PAU MEU, PAU MONTS ET PAR VAUX I
grande fête pastorale. Dans chaque lamille, la veille de ce dimanche, on fait cuire au four de la maison la inoiindetlo, un gâteau pétri avec la Heur de farine des moulins de Bagnères et avec le beurre encore parfumé par les herbes des hauteurs. Le matin venu, tous se rendent pour la messe solennelle à l'église Sainte- Marie-de-Gampan. Les inoiindettos, parées de linges bien blancs, sont étalées sur des chaises ; après la messe, ainsi cpie pour les tourteaux du dimanche avant Pâques, le prêtre qui officie procède à la bénédiction. Au sortir de l'église, hommes et femmes, leur gâteau sous le bras, se rendent en masse à l'auberge. Les amitiés qui se sont nouées sur les hauteurs s'affirment autour des tables. Les femmes ne sont pas toujours assises à côté de leur mari, mais les filles sont toujours placées à côté des garçons. L'après-midi se passe à manger, à boire, à chanter ; les plus vieux, égoïstes, ne causent qu'avec leur verre et leur assiette ; les plus jeunes laissent leur cœur voisiner comme leurs mains ; tandis que les vieilles content des histoires de leur bon temps, les jeunes filles préfèrent se laisser conter fleurette.
Le soir même de la fête, tous retournent à la garde des troupeaux en plein air.
Avec les froids qui approchent, et avec les bêtes
l()^ PROPOS GASCONS
qui tondent, par parcage, les seconds regains des prairies, il faut à leurs gardiens des- abris pour la nuit et des abris qui se déplacent. Aussi les bergers de Campan disposent, pour la couchée, leur bur- (jiiet.
Vous rappelez-vous les arches de Noé de notre enfance, ces boites de bois, moitié bateau et moitié maison, dans lesquelles s'empilaient tous les animaux du déluge taillés au couteau et peinturlurés par les bûcherons de la Forêt-Noire.
Eh bien, le biirgiiet ressemble exactement à une arche de Noé plus haute que large et longue de deux mètres et demi. Dans cette maisonnette de bois, le berger de garde s'introduit le soir, pour y dormir, par une ouverture latérale se rabattant en couvercle de tabatière.
Les jeunes filles n'ont plus ici la liberté des nuits en commun dans les hauts pâturages. Alors, sans inconvénient, elles pouvaient se grouper ensemble avec les jeunes gens, mais il ne serait pas bon que, maintenant, elles s'approchassent trop des burguets où l'on dirait que niche le diable. Quelques-unes, les plus braves, s'accoudent sur le rebord des fermetures, et causent derrière la barrière avec leurs amoureux ; malgré les instances, elles ne se hasardent guère à franchir la claie et à pénétrer dans l'enclos. Là, les labrits à quatre pattes veillent sur leurs troupeaux, plus loin, des gardiens à deux pieds, de burguet à
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burguct, se surveillent jalousement, à travers la plaine sombre.
Cependant la nuit est obscure, la lune ne se lèvera pas de si tôt, sous les étoiles rieuses les deux amoureux se sont attardés accoudés sur la claie d'osier. Rentrer à Campan à cette beure, dit le jeune homme tentateur, les vieux dorment, couchés depuis longtemps. 11 attire peu à peu son amie vers le burguet, et à demi consentante lui fait franchir à sa suite la trappe de bois, qui retombe. Au battement sourd du couvercle répond un coup de sifflet strident ; le burguet s'ébranle sur ses fondements de planches, le pauvre bateau semble un instant ballotté par des vagues houleuses, et dans une dernière secousse il se renverse et sombre dans le noir.
Le burguet est tombé lourdement siu" sa porte à couvercle, emprisonnant dans sa caisse, maintenant plus large que haute, les deux oiseaux pris au trébuchet. Les oiseleurs, après un éclat de rire, s'en vont dormir dans leurs couchettes voisines, sûrs que leur gibier ne pourra redresser sa cage.
Le lendemain matin à l'aurore, à travers tous les pacages de Campan, s'est répandue, en traînée de poudre, la nouvelle qu'on a renversé cette nuit un burguet. Alors tous arrivent à la curée, les uns armés de fourches comme pour mie chasse au chien enragé, les autres porteurs de casseroles comme pour une conduite de charivari.
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Le burguet est redressé en grand effort et en grande pompe. Le jeu cruel est poussé jusqu'au bout. Il s'agit de débusquer la bête de sa tannière. C'est un ours, crie l'un, prenez garde au coup de griffe! La porte est soulevée avec précaution. Le jeune homme en sort le premier, la tète en avant, les poings fermés, cherchant à sauter ^à la gorge des méchants qui le tiennent à bout de fourche. Au bruit des casseroles, la jeune fdle sort à son tour en pleurant, et en cachant sa figure rouge dans son tablier. Certaines — celles qui n'en sont plus à leur première nuit de burguet — ont un front qui ne rougit plus et se louent hautement du jeune homme qui, dans cette nuit d'accident, sut les respecter.
Toutes ces histoires ne finissent pas, hélas, devant M. le maire et devant M. le curé. Aussi quand les touristes remarquent dans les rues de Campan une jeune fille qui passe, la tète couronnée par la cruche en terre posée sur le coussinet de linge et qu'ils disent : « Quelle belle fille ! » parfois une voix narquoise d'indigène leur répond : u Oui, mais elle est allée au
burguet ! »