alors dépensé un certain nombre de millions, sans demander de crédit aux Chambres, pour mettre le pays en état de défense.

« Le lendemain de la séance que je vous rappelais tout à l'heure, le président du conseil eut une entrevue avec les présidents des deux Chambres, ainsi qu'avec les présidents

des commissions du budaret et des finances et les rapporteurs généraux. Bien entendu, tout le monde approuva les mesures prises et ce n'est que beaucoup plus tard, un an après environ, que la situation fut liquidée.

« C'est à cette époque que je hâtai la construction des bateaux sous-marins et que je fis faire, pour m'assurer de leur utilisation, le voyage de Toulon à Marseille au Gusta.vô-Zédé. Le succès de ce bâtiment eut un grand retentissement, et j'ai la conviction intime, qui d'ailleurs a été corroborée par tous les témoignages officiels que j'ai pu recevoir alors, que cette préparation rapide, en même temps que l'apparition de la flottille sous-marine, avait beaucoup contribué au maintien de la paix.

« Je dois ajouter, pour rendre hommage à qui de droit, que j'ai trouvé dans toute l'armée navale, depuis le dernier matelot jusqu'aux chefs les plus élevés, une décision, un entrain, une ardeur et une résolution qui, bien souvent, ont causé à tous ceux qui ont

pu les constater, comme à moi, la confiance la plus grande et la plus complète admiration. »

L'article suivant qui raconte l'histoire de la mission du Nil, autrement que ne Ta fait M. Félix Faure, a paru dans Y Éclair, le 9 juillet 1901 :

FASHODA

(( L'affaire de Fashoda a été remise en question par la publication récente des Propos de Félix Fauve. Ces extraits du carnet de l'ami de l'ancien président ont d'ailleurs fait l'objet d'une note Havas communiquée par la famille qui a tenu à

protester dès l'apparition de ces souvenirs.

« L'article du Fi g nro visé par cette note contenait deux parties nettement distinctes ; Tune ayant trait à l'organisation et au but de la mission Congo-Nil, l'autre à la situation politique consécutive à cette mission.

« De la situation politique en France et en Angleterre, nous ne nous occupons plus aujourd'hui, les explications de MM. Lockroy et Mesureur publiées ici même en ayant fixé l'importance et la signification.

« C'est de la première'partie de l'article de Saint-Simonin sur Fashoda que nous avons tenu à préciser la teneur.

« L'auteur fait appel aux souvenirs de Fé- Lix-Faure, qui n'est plus là pour dire si l'opinion qu'on lui prête est exacte ou controuvée. Ce sont propos de mort que la mort même enveloppe d'une mystérieuse auréole et que Téloignement des faits rend encore plus nébuleux.

« Ces prétendues révélations nous ont donc

inspiré la pensée de nous adresser à un témoin encore vivant des faits mis en cause, et nous avons fait appel pour cela à un des hauts personnages politiques de l'époque, qui fut de très près mêlé à l'organisation de la mission Marchand.

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