L.V UENAISSA>CE UOMA-SE I^-y
Palay, traînant ses ailes de poète, vint se refaire à Vie dans la pi'ose nourrissante du foyer familial.
Enfin, il trouva sa voie littéraire définitive lors de ce pèlerinage des félibres en 1890, et sur la tribune du Jardin Massey. il s'affirma comme un des meilleurs poètes béarnais par l'histoire du cure de Seroii et de Casaùssiis.
Dans ce conte, l'auteur montra une maîtrise déjà mûrie, et s'il devait plus tard l'égaler, il ne dépassa jamais ce petit chef-d'œuvre.
Toutes les mémoires gasconnes ont retenu cette merveilleuse description d'une matinée d'hiver, dans Loii Chalibari. de Jasmin :
Qiian faurùro, fourrado en ralibo de sati Dcsfaroulho sans brut las portos del mati, Lou poul conto de fret, e fliiber en coulera G'elo dins soun cami la goûto de l'aygaero.
Quand l'Aurore, fourrée dans le satin de sa robe, déverrouille sans bruit les portes du matin, le coq chante de froid, et l'hiver en fureur gèle dans son parcours la .goutte d'eau de l'aiguière.
Eh bien ! dans Lon Cure de Serou, il est une peinture de nuit d'hiver en Béarn qvii égale le pittoresque de ce lever d'aurore ajïenais.
1^8 PUOPOS GASCONS
Gasaùssus, qui veut se venger d'un mauvais tour de son curé, l'envoie chercher, sous le prétexte d'un mal subit, à deux lieues de sa maison, par une nuit de gelée et de verglas. Le prêtre, transi, s'engage à pied à travers la campagne toute blanche :
Loas camis, duquel tenis, nèren que carratères ; Ent'ana tah cure que calé trabessa Lanes, cams, prats è bos, brucliagas, castagnercs, Arriiis chence nad poun, sauta barats, aygueres ; Qu'ère u caini de crouts', è qu'eu raie passa.
Les chemins, en ce temps-là, n'étaient que charretières ; pour aller chez le curé, il fallait traverser landes, champs, prés et bois, taillis, châtaigneraies, ruisseaux sans aucun pont, il fallait sauter fossés, aiguières. C'était un chemin de croix et on devait le suivre.
Le prêtre arrive enfin par ces chemins de croix au chevet du prétendu mourant. Gasaùssus se plaint à lui d'insomnie, et il lui demande de refaire un de ces sermons qui l'ont si souvent endormi le dimanche à l'église. Le curé, qui n'était pas en restes, se dii : à trompeur trompeur et demi...
E qu'es sahba capot à trab'es la tourrade.
Et il se sauva, confus, à travers la gelée.
Dans ce récit s'est révélée la qualité primordiale de Palay : ainsi que Jasmin l'avait été, il est lui aussi conteur populaire. La langue gasconne doit à cet exemple parler au peuple ; en faire une langue d'art n'est qu'amusement de lettré.