‹ Propos de théâtreChapitre 7 sur 15 · LE PHILOSOPHE SANS LE SAVOIR · texte numérisé non relu

LE PHILOSOPHE SANS LE SAVOIR

Jonc un peu si la locution « ...sans le savoir » n'aurait pas été employée avant M. Lenoir et avant M. Sedaine. Je ne le crois pas ; mais il est possible etTenquête est intéressante...

Donc le Philosophe sans le savoir est une pièce très agréable. Quelle charmante et pénétrante conférence j'ai entendue jadis à l'Odéon sur ce sujet I Elle était faite par ce maître professeur, M.Jules Lemaître, qui, après un petitvoyage autour du monde politique, revient aujourd'hui, précisément, aux « douces et puissantes consolatrices » et particulièrement àl'art délicat de la conférence littéraire, sans secrets pour lui ;et attire les foules élégantes, lettrées et ornées « ornatissimœ auditrices » à la Salle de Géographie, pour se jouer devant elles à la psychologie complexe de Jean-Jacques Rousseau.

Le Philosophe sans le savoir était moins complexe. Cependant M. Jules Lemaître montrait, avec sa finesse habituelle, que cette pièce contenait beaucoup de choses, à commencer par celles qu'il y mettait, et sans oublier celles que Sedaine y avait mises.

11 montrait que c'était une pièce qui devançait les temps, et qui contenait beaucoup d'avenir. Il montrait qu'elle était singulièrement démocratique, nous mettant sous les yeux une jeune servante — car en somme c'est une servante — amoureuse du « jeune monsieur» de la maison, et le jeune monsieur tout plein d'un sentiment tendre à l'égard de la jeune servante, et cela en toute honnêteté et chasteté, de

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telle sorte que le sentiment du public, voulu et provoqué par l'auteur, ne peut être que celui-ci : « Mariez donc ces deux enfants-là. » Ils ne se sont mariés que trois quarts de siècle plus tard, dans le Mariage\ de Victorine de George Sand. Mais dès le temps de Sedaine, le public désirait secrètement qu'ils se mariassent, et l'auteur voulait que le public le désirât.

M. Jules Lemaitre montrait encore que cette pièce était l'apologie et l'apothéose, presque, du commerce, et que par conséquent elle était plus de 1845 que de 1765 ; que le papa Vanderk y met tout simplement les commerçants tout à côté des rois et les représente en vérité comme les rois de ce monde, en un langage d'oraison funèbre ou de discours du trône ; que la pièce est donc essentiellement saint-simonienne.

Il y montrait encore que le fils Vanderk est quelque chose — et que cela est donc moderne encore î — comme un Cid industriel. Car enfin il se bat en duel pour l'honneur de sonpère, sans doute, etvoilà en quoi il est un Cid ; mais il se bat pour son père insulté en tant que commerçant, et c'est donc en l'honneur du commerce qu'il tire l'épée. Contre un gentilhomme infatué de ses titres, il se bat pour défendre l'honneur du commerce et de l'industrie sottement injuriés. Il est le paladin du comptoir et de la banque, et c'est avec une fierté tout industrielle, s'il est blessé, qu'il se fera reporter.

Tout le dix-neuvième siècle bouillonne dans le Philosophe sans le savoir.

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