BÉr.INE
II. — Pages de Béline m. Yan Palay IV. — La vie des pasteurs pyrénéens
BELINE
Je \iens vous présenter Béline, la petite montaynolc de la vallée d'Azun en Bigorre, une sœur cadette de Mireille, la magnanarelle des plaines delà Grau.
C'est un poème d'amour et c'est le premier des poèmes gascons depuis ceux de Jasmin. Avant Miqueù Camélat, l'auteur de Bcline, la poésie romane du Sud-Ouest en ces temps-ci, à l'opposé de la poésie provençale, se confinait dans les petites pièces, dans les morceaux détachés. Avec une inspiration variée et un souiHe soutenu, Camélat a conduit jusqu'au dernier vers le récit en trois chants des amours de ses hergers.
Ceux qui liront dans son texte, ou tout au moins dans sa traduction, cette œuvre, la rapprocheront du roman de Daphnis et Chloé, où deux enfants s'aiment
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eux aussi en faisant, à travers champs, voisiner leurs troupeaux. La pastorale do Longus est d'un charme troublant, mais elle a été conçue par un lettré de l'époque de la décadence grecque. La naïveté y paraît artificielle. Ces scènes, où de jeunes ignorances qui s'inquiètent sont complaisamment déniaisées par de vieilles expériences gourmandes de fruit vert, devaient plaire à cette autre époque décadente du xvni" siècle, qui jouait avec les bergers fleuris et enrubanés. Le « Daphnis et Chloé » ne fut jamais mieux accommodé que dans cette édition libre du Régent, où, la loupe à la main, les bibliophiles recherchent la vignette rare dite des petits pieds.
Beline est un récit d'amours champêtres autrement chastes. Le pasteur et la pastoure vivent en pleine montagne; leur jeune imagination emprunte sa poésie à la grande et belle nature qui les enveloppe ; à l'abri des infiltrations malsaines, leurs pensées restent pures comme ces eaux de leurs cascades, que les argiles de la plaine ne sont pas encore venues jaunir et troubler.
On a écrit qu'à notre époque raffinée et byzantine, le temps était passé des poèmes brûlant de la ferveur des anciens jours. Cette affirmation ne contient que Aerité relative. Si l'inspiration poétique ne coula de veine abondante qu'aux premiers temps de l'histoire des peuples, dans nos sociétés vieillies, ces sources de poésie se retrouvent encore en ces régions peu accessibles où l'humanité est restée primitive.
LA. RENAISSANCE UOMANE IO7
En vivant avec ses paysans, en levivanl avec les ayeux. Mistral a déconvert dans les coutumes, dans les mœurs de la Provence, une merveilleuse mine à exploiter, et il en a tiré les champêtres amours de Mlrèio. la légende colorée de-V(V/o et les scènes épiques de \ABcinoJano.
Miqueù Camélat, à l'exemple du maître de Maillane, a vécu la vie des montagnards du pays des Gaves, et il a pu, en idéalisant ses souvenirs, écrire la plus naïve et la plus sincère des bucoliques. L'écrivain s'est mêlé à seshéros, tout enfant il parla leur idiome ; depuis, pour mieux pénétrer leurs pensées, il s'est déshabitué de manier la langue française qu'il avait apprise au collège, et il s'est confiné exclusivement dans l'usage de la langue romane qu'il balbutia dans son berceau. Tout en restant lettré, il est redevenu paysan. Les amours qu'il nous raconte, il s'est presque identifié avec elles ; une enfant lui est venue pendant la gestation de son poème, et cette premièrenée du jeune mari, le poète a tenu à l'appeler Béline.
Et maintenant nous allons écouter les deux jeunes pâtres, que rapprochent leurs vingt ans dans le désert des hauts plateaux.
Après que ces enfants auront échangé leurs promesses, leurs parents les ratifieront dans des accordailles conformes aux rites et aux coutumes du temps passé. Ainsi que la nuit chasse le jour, la mort succédera à ces joies qui doivent renaîtiT encore, et dans le lit de l'accouchée une vie va s'éteindre à côté d'une vie qui s'éveille dans un berceau.
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Deux maisons voisines de la vallée d'Azun ont envoyé Béline et Jacoulet garder cet été les troupeaux dans les pâturages de la montagne de Batlaïtouse. Pour la première fois, dans cet isolement à deux, l'amoureux se déclare. Mais avant de tout dire, il se complaît à exposer à Béline les périls de cette solitude qui au fond l'enchantent encore plus qu'ils ne l'etTraient.
La chanson de Magali épuise la série des transformations rêvées par les amoureux provençaux ; les couplets de Jacoulet parcourent la suite des dangers de la montagne : les fauves, les avalanches, les précipices, les nevés. Mais ces sombres discours ne font que préparer les brûlantes paroles L'un est toute ardeur, l'autre est toute simplicité. Aux comparaisons passionnées en l'honneur de la beauté de Béline, l'amie répond à son ami sur im ton de douce moquerie qui n'a rien d'ironique et qui est prêt à s'attendrir :
« Le premier soir, j'ai rencontré ma Béline. Ta joue est rose comme la fleur du rhododendron. Les boucles tressées de tes cheveux, tes yeux brillant comme un louis d'or tout neuf, ton être tout entier m'enchantent ; ainsi me charme la vierge dans sa niche. Tes lèvres rieuses sont vermeilles, ta parole est une chanson, tes dents brillent comme le cristal.
L\ RENAISSANCE ROMANE
— Non, mon ami, mes lèvres sont fjercées par la bise, mon visage s'est amaigri au grand soleil et mon teint est hàlé comme la prunelle sauvage. »
Avec le soir qui tombe et les troupeaux qui rentrent au bercail, voilà que les amoureux se séparent et que reprennent les travaux des bergeries.
Dans la maison de Jacoulet, les Arligau, les parents de Béline, sont venus passer la soirée des accordailles. En attendant la rédaction du contrat, les vieux causent entre eux des coutumes de l'ancien temps, de leurs excursions dans les plaines, de leurs travaux familiers.
Le grand-père Artigau remonte vers les souvenirs laborieux de ses jeunes années :
« En été, les champs et les prés burent tes sueurs. Av(îc pour soldats tes cinquante brebis à cheptel, tu bataillais contre les misères de la vie. En hiver, la crémaillère et les braises eurent avec toi de longues causeries. »
Puis les bergers vantent tour à tour, en racontant leurs pérégrinations, les beautés de la plaine de Tarbes et de la plaine de Pau :
« La lane mourine, quel labour chaud et bran. Là le froment dresse en mars ses tuyaux, et quand il n'est
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chez nous que gazon, il pousse là ses grains laiteux. L'Adour farouche qui aboya à travers les précipices, apaise sa folie, la main de l'homme le conduit, et pour qu'il marche à travers les prés, on fait des saignées à ses bords. C'est là que les chevaux, aux pieds de cerf et au souffle de tempête, empruntent au sol herbeux le nerf et l'agilité
Quel territoire, Yierge mère, que la plaine béarnaise! Au nord, les coteaux brisent les ailes de l'Autan, lorsque ce poulain fringant cassant son licol hennit à travers arbres et fenêtres. Au midi, quand le temps est au beau, la montagne dresse son blanc autel, la chaîne bleuâtre abrite dans son sein pics et glaciers, forêts et tertres. Au pied de Pau, la plaine s'est un peu resserrée afin que la ville fasse risette au Gave et se mire dans son eau. Et le Gave fatigué — il s'est tant diverti en route — ralentit à demi son courant avant de reprendre sa course »
Et lorsque le notaire a couché dans son contrat les apports et le trousseau de la future, les montagnards prolongent la veillée et ils partagent entre eux, suivant la tradition, le pain de froment que le couteau du père de Béline a d'abord marqué d'une croix. Au moment du départ, le grand-père Artigau fait entendre cette invocation qui est belle comme une prière de la Bible :
« 0 mon Dieu ! soutenez-nous de votre grâce, préservez nos bestiaux du malheur, arrachez-les à la morsure des bêtes sauvages. Gardez le blé de la gelée cl le
LA UEMAISSANCE ROMANE III
foin coupé de l'orage. Quand nous serons vieux et décrépits, sauvez de la honte nos cheveux: blancs. Eclairez notre chemin et que le péché seul fasse crier notre conscience et pleurer nos yeux. »
Pour endormir la petite fille qui vient de naître chez les Toucoulet, les voisines chantent leur berceuse :
(( Si Dieu nous prête vie. nous te verrons devenir belle fille. — Alors, une épingle fermera ton mince corsage, sous la gorge. — Nous chanterons : qu'elle est gâtée la jeune fille que nous avons adoptée ! — Un peu plus grande, ton amoureux te fleurira d'un petit bouquet de marjolaine. — Marie-toi alors et qu'au bout de l'an — Toi toujours en mouvement, ainsi que le van du grain, — Tes sabots ne fassent plus leur cliquetis — Et qu'im autre enfant à son tour se suspende à ton cou. »
Cependant, Béline, la jeune mère, a pris froid en donnant le sein à son enfant, et Marie, la mère de Jacoulet, prie les saintes bergères d'avoir pitié de leur sœur endolorie: « Enfant née au terroir de Pibrac qui, toute la journée comme celle-ci, gardais tes brebis dans les pacages, vois-tu que la mort va briser la vie de notre pastoure ? Baisse les yeux sur ta sœur, viens
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ù notre aide, sainte (lermaine. Et toi, dont les yeux ont vu la Vierge posée sur le rocher, pendant qu'en extase tu t'agenouillais devant la foule ébahie et que le rosier du miracle s'épanouissait en février à ta prière, pense à nous, Bernadette ! »
La mort vient à grands })as. malgré les « plantes dont se servait la sainte Vierge quand elle prit fioid après ses couches » et malgré les soins du médecin qu'on est allé chercher.
Alors, après les prières, ce sont les gémissements de Marie, la belle-mère, qui, veuve, voit renaître les épreuves du passé :
« Nous n'en avons pas fini avec les aigres ressouvenances ; ouvrez portes et fenêtres à ces vieux pèlerins disparus. Souffrances, rouvrez vmc plaie à demi-fermée. L'orge à moitié mûre s'est couchée dans le champ, il grêle sur notre blé, notre lin s'est changé en chènevotte. Nos jambes entravées sur la pente du malheur perdent pied ! »
Le père de la mourante blasphème le bras menaçant :
(< De ton haut volant aiguisé, ô Dieu ! tu rases les bourgeons de notre haie et tu en laisses debout les orties. C'est la fleur et l'honneur de noire prairie qu'aujourd'hui tu as fauchés. S'il ne te plaisait pas de te reposer, tu eusses mieux fait de t'attaquer à d'autres branches. Ghàtieur éternel, pourquoi n'as-tu pas brisé plutôt mon vieux cœur qui bouillonne encore ? »
LA RENAISSANCE ROMANE I I O
Et la mort vient :
« Jacoulet s'atîaissa dans un coin et on l'emporta évanoui au dehors. Le grand air le ranima bientôt pendant qu'au dedans toute une vie s'achevait.
Quand il rentra dans la chambre, tous marchaient sur la pointe des pieds. Les yeux vitreux et les mains jointes, un être mort vêtu de blanc était allongé sur son lit. A ses côtés, un être vivant, — tout le portrait de sa mère, — poussait un vagissement au balancement de son berceau. »
Je reproduis ici les derniers vers du poème pour monlrre le style de la langue et pour préciser le rythme de la poésie :
Qùan tourné ta la crampe, u cos mour ère en blanc,
Lous oelhs bitrats é las mas yuntes.
Touts qu'en anaben sus las puntes.
A l'estrem, u cos biu, balalin-balalan,
— De la mayote la semblûnse —
Que yemicabe ue plagnénse.
Dans les trois chants, un vers de douze syllabes alterne avec deux vers de huit ; cette forme coupée pré-
sente moins de monotonie que la continuité de l'alexandrin, et il s'en dégage une allure chantante qui cadre avec cette poésie d'amour et de tristesse.
J'ai métré à dessein, par des longues, — suivant le mode du Gradiis, — les troisièmes syllabes des alexandrins et les quatrièmes syllabes des vers de huit pieds. Dans le corps des mots, les autres syllabes sont indifférentes.
Bien qu'il n'ait jamais fait d'études classiques, Camélat est le premier des poètes romans qui eût l'idée de métrer ses vers.
Issue de la langue latine, la langue gasconne, avec ses syllabes d'appui, se prétait à une expérience originale et musicale à la fois.
Miqueii Camélat écrivit ses premières œuvres en ce patois de la vallée d'Azun. coloré el rude, mais par trop particvdierà ce petit pays. Pour être mieux compris de tout notre Midi, le poète adopta ensuite le dialecte béarnais de la montagne qui, avec ses finales adoucies, est aussi clair et plus gracieux que le roman gascon. Du parler d'Azun il n'a conservé que les termes spéciaux à la vie des bergers de sa vallée.
La langue est très pure de toute infiltration française et les mots sont tous de bonne origine.
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On peut juger de rélévation et de la délicatesse des pensées par les citations qui précèdent et par les extraits qni suivent. Le style est caractérisé par la sobriété des termes et par l'originalité jamais banale des détails. Les épitliètes sont rares, tant les mots choisis parlent par eux-mêmes. Il n'est pas une comparaison qui emprunte aux lieux communs, elles vont puiser leur variété dans le milieu ambiant et. dans ces paysages de la montagne, elles récoltent une agreste moisson.
Béline sera mieux qu'un succès chez les lettrés du Félibrige, elle sera, je l'espère, goûtée des lettrés de France, La traduction permettra, aux plus réfractaires à l'idiome méridional, de voir que ce patois si méprisé a pu chez nous aussi, et même après Mireille, produire un petit chef-d'œuvre.
Jusqu'ici les traducteurs des œuvres provençales, écrites en vers et en prose, s'étaient attachés à reproduire le texte par un rendu linéaire et mot par mot. L'interprète de Béline, sans jamais contredire le sens de l'ensemble et du détail, a préféré se rendre indé pendant du mot lui-même. Et de même que le poème de Miqueù Camélat avait été conçu et pensé en gascon, la traduction a été conçue et pensée en français. Ce sera œuvre de vulgarisation plus profitable peutêtre.
Les romanistes ont assez du texte ; un mot à mol risquait d'effaroucher le grand public.
La collaboration du poète et du traducteur est venue resserrer les liens qui les unissaient depuis longtemps déjà. Nul plus que moi, dès ses premiers vers, ne s'est intéressé à la carrière poétique de Miqucù Camélat.
Un jour, dans un de mes Propos gascons, je cvoh, je le baptisai : Mon Filleul. Ce parrainage accepté de grand cœur, je suis devenu pour lui : Lou Pavri. Il m'arriva dans une réunion de félibres de raconter l'histoire de notre amitié ; un prêtre voulant sans doute faire un mot cruel, conclut à demi-voix : u Le fdleul fera oublier le parrain. » Ces paroles dites pour être entendues de moi ne me blessèrent pas : mon affection pour Camélat nest plus à fleur d'épiderme.
Je sais en effet que j'écris sur des feuilles volantes et j"ai beau m'essayer à les recoudre après en des livres, je prévois que le vent de l'oubli les balaiera bientôt.
Mais quand mes Propos gascons — feuilles mortes — seront emportés par leur automne hàtif, il en restera, je l'espère, un seul — fleur séchée — entre les pages durables de Béline : ainsi au fronton d'un petit temple antique qui a survécu au passé, peut-on parfois déchiffrer encore une inscription votive.
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PAGES DE BÉLINE
LE CADET D ARROUYA
Après avoir résumé l'œuvre, je vais traduire en français quelques passages du premier chant de Béline, le poème roman de Miqueù Gamélat, notre Mistral gascon. « Notre Mistral ! allez-vous vous récrier, quelle gasconnade ! » Permettez, dans les (jasconnades de chez nous il y a toujours moitié de vérité ; seules les (jaléjades provençales ne contiennent que mensonges. A travers les défaillances du tradattore-traditore écoutez d'abord cette légende pyrénéenne du cadet d'Arrouya enlisé dans les neiges de la vallée d'Azun, et vous conviendrez après qu'il n'est pas un de nos poètes français, prince ou grand seigneur de lettres,
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qui ne serait fier de signer ces pages, écrites en jDalois par Miqueù Camélat, le paysan-poète d'Arrens en Lavedan.
(( En celte année oii la grande neige souffla sur les pics, les flocons descendaient du ciel gris comme des poignées de duvet.
Le cadet de la maison d'Arrouya, attardé sur les hauts plateaux, voulut faire l'entêté et mépriser le vent du sud toujours altéré de pluie et de frimas.
Le premier jour, du fond de la ^ allée, la plainte d'un cor, se répercutant de combe en combe, annonçait au pasteur de mauvais présages.
« Majorai, pleurait ce cor, les vents chassent des nuages noirs ; le Marmuré a une laide figure. Vite, vite, descends avec ton troupeau ! »
— (( Descendre, disait-il, parce que sur les monts s'est égoutté un peu de rosée? On en gloserait en Gascogne ! Dieu vivant, j'en aurais honte ! »
Le second jour, le cor gémit de nouveau : « Les tracés sont maintenant recouverts. Si tu tiens à la vie, seul, sans ton troupeau, tu peux descendre encore. »
Moqueur, le cadet d'Arrouya répondait : « Humides de neige, les racines feront mieux pousser leur herbe. »
Sur les hauteurs, les vaches beuglent, broutant les
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branches de sapin et délaissant l'herbe recouverte ; au lieu de boire, elles aspirent la neige.
(( Allons, vaches, ce n'est pas encore le temps de beugler, puisque le soleil lutte toujours contre les nuages. — Père, lui répond l'enfant en pleurant, Aoici le taureau qui rentre de la montagne. — Taisloi, niais, chasse-le. »
Elles étaient là les vaches, groupées, le cou tendu et l'œil grand ouvert, et la porteuse de sonnette rappelait le taureau qui, chassé, s'en allait.
Dans les patus les brebis bêlaient, clignant leiu's paupières aveuglées par la blancheur, le ventre et le mufle souillés de boue neigeuse.
(( Allons, mes brebis, dit le pasteur, le soleil va balayer ce banc de neige. Si l'arc-en-ciel se tend làhaut, plus de danger sur notre tête. »
Mais la nuit suspendit aux mamelles du troupeau des chandelles de glace, et dans ces replis de la montagne beuglements et bêlements croisaient leurs échos.
Le troisième jour, sous les pluies c[ui tombaient en cascades et parmi les avalanches qui grondaient vagabondes, aucune voix ne monta de la vallée.
C'est par cette tempête que le cadet d'Arrouya se mit en chemin. Et tout en marchant il se lamentait : « Pas un chrétien ne viendra donc à notre aide ! » Et la neige, s'amoncelant comme de la laine cardée, marchait d'un pas plus rapide que le leur ; elle leur donna l'étrenne de son manteau neuf et les entrava avec ses
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clwiînes. Le troupeau, le long des chaussées, ne tlevail plus de nouveau brouter la mousse.
Au printemps, parmi les débris d'ossements amoncelés dans un bas-fond, grouillaient des volées d'oiseaux pillards. L'bomme s'était agenouillé, son fils jucIk' sur l'épaule ; ils étaient partis, sans sacrements, pour l'autre vie. »