L'ART ARABE EN LAVEDAN
Tous les liabilués de Baièges, cette station la plus élevée des hautes montagnes de la Bigorre, ont fait les classiques excursions du lac d'Escoubous, du col du Tourmalet et du Pic du Midi. Les cavaliers de profession ou daniour- propre enfourchent les petits chevaux labedanais, bien harnachés par les guides. Mais les gens tranquilles, qui aiment à marcher lentement et sûrement, accueillent les offres de service d'une vieille Barégeoise qui réjiond au pittoresque sobriquet de Mère aux ânes. Elle place, dans les prix doux, sa marchandise à longues oreilles, et quand il y a des enfants dans la caravane, elle escorte les ânes qu'elle a loués. Le passage devient-il un peu diflicile, les baudets hésitent-ils à poser leurs pieds sur les cailloux détrempés par les ruisseaux de cascade, la bonne femme pique vigoureusement ses bêtes aAec un bâton pointu, et, joi-
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gnant la parole au geste, elle prononce la phrase consacrée : Ilarri, que té poiinclii !
Que té poiinchi, je te pince, la traduction de ces derniers mots est, pour nous Gascons, très facile, mais le Harri, combien ce premier mot, depuis mon enfance, a surexcité mon imagination en mal d'étymologie. En langue romane, liarri signifie crapaud. Pourquoi appliquer ainsi à une si grosse bête le nom d'une si petite ? Depuis longtemps, j'avais perdu tout mon patois à deviner l'énigme. Un beau jour, j'eus l'explication sans la chercher ; pour cela j'avais dû aller bien loin de mes Pyrénées, et traverser les terres et les mers. Une après-midi de prinlenips, à Tanger — oui, au Maroc, s'il vous plaît — sous vme porte dentelée de créneaux arabes, à l'entrée du port, je croisais un ànier Kabyle, qui conduisait à grand renfort de matraque son bourriquet surchargé de fagots de bois. Comme l'animal regimbait, après avoir glissé des quatre sabots sur les pierres plates de 1 entrée, son maître l'encouragea de la pointe du bâton en criant : A rrh , arrh , et l'àne pressa le pas, en sentant le coup et en entendant la parole.
Arrh, malgré la suppression de l'i et malgré le déplacement de cette aspiration qui précédait le harri de Barèges, mais ces deux mots, proférés dans les mêmes circonstances, me parurent frères. Je ne me trompais pas. Arrh, m'expliqua notre interprète, signifie : en avant. En disant harri à sa monture, la
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Mère aux ânes du lac d'Escoubous lui parlait donc arabe sans s'en douter.
J'avais du voyager tras los montes et même franchir les portes d'Hercule, pour me convaincre que, sous la légende du séjour des Arabes dans nos Pyrénées se cachait un fond de vérité historique.
Le Harri, en aAant, du roman Labedanais dérive directement de Arrh, l'en avant de la langue arabe. Pour dire en avant, les Espagnols emploient le plus souvent le mot. Anda Ils ont bien conservé VArrh arabe dans Arre, en avant, el Arriéra, muletier, mais en oubliant l'h aspirée si caractéristique. La Provence, oi^i les Sarrazins s'étaient taillé un royaume, emploie ce mot ainsi que la Gascogne et les dompteurs de chevaux du pays de Mireille excitent leurs cavales au cri de Harri, en avant, ainsi que le font les meneuses d'ânes du pays de Barèsres.
Après leur défaite par Charles Martel, sur le champ de bataille de Poitiers, les Sarrazins. nous rapporte la tradition méridionale, se réfugièrent dans les vallées de
la Bigorre.
Un jour vint où, lassées d'exactions, les populations gasconnes se soulevèrent, et, conduites par un diacre de Tarbes nommé Mesclin ou Missolin. elles taillèrent
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en pièces leurs envahisseurs sur le Aaste plaleau cVOssun situé entre Tarbes et Lourdes.
Le lieu de la déroute porte encore le nom significatif de Lanc Monrine, la lande des ^laures. Mesclin, le diacre-général, fut, après sa mort, vénéré en Bigorre comme un Saint. Son tombeau, profané lors des guerres de Religion, est conservé, à Tarbes, derrière le maître-autel de l'Eglise Saint-Jean. Tous les ans. jusqu'à la Révolution, — ainsi que le font encore les Espagnols pour commémorer leurs victoires. — le souvenir de cette défaite des Maures était perpétué à Arcizac-Adour, dans la plaine de Tarbes, par une procession où l'on portait triomphalement la statue équestre de saint Mesclin.
Tout ceci n'est déjà plus de la légende. Mais la réalité du passage et du séjour des Arabes en Bigorre est attestée par une autn^ source historique : les lieuxdits du plan cadastral. La !ane Monrine, ce nom n'est pas isolé, et l'on retrouve un peu partout dans le département des Hautes-Pyrénées : Ions furoiins dous Mourons, las Jionns dons Mourons, les tertres et les fontaines des Maures.
Les visages comme les lieux semblent conserver chez nous la trace de l'invasion. La petite ville d'Ossun, qui domine la lane Mourine, par les Ivpes et par les mœin-s de ses habitants rappelle, tout autant que les villes de l'Andalousie, le souvenir des Sarrazins. Les femmes très pieuses de ce bourg avec leurs lèvres
épaisses, leurs yeux noirs, leur teint basané et la modestie cloîtrée de leur vie, offrent l'apparence du visage et des habitudes des ^[oresques. Autrefois, les rouliers d'Ossun étaient de véritables nomades ; ainsi que ces autres descendants des Maures, les colporteurs Gommingeois du pays de Rivière, les Ossunois avaient l'habitude de courir la France avec leurs charrettes, exportant du Midi au Nord les beurres et les fromages de nos montagnes.
Si ces traces du séjour des Sarrazins se sont conservées dans les plaines et sur les coteaux du nord de la Bigorre, combien plus profonde a été l'empreinte laissée par eux dans les montagnes du Lavedan f[u'ils occupèrent pendant plus d'im siècle peut-être.
Ce pays de Lavedan, qui va de Lourdes, du midi au nord, jusqu'aux Pyrénées Espagnoles, comprend les trois cantons d'Argelès, d'Aucun et de Luz, et une partie de celui de Lourdes. Au nord, la superbe vallée d'Argelès, où débouchent, entre autres, les vallées tributaires de Cauterets et d'Azun ; au midi, en amont de la longue et profonde gorge du Gave, la verte vallée de Luz où se rejoignent les Gaves de Barèges et de Gavarnie.
C'est dans les vallées de Luz et d'Azun que j'ai re-
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cueilli les plus nombreux vestiges de l'occupation Arabe.
Là. clans les maisons, dans les fermes, dans les chapelles, dans les églises, depuis les objets modestes de l'industrie pastorale et de la vie de tous les jours, jusqu'aux ornements des bénitiers et anx sculptures des porches, le bois, le fer, la pierre et le marbre sont taillés, gravés ou sculptés, suivant les traditions d'un style inconnu tant dans la France du Nord que dans notre France méridionale.
L'exposé de mes observations, que je vais résimier ici, justifiera amplement l'exactitude du titre de cette étude : L'Art A?'abe en Lavedan.
J'ai relevé dans cette partie du Lavedan qui porte le nom de pays de Barèges, et qui correspond exactement au canton de Luz, une douzaine de marteaux de porte d'une forme et d'une décoration toutes particulières. Combien en reste-t-il en j^lace aujourd'hui depuis mes investigations datant de quelques années déjà. Pour ma part, je possède deux de ces objets, et je suis excusable de cet enlèvement puisque je cédais à un désir de documentation, et non à un caprice de collectionneur. Mais les touristes et les baigneurs qui sont passés jusqu'ici avant et après moi ? Quoi qu'il en soit
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et quoi qu'il en reste, les plus nombreux échantillons de ces marteaux caractéristiques se rencontraient en ces dernières années à Sazos, près de Saint-Sauveur, et à Yillenave, près de Luz.
La forme de ces instruments est partout la même, seule la décoration présente quelques légère^ différences ; ils se composent invariablement d'un heurtoir circulaire en forme de lourd bracelet hexagonal, attaché par une bague à une plaque de fer dentelée en étoile, et venant frapper sur un buttoir planté connue un clou dans le disque d'une seconde étoile dentelée. En résumé : un anneau rond, en fer, portant en haut et en bas sur deux rondelles de fer découpées.
Sur les faces du heurtoir et de sa bague court un dessin fait en général de fines lignes brisées ou pointillées qui se croisent, suivant des formes géométriques, en trapèzes ou en losanges. Seuls, le buttoir cubique et les deux plaques dentelées sont lisses et sans striures.
L'un des marteaux que je possède, et que j'ai acquis par correspondance, répond absolument, d'après mes notes et mes croquis, à celui que j'ai observé sur la porte de la maison Soubies, sise à l'ouest de l'église de A illenave, près de Luz. La décoration particulière de mon modèle et de celui de Yillenave est constituée par des points creux, gravés au centre de losanges aux lignes brisées. La maison Cazalis, à Sazos, portait, lors de ma visite, un heurtoir sur ses deux roues dentelées,
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décoré de trapèzes aux lignes brisées, sur lesquels étail jeté comme un semis de petits cercles, tracés à l'emporte-pièce. Ces dessins semblent partout avoir été gravés à la pointe et au marteau. Les dimensions des étoiles de pivot varient entre huit et dix centimètres, et celles des anneaux du heurtoir entre quatorze el seize centimètres, en prenant le diamètre extérieur.
J'étais convaincu à l'avance que mes martî'aux labe danais étaient, sinon de forme, du moins de style arabe. Dans un voyage en Espagne, j'ai vainement cherché sur les vieilles portes de l'Alliambra, du Généi'alife et de la Mezquita, des modèles semblables. A Tolède uniquement, à l'exclusion de Grenade et de Gordoue, j'ai rencontré un seul exemplaire, non décoré et plus grand, offrant avec ceux de Luz une vague analogie. Mais au Maroc, en ce Tanger où j'allais entendre le Arrh : en avant arabe, frère du Ifarri : en ai'a/i/ barégeois, je devais en outre retrouver sur vingt portes différentes des marteaux identiques à ceux de ^ illenave et de Sazos. Ils ne leur ressemblent pas seulement ; ce sont les mêmes. G'est là-bas comme chez nous, le bracelet rond de fer à la bordure hexagonale, suspendu par une bague à une roue dentelée et frappant sur un buttoir maintenant, lui aussi, une plaque en étoile. La décoration de ces marteaux est faite encore de lignes brisées ou pointillées. Le type observé par moi à Sazos portait un semis de petits cercles dans des trapèzes dentelés.
J'ai sous les yeux un croquis de heurtoir arabe de
Tanger, dessiné pour moi par mon correspondant en cette ville, M. Joseph Durand, chef" de comptabilité dans l'importante maison française de commerce au Maroc : Irénée Brun. Le fondac marocain, sur la porte duquel se trouve ce marteau de fer, appartient à un ancien Pacha nommé Mohammed ben Abdel Salek. Comme les rues n'ont pas de désignation à Tanger, on détermine les fondacs ou maisons arabes soit d'après leur situation, soit par le nom de ceux qui les occupent; celui-ci s'appelle fondac de la porte du Socco parce qu'il se trouve près de la première porte du grand Socco, la place du marché.
Dans la ville de Tanger ^ainsi que dans la vallée de Luz, ces heurtoirs sont striés également de pointillés et de brisures. Le modèle dessiné par M. Joseph Durand montre un semis de petits cercles dentelés, d'un diamètre alterné de quatre et de huit millimètres en moyenne. A Sazos, près de Saint-Sauveur, nous venons de le constater, le dessin se compose également de petits cercles inclus dans des trapèzes. Sur d'autres types de heurtoirs, à Tanger, j'ai relevé soit des hachures ou des lignes parallèles ondées, soit encore des demi-cercles en lignes pointillées ou brisées ; ces grands demi-cercles adossés renferment entre eux des groupes de demi-cercles plus petits, adossés et disposés par quatre.
De cette étude de comparaison il résulte que l'identiiication est si complète qu'on pourrait substituer les
marteaux du pays de Luz à ceux de la ville de Tanger, sans que l'œil dun Barégeois ou d'un Marocain puisse reconnaître ce changement.
J'étais un jour arrêté près de l'église de Sazos en Barèges, et, soulevant le heurtoir de la maison Gazalis, je formulais au milieu d'un cercle d'archéologues ma théorie sur l'art arabe dans le pays de Lavedan. C'était un dimanche, au sortir de la grand'messe, et des paysans curieux s'étaient rapprochés de nous. Un jeune homme s'avança jusqu'à moi pour mieux saisir mes explications et pour me questionner. Je m'interrompis un instant pour faii'e remarquer à mes compagnons d'excursion la physionomie de ce Labedanais. Les yeux bruns étaient surmontés de sourcils arqués noirs, le nez mince et busqué surmontait une bouche fine, meublée de dents blanches et pointues. En drapant un turban sur cette tète fière de montagnard, Horace Yernet eût retrouvé un de ces réguliers de k Smalah d'Abd el Kader ; nous autres, nous crûmes revoir un cavalier d'Abderame. « Alors, Monsieur, me dit mon interlocuteur de Sazos, vous pensez que le marteau de porte que vous tenez a été forgé autrefois, chez nous, par un ouvrier arabe? — Non, mon ami, lui répondis-je. Il y a mille ans peut-être, un ouvrier arabe fabriqua en effet à Sazos ou dans le voisinage un heurtoir semblable à celui-ci. Après le départ des Sarrazins, un forgeron de la vallée copia l'objet qui était sous ses yeux, et depuis, ce même modèle s'est
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reproduit jusqu'à aujourd'hui à travers les générations successives ».
Sur le bois comme sur le fer, l'art arabe a laissé en Lavedan de semblables empreintes. Toutes les collections de bibelots algériens renferment ces vases de bois à une anse dont les bords et le pied sont cerclés d'une bande de cuivre. Ces petits vases, en forme de cuve, sont destinés à contenir de l'eau ; le corps est fait d'un bloc de bois évidé et la base d'une rondelle du même bois rapportée. On pourrait rapprocher de ce récipient les herras béarnais et basques, fabriqués à Orthez ou à Saint-Palais, et servant aux femmes qui les portent sur la tête à aller puiser de l'eau aux fontaines. Le herras, en forme de tronc de cône et haut de trente à cinquante centimètres, est fait comme les barriques, avec des douves de châtaignier ; trois cercles de cuivre décorés à la pointe et au marteau entourent le fût. Mais entre ces deux sortes d objets, herras pyrénéens et tasses algériennes, il n'existe qu'une étroite ressemblance peut-être.
Dans les bordes de la vallée d'Azun en Lavedan, j'ai vu les bergers d'Aucun ou d'Arrens traire le lait de leurs vaches dans des vases de bois à une anse, en forme de cuve, faits d'un bloc de bois creusé et renforcés au pied et au pourtour par une bande de cuivre.
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Ainsi que les heurtoirs en fer de Luz et de Tanger, les coupes en bois de l'Algérie et du Lavedan sont absolument de même origine.
Dans les loisirs de leurs pâturages, les gardiens de bestiaux ont de tout temps sculpté le bois à la pointe du couteau.
Les bergers barégeois fabriquent des fuseaux et des quenouilles, les bergers kabyles entaillent des cannes ou des tuyaux de pipe.
La quenouille dans la vie des femmes de Gascogne n est pas seulement un objet d'utilité journalière, cette compagne des après-midi de pacage et des soirées de coin de feu est encore un symbole nuptial. Dans tout mariage gascon de la plaine et de la montagne, célébré suivant les anciens rites, le nobi, le fiancé, offre une quenouille ouvragée à la nohio, la fiancée. Dans les montagnes, les vieux usages se sont conser^és plus vivaces encore que dans la plaine. Non seulement, la coutume de la remise de la quenouille est observée en Lavedan pour tous- les mariages, mais les quenouilles là-haut, à Luz comme à Aucun, ont une forme toute particulière. En Bigorre, dans les Landes, on Armagnac, ces objets sont fabriqués avec luie lige do roseau, une canabero. En Lavedan, ils sont faits en bois dur, en buis le plus souvent. La quenouille labedanaise, fignolée et coloriée, représente plusieurs journées de travail, elle est commandée à l'avance à des spécialistes de la vallée d'Azun et se vend on général de cinq à six francs.
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Il n'est pas étonnant, m'objectera-t-on. que ces naï\es sculptures des bergers jjyrénéens offrent cjuelque raj)proclienient avec le bois décoré des cannes et des tuyaux de pipe de l'Algérie ou du Maroc. Tous les peuples pasteurs, en effet, l'hiver, dans l'isolement de leurs étables, ouvrent leur couteau, prennent un bout de bois et s'improvisent sculpteurs. Les Suisses dans leurs chalets se sont fait une spécialité d'objets d'art en bois qui ne rappellent en rien l'art arabe. Je répondrai qu'il ne s'agit pas ici de vague ressemblance, mais encore d'assimilation absolue. Les bouts de bois labedanais sont décorés et coloriés comme les bouts de bois kabyles. J'ai sous les yeux quatre éléments de comparaison : une quenouille qui a été commandée pour moi par le poète roman Miqueù Gamélat, d'Arrens, à un paysan de la vallée d'Azun ; vme autre quenouille hors d'usage, donnée par une vieille personne de la vallée d'Argelès ; un tuyau de pipe à kief, acheté par moi à Tanger et une canne kabyle que mon frère, le baron de Gardaillac, m'a rapportée d'Algérie. Je vais, en premier lieu, comparer l'un à l'autre, quenouille et tuyau de pipe. Ces deux objets se rapprochent d'abord par une caractéristique commune ; ils sont coloriés en bleu et en rouge, à la façon des émaux champlevés, par des couches de cire garnissant des trous ménagés dans le bois. Tout le monde a remarqué, sur les grossières poteries modernes de l'Algérie, ces taches de couleur vive, en forme de pains à cacheter, jetées sur
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la paiiso des vases comme des éclaboiissures. Ces ronds irréguliers, de couleur rouge et bleue, et d'un certain elTet éclatant, sont produits par des gouttes de cire à cacheter. De même, en Algérie comme au Maroc, les Arabes et les Kabyles garnissent de cires coloriées et surtout de cire à cacheter les trous ménagés dans leurs objets en bois. L'art arabe a toujours été polychrome.
En dehors de ce procédé commun de coloriage dans la quenouille labedanaise et dans le tuyau de pipe marocain, je signalerai les points de contact du dessin. Le tuyau est beaucoup plus sobre d'ornementation que la quenouille ; question de bon marché sans doute ; le mode dans les entailles est le même ; les deux baguettes sont entourées d'anneaux qui les sectionnent en cartouches cylindriques décorés. Sur le tuyau arabe, je relève un petit semis de carreaux creux et remplis de cire coloriée ; sur la quenouille labedanaise, les petits carreaux juxtaposés, au lieu d'être en creux, sont en relief, et ils se détachent en blanc sur la couche de cire rouge des évidements intermédiaires.
La canne kabyle d'Algérie ne porte pas d'incrustations de cires de couleur, mais sur son pourtour et siu' ses côtés, elle montre plusieurs fois répétées, C(»mme type principal de décoration, des chaînes de barrettes disposées en arête de poisson. De semblables guirlandes d'arêtes de poisson, saillant sur un fond de cire coloriée comme motif dominant, courent le long ou
autoiii' des cartouches de la quenouille labedanaise. En dehors de ces rapprochements de détail entre ces objets de bois, tous ceuv qui ont examiné en Andalousie les restes éclatants des carreaux de faïence arabe, retrouveraient, entre l'émail de ces terres cuites et le coloriage de la quenouille labedanaise, un air de famille. Sur les panneaux des ariilcjos hispano-moresques, ce sont des combinaisons géométriques ménageant entre des rosaces, en forme de cercle, des croiv ou des losanges dentelés ; sur les cartouches de notre quenouille, entre des étoiles à quatre lobes, en forme d'x manuscrit, sont ménagés des carrés el des losanges d'un effet semblablement décoratif. Les Labedanais d'Azun et de Barèges sont d'humbles potiers en bois, ils n'ont pas d'art céramique, mais sur le fer ciselé et sur le bois fignolé et peint ils ont conservé, à travers les âges, les lointaines leçons de leurs maîtres en décoration, les Sarrazins de l'invasion.
Notre Gascogne est très pauvre en monuments d'art religieux ancien. En Bigorre, en Béarn, en Armagnac, pendant les guerres de Religion, les routiers huguenots de Montgomery vinrent en traînée de poudre dévaster et brûler sur leur passage les églises catholiques. Seules, les cathédrales, grâce au\ remparts de leurs
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bonnes villes, restèrent debout après le passage de cette nouvelle horde de Vandales.
Les vallées du Lavedan étaient éloijjinées de la route suivie par les partis protestants du \vi'' siècle ; en outre, dans ces pays si pauvres, ils n'auraient pas trouvé grand'chose à piller. Aussi, dans ces vallées, aux pays de Barèges, d'Argelès ou d'Azun, les églises anciennes sont encore intactes. Construites en un style roman primitif, avec des voûtes épaisses d'un mètre, qui faisaient corps avec les murs, elles ont traversé les siècles sans trop do lézardes. On pourrait recueillir sur les tympans de ces cliapellos une collection, unique sans doute en France, de Christmes fleuris de lettres grecques. Mais je ne m'arrêterai aujourd'hui qu'aux traces que l'art arabe a laissées sur ces porches et dans ces intérieurs.
Il aurait été surprenant que la décoration des marteaux de portes arabes du Lavedan n'ait pas eu d'influence sur la ferronnerie des églises. Le seul objet de cette nature que j'ai relevé est un grand verrou qui est attaché à la porte à- deux battants de l'église de Sassies, près de Saint -Sauveur. Ce verrou, dont les deux bras mesurent soixante centimètres de long et la poignée vingt-cinq centimètres, est strié de lignes géométriques : c'est un réseau de hachures à angle droit, tracées à la pointe et au marteau, ce sont des zigzags de lignes brisées et pointillées ; c est toujours la décoration des heurtoirs des villages voisins de Sazos et de Yillenave et des marteaux de porte des maisons de Tanger. Ce qui
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rend particulièrement intéressante cette église de Sassies, c'est cfue le fer et la pierre, ornés à la mode arabe, y voisinent en deu\ monuments uniques dans ces vallées. A C(')té de la porte au verrou, se dresse près de l'entrée de la nef, un fût de colonne à hauteur d'appui, qui supporte, sur un chapiteau carré, un bénitier senùsphérique. La coupe du bénitier est cantonnée par quatre petites colonnettes de renfort. La surface supérieure do ces colonnettes est creusée d'étoiles aux branches en ovales et en triangles. Nous approchons déjà du style arabe, mais nous le retrouvons dans son intégrité et sans plus d'analogie avec le style roman, dans la décoration des rebords de la coupe du bénitier. Sur cette bordure circulaire court une double guirlande de triangles creux, alternés et opposés par les pointes ; cette double chaîne de triangles est séparée et accusée par une ligne brisée intermédiaire, faisant elle aussi le tour des lèvres du bénitier.
J'ai sous les yeux un de ces petits meubles de bois algériens, véritables travaux de patience que les Arabes tirent du même morceau de bois. C'est une liseuse, en forme de pupitre de missel ; les deux panneaux jouant dans une charnière, ainsi que des doigts croisés, ont été découpés à la scie et au ciseau dans la même planche. Sur les deux faces sont creusés de petits triangles alternés et séparés par des réseaux de lignes brisées. C'est absolument la décoration des rebords du bénitier de Sassies.
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D'autre part, sur l'anneau de bois de la plus ancienne de mes fjuenouilles labedanaises courent en guirlande ces petits triangles arabes, creusés et juxtaposés.
L'art roman aime à tapisser les archivoltes de ses [)orches et les tailloirs de ses pilastres et de ses chapiteaux avec des rinceaux de palmettes. Ces palmettesjc plus souvent, reproduisent, épanouies ou recourbées en crochet, des feuilles de marronnier. Sur les porches des vallées de Luz et d'.Vzun, à Aucun, à Luz, à Esterre, à Serres notamment, nous trouvons ces feuillages, mais traités à la mode arabe.
Les fdioles des palmettes romanes sont toujours en plein relief, les folioles des palmettes labedanaises sont évidées et ne présentent qu'un pourtour linéaire en saillie. C'est ainsi que les Arabes, qui préfèrent les lignes aux pleins, représentent sur leurs monuments leur flore décorative. Par une sorte de haine religieuse du modelé de la nature vivante, ils se contentent de l'esquisse tourmentée des silhouettes. Sur leurs tapis mêmes, quand ils dessinent des folioles, ils brodent les contours en évidant le milieu. J'en ai relevé un exemple dans un dessin de tenture du xii" siècle, donné par Charles Goutzwiller, et reproduit dans la Gazette des Beaux-Arts (i)
(i) Année i87r>, tome II, p. 109.
L'évidemenl à la manière arabe des folioles labedanaises n'est pas une coïncidence accidentelle ; cette habitude constante, suivie dans la forme de ces rinceaux, dérive sûrement d'une influence moresque .
Contraints de renoncer à peindre en général la figure humaine, et le plus souvent les figures des animaux, les sculpteurs arabes devinrent des ornemanistes aussi remarquables qu'exclusifs, et ils furent très vite amenés à trouver dans les lettres si contournées de leur alphabet des motifs de décoration. Les versets du Coran serpentent le long des vases hispano-moresques, ils tapissent les meubles et sont en relief sur les coffrets, ils bordent, saillants comme des festons, l'archivolte des portes des casbahs et des mosquées.
liCS rinceaux des églises de la vallée de Luz et de la vallée d'Azun ne se composent pas simplement de palmettes linéaires évidées, mais encore de folioles déformées et affectant le contour de lettres moresques. Dans les Inscriptions arabes courantes, on relève des lignes contournées rappelant tour à tour les formes de notre a minuscule d'imprimerie et de la double boucle de notre chiffre huit; puis on y retrouve des lignes brisées, des angles et des triangles. Le long des tailloirs et des archivoltes de Luz, d'Esterre, de Serres et d'Aucun, nous voyons les palmettes labedanaises se déformer, elles aussi, en figiue de triangles, de lettres et de chiffres.
Ces guirlandes du Lavedan rappellent absolument les inscriptions arabes. Il est certain que ce semblant de lettres n'a aucun sens, et qu'elles sont purement ornementales, mais il est tout aussi certain que le sculpteur chrétien du Lavedan, qui creusa au xu*" ou au xin"" siècle les frontons de ces porches, avait travaillé soit avec des ouvriers arabes, soit en ayant sous les yeux des incrustations des versets du Coran.
Il ne comprenait pas la signification de ces grimoires, mais il cherchait simplement à en dégager et à en reproduire le caractère décoratif.
Tous ces vestiges d'art exotique que je Wens de de noter proviennent de l'influence stable d'une occupation arabe, et non pas d'une infiltration espagnole venue d'au delà des monts. Ce que l'Espagne a conservé du style moresque est de provenance directe et ne dérive pas d'imitation. Les Chrétiens de là-bas étaient trop fiers pour copier les Mores qu'ils avaient enfin vaincus et chassés.
Parfois même, ils démolissaient une partie de l'Alhambra pour y substituer un lourd palais resté inachevé, ou ils écrasaient le centre de la Mosquée de Cordoue sous le dôme en champignon d'une église barbare. Non, les Labedanais n'ont pas reçu des Espa-
j^nols ces épaves arabes, ils les ont conseivées de première main, dans lisolement de leurs montagnes. Je soumets aux savants, aux artistes et aux lettrés les justifications que j'apporte à l'appui d'une thèse originale.
Désormais, pendant leurs excursions dans les Pyrénées, mes lecteurs ne négligeront plus, en allant au Pic du Midi ou à la cascade de Ciavarnie, de monter jusqu'à ces petits villages échafaudés sur les contreforts de nos routes thermales. Là-haut, à Sazos, à Sassies, à Sère ou à Esterre, en visitant les chapelles romanes, en fouillant dans les lieux-dits du cadastre, en examinant le mobilier rustique des bordes et les quenouilles des jeunes mariées ou des vieilles fileuses, ils reconnaîtront que j'avais raison dans mes dires, el qu'il a existé et qu'il existe encore un véritable art arabe en Lavedan.
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LE MAKILLÀ
La Voz de Giùpuzcoa de Saint-Sébaslien est surtout un journal d'informations télégraphiques et de nouvelles locales. J'y ai cependant, un jour d'été, découpe une chronique très documentée portant pour titre, Casas de Guipiizcoa, Malkdkaria, et pour signature, Mendiz-Mendi. En reproduisant en partie cette excellente page de folk-lore basque, je la compléterai avec quelques observations personnelles.
« Makilla : bâton ; malkdkaria : celui qui manie le bâton.
» Est-ce parce que, en Guipuzcoa, le sol est accidenté et que pour gravir les hauteurs l'aide du makilla est
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utile, est-ce plutôt, en matière d'armes, à cause de la répugnance qu'éprouvèrent toujours les habitants du pays pour le couteau, la navaja, quoiqu'il en soit, le Guipuzcoan a toujours eu un goût marqué pour son makilla.
» Un peintre espagnol voulut un jour étudier une cidrerie basque en temps de fête. Ayant pénétré dans l'intérieur de la salle, il lia conversation avec les uns et avec les autres et il finit par inviter une vingtaine de jeunes gens à manger un morceau et à boire un verre de cidre. Augrandétonnementdu peintre, ses convives partagèrent avec leurs mains les pains qu'on venait de leur servir ; entre eux tous, et ils avaient de seize à \ingt ans, ils ne possédaient pas le moindre couteau. »
Ce ne sont pas donc ler. Basques d'Espagne qui. à l'exemple des Aragonais, cacheraient une navaja dans leur ceinture.
Jai moi-même, un soir de fête, dans la callc mayor de Fontarabie, assisté à une petite scène qui indiquait bien l'horreur des Basques pour le couteau. Après le fandango dansé devant la casa consistoriaL une dispute s'éleva entre deux hommes. L'un, étranger au pays, grommela une menace : « Qu'est-ce qu'il vient faire ici, ce Castillan de malheur, — s'écria son adversaire, un pêcheur de six pieds de haut, — il parle de m'ouvrir le ventre, ici nous ne savons pas jouer du couteau, nous ne nous servons que du makilla. Mais avec toi, mes mains me suffiront. » Et au milieu des bravos de
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la foule, iladiuiiiislra à son adversaire une Iclle l'rotlée, que le pauvre Castillan fut hors de combat, avant d'avoir pu ouvrir sa navaja malencontreuse.
Voici maintenant quelques anecdotes, que raconte don Mendiz-ÎMendi, sur de beaux coups de makilla donnés par les Guipuzcoans.
« Pendant la guerre de IJndépendance, don (Gaspard de Jaurégui (El Pastor), n'ayant pas assez d'armes militaires à donner aux hommes de sa première guérilla, pourvut ceux qui en manquaient de makillas ; les chroniques racontent que ce mélange de bâtons et de fusils donna des résultats frappants et avantageux.
)) Lors delà première guerre carliste, il y eut des partidas du prétendant uniquement armées de makillas, et le triste héros de la dernière guerre civile, le curé Santa Gruz, ne marchait jamais au feu sans son inséparable bâton basque.
» En 1893, vivait, dans un caserio des environs de Ernialde, un paysan nommé Baptiste, qui était un makdkari consommé. Un jour, deux soldats français, faisant partie de cette armée des 100.000 fils de saint Louis, qui était venue tailler dos croupières aux libéraux espagnols, rôdaient autour de la maison du dit Baptiste dans l'intention de lui voler une paire de poulets. Mais ils avaient compté sans le makilla de leur homme. Celui-ci aborda ses deux visiteurs à coups de bâton. Les deux soldats dégainèrent, et ils s'escrimaient avec leur sabre, tandis que leur adversaire parait les
coups avec une adresse sans égale. Comprenant que la lutte devenail sérieuse et que son bâton élait par trop faible et par trop petit, Baptiste poussa un «ri d'appel. Sa femme lui passa par la fenêtre le inakilla le plus grand qu'il y avait à la maison, lîapliste, sans perdre un doigt de terrain, saisit adroitement le nouveau gourdin, et il ne fut pas long à en terminer avec ce duel d'un nouveau genre. D'un coup dépeinte à l'œil droit il mit l'un des soldats hors de combat, et quant à l'autre, d'un coup de revers il le laissa dans un étatplus pitoyable encore. Il paraît que pendant tout le temps de l'occupation française, le brave Baptiste dut quitter sa ferme avec sa famille et se cacher pour éviter les représailles des camarades des deux blessés. »
Don Mendiz-Mendi, pour terminer, suivant son expression humoristique, avec des fleurs pacifiques, un article commencé avec des coups de bâton, nous raconte qu'en i823 les Français en résidence à Ilernani firent la conquête de la population par leur amabilité.
Le jour du départ, les soldats, en bons Français toujours galants, constate le publiciste espagnol, sortirent de la ville en chantant.
Las neskachas [les filles) d' Ilernani
Toujours, toujours
Bon ami.
La rime n'est pas riche, mais c'est bien le style troupier, et pour ce couplet seul de vieille chanson de route.
en dehors des anecdotes pittoresques qu'il cite, je suis heureux d'avoir par hasard recueilli en Espagne la chronique de don Mendiz-Mendi.
Mais ce ne sont pas les Guipuzcoans seuls, comme semble l'indiquer le publiciste de Saint-Sébastien, qui alTectionnent l'usage du makilla ; tous les Basques, des deux côtés de la Bidassoa, usent du même genre de bâton. Peut-être même que les Basques français, très batailleurs, s'en servent plus souvent, et je gagerais que les archives du greffe de Sainl-Palais prouveraient que c'est en France que se portent, sinon les coups les meilleurs, du moins les coups les plus nombreux.
Et même, tandis que les Basqvies d'Espagne se battent entre eux à armes franches, parfois ceux de France dévissent la poignée de leur maJcilla et s'escriment avec l'aiguillon mis à découvert. Il y a une quinzaine d'années, les Cours d'Assises des Basses et des Hautes-Pyrénées eurent successivement à connaître d'une cause célèbre : le crime d'Ascain. Le meunier Soucarret fut condamne', à Tarbes comme à Pau. aux travaux forcés, pour avoir assassiné sa femme de complicité avec sa maîtresse, la fdle Marie Noblia. En revanche, il futrelaxé du chef du meurtre d'un sieur Haranader de Jolimonl, qui avait été trouvé dans un fossé.
mort, la gorge traversée par un coup de pointe de rnakilla. Celte pointe, plutôt lance qu'aiguillon, longue d'environ dix centimètres et épaisse de cinq ou six millimètres, est enchâssée dans un tronc de cône de cuivre qui termine l'extrémité du bâton, et s'emboîte, avec un pas de vis, dans la poignée revêtue d'un treillis de cordelettes de cuir. Le pommeau, reposant sur mie bague de cuivre, est en corne ronde et aplatie. Le bois, qui \a. en s'évasanl, est solidement ajusté à son extrémité inférieure avec une tête de cuivre longue de dix centimètres et terminée par une pointe de fer, dont les trois dents sont figées dans du plomb. Le bois de la lige et le cuivre des cylindres sont travaillés curieu sèment.
Les paysans basques soignent avec des précautions intéressées ces néfliers de leurs baies, qui, en Béarn et en Gascogne, poussent à l'aventure. Ils émondent chaque année les branches et ne conservent que celles qui poussent droites. Lorsqu'un rameau est suffisamment gros pour faire à la saison prochaine une canne, ils tracent au couteau, dans la partie la plus grosse de la tige, trois lignes ondulées, sur une longueur d'environ quarante centimètres, et entre ces trois lignes et sur la même longueur, ils piquent une rangée droite de points distants de quelques millimètres. A la poussée de la sève, le bois gonfle, ondulé et pointillé, à travers les rainures et les trous faits par le couteau dans l'écorce. La branche coupée, séchée au four, est alors vendue
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aux fabricants de makillas, pour un prix qui varie suivant la beauté du bois et la régularité des dessins en rcliel. Un bon makilla. bien travaillé ot bien en main, se vend au pays d'origine entre cinq et dix francs . Mais par ces temps de surproduction, il faut se méfier des bâtons basques, vendus dans les bazars. Sui- la plupart de ceux-là, pour aller plus vite, les dessins n'ont pas été faits au couteau mais au fer rouge. C'est le makilla acheté pour cent sous dans les magasins des \illes, l'article de camelote au rabais.
Les morceaux de cuivre des deux extrémités sont revêtus de dessins à allure arabe. Sur un fin treillis de lignes brisées ou carrelées, se détachent, creusés en plein cuivre, des étoiles, des arêtes de poisson, des torsades, des points creux pris dans des carrés.
En dehors de ces makillas soignés comme bois et comme monture, il en est d'autres, valant de quinze à vingt francs, qui sont de véritables objets d'art.
Un fabricant, à Larressore près Cambo, B. ]\ Ainciart, s'est fait une spécialité avec ses bâtons de luxe.
Les bois sont irréprochables comme forme et comme dessins.
Les cuivres portent des gravures en creux plus régulières, où s'étagentles points, les lignes brisées, ondulées, en arêtes de poisson, les étoiles, les carrés et les croix.
La poignée très artistique, au lieu d'être en tôle creuse revêtue de cuir^ est en cuivre massif; tout au-
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tour se croisent les mêmes motifs de décoration plvis variés et plus soignés encore. Cette poignée se dévisse, elle aussi, et contient l'inévitable lance-aiguillon, également propre à toucher les bœufs et les hommes.
Les makillas d'Ainciart sont tous signés et datés par lui. Quand vous en tenez un en main, les connaisseurs l'examinent en disant ; a A-t-il le sou ? ». Ce sou caractéristique recouvre Textrémité inférieure de la tige, et il sert de base à la pointe de fer à quatre ailettes qui va, au travers, s'enchâsser dans le bain de plomb garnissant la fusée de cuivre du bas.
Et quand, à propos des dessins de ces anneaux de cuivre, — et j'oubliais de citer les croissants, — je parlais tout à l'heure de style arabe, je ne faisais pas allusion à une simple ressemblance.
Dans une étude d'art méridional ancien,] 'ai prouvé, ici même, que nos populations des montagnes travaillent, depuis des siècles, le bois, la pierre et le métal, suivant un mode de décoration qu'ils ont emprunté sûrement aux Mores d'Espagne, qui occupèrent si longtemps nos Pyrénées.