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LES BERGERS DE CAMP AN

La vallée de Campan, en BIgorre, fut célébrée en prose et en vers par les écrivains bucoliques du siècle dernier. En un dernier écho de la lutte littéraire entre les modernes et les classiques, notre vallée pyrénéenne était opposée et préférée parfois à la vallée grecque de Tempe. L'honneur, qui lui fut fait alors, ne nous paraît pas excessif aujourd'hui.

La gorge de Pierrefitte se rétrécit à perte de vue entre les murailles à pic de ses rochers, et elle se creuse sous les pieds en un gouffre profond où mugit le Gave. La vallée de Luz arrondit en un cercle de montagnes la surface aplanie de ses prairies.

Moins uniforme, la vallée de Campan se distingue par l'opposition de ses versants et cette diversité d'aspect charme surtout les voyageurs artistes. Sur la rive droite de l'Adour, un peu avant son débouché

ig» PROPOS GASCONS

à Bagnèies-de-13iyoric, une chaîne dentelée de montagnes grises et pelées remonte vers les forets du Midi ; sur la rive gauche s'étendent en pentes douces les collines vertes cl hoisées qui limitent le bassin de la vallée tributaire de Lesponne ; le long des deux bords de la rivière se succèdent, en damiers verts et jaunes, les prairies que l'on fauche trois fois, et les champs de blé où nichent les cailles. Dans le fond s'étale, sur les croupes du col d'Aspin, la verdure sombre de la forêt de sapins des Quatre -\éziau\.

Lu procès célèbre, qui. d'après la tradition, aurait duré plus d'un siècle, enleva jadis à Caujpan celte forêt des Quatre-Véziaux — des quatre voisins — , pour en transférer la propriété à des communes do la vallée d'Aure. La privation de ce Paradis-Perdu est toujours sensible, paraît-il, au cœm- des habitants de Campan. Eclairée par le soleil de midi, elle blesse leurs yeux, cette forêt que leur arracha la justice de l'Ancien Régime. Et cependant ils ont, pour se consoler, de gias [)àltuages. où, pendant la saison d'été, ils envoient leurs troupeaux de vaches et de moutons se refaire sur les hauteurs. Les parcs à bestiaux établis dans ces pacages portent le nom de œarlans ; ce vieux mot gascon semble frère du \ieux mot français couvlil.

PAR MEK, PAU MONTS ET PAR VAUX IqS

Les plus fréquentés de ces courtaùs, sont ceux de Lartigue. de Tramesaygues, de Benque, d'Empéage, de la Horgue-du-Sarrat, de Bon, d'Ordincède. du ïourmalet et des Arrens.

Dans les montagnes du Lavedan, les pasteurs, qui pendant l'hiver descendront dans les plaines de Tarbes et de Pau, viennent camper pendant l'été, avec leurs vaches et leurs brebis, dans leurs cabanes de pierres sèches, les coiiyalas ou ciiyeàs des haut? plateaux de la chaîne méridionale. Les gens de Campan, plus casaniers, ne quittent guère le bourg pendant la journée. Leurs animaux sont, du matin au soir, le plus souvent livrés à euv-mèmes. Après avoir vagabondé, au hasard de l'herbe tendre, dans les recoins des pâturages, quand tombe le jour, toutes ces bètes se rassemblent d'elles-mêmes, sous un abri dressé au centre du courtaà. A ers les quatre ou cinq heures, alors que le soleil tourne derrière les coteaux de Lesponne, des groupes de jeunes gens et de jevmes filles s'acheminent de compagnie, vers leurs parcayes. Dans les sar pelles de toile grise, portées en bandoulière comme les musettes de nos soldats, voisinent, avec les provisions pour le repas de la soirée, ces grandes bannes en fer-blanc qu'on rapportera pleines de lait le lendemain matin. Arrivés là-haut, chacun se met à la besogne accoutumée; l'une trait les vaches, cet autio compte le bétail. La tâche de la soirée achevée, après des causeries et des chansons assaisonnant le maiere

souper, jeunes et vieux, filles et garçons, s'endorment, groupés à la belle étoile, sous leurs abris de pierre sèche.

A deux ou trois lieues du toit familial, loin des yeux sévères de la maman, dans ces nuits de plein air, les Gampanoises au cœur et aux bras solides défendent vaillamment leur vertu, lion nombre de romans s'ébauchent sans doute là-haut, mais il est très rare tpi'ils s'y achèvent ; les amoureux et les amoureuses attendent sagement de redescendre vers la mairie et vers l'église. Une bonne vieille de quatre-vingts ans, rappelant ses souvenirs de jeiuie fdle, racontait un jour que pendant ces soirées, dormies en commun, elle avait, en trente nuits, reçu les aveux de vingtcinq galants, sans que sa vertu ait eu à en souffrir et sans que personne ait trouvé à y redire.

Vers la mi-octobre, les neiges qui descendent des sommets forcent, les uns après les autres, les troupeaux à retourner à Campan. Dans les prairies qui entourent le bourg, avant d'enfermer leurs vaches et leurs moutons dans les écuries de l'hivernage, bergers et bergères les parquent en plein air, à quelques pas d maison s.

Ce retour de la montagne est l'occasion d'une

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