LÀ MÈRE AUX FICELLES
En novembre 1898, un malin de mes treize jours, au moment où j'allais conduire ma compagnie territoriale sur le champ de manœuvre de Bastillac, j'appris d un camarade qui me passait le service que c'était mon jour de marcher comme capitaine de distribution. Au pas de mon grand diable de cheval d'artillerie, j'accompagnais sans enthousiasme les hommes du i44* commandés pour la corvée du pain ; devant nous trottait à vide la prolonge régimentaire prêtée par le bo" d'infanterie. Après avoir suivi ces rues interminables qui font de Tarbes un écheveau de voies parallèles s'étendant sur deux kilomètres de longueur, nous arrivâmes enfin à la Manutention militaire, située à côté du Marché au bois.
Dès que mes territoriaux, leur sac à la main, se furent engoufTrés dans cette ruche bourdonnante, j'en
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vis sortir, le torse nu, la tête crépue poudrée à frimas, un hercule dont les bras croisés faisaient bomber les biceps. Dans ce mitron au bon sourire en travers de la large figure, j'eus vite fait de reconnaître un vieil ami à moi, et du haut de son cheval pacifique, le capitaine, déganté, se pencha pour serrer cordialement la main du garçon boulanger. C'était Henry, le maître ouvrier et le factotum de la Manutention militaire,
11 y aura bientôt dix ans, je n'avais pas encore absorbé mes loisirs professionnels avec les lettres apaisantes, et je me dépensais, je ne sais plus où, en des luttes politiques par trop agitées. Henry, patron alors, s'était attaché à ma cause, moins pour mes idées qu'il ignorait que pour ma personne qu'il aimait. Bon comme le pain qu'il pétrissait, fort comme toute une équipe de boulangerie, il s'était un jour, d'un seul revers de main, débarrassé d'une meute de roquets à deux pieds, qui, après boire, aboyaient de trop près derrière ses sandales. J'eus alors à le conseiller plutôt qu'à le défendre, et il n'oublia jamais que dans l'avocat il avait trouvé un ami.
Ln soir de réunion publique, la veille des élections, j'avais lutté de la voix et du geste contre le grand homme du cru. En plein pays radical, au milieu d'un auditoire où mes amis étaient, hélas ! en minorité, j'avais cassé ma voix à tâcher de rétablir avec mes périodes d'abord, avec mes interruptions ensuite, un équilibre décidément rompu. Tout à coup, au mo-
ment où la soirée oratoire finissait cahin-caha, un groupe de beaux parleurs du chef-lieu. — radicauxsocialistes d'exportation, — s'approcha de la tribune pour changer en déroute ma défaite honorable. Semblable à un de ces grands chiens de montagne qui aboient devant nos bordes, Henry se tenait au pied de l'estrade, veillant sur son candidat, et hurlant en l'honneur de son nom ; à mon geste las, il comprit que c'en était trop et que ce dernier renfort allait précipiter ma débâcle. Adoptant soudain un parti héroïque, il prit de chaque main un des deux orateurs par le bras, et les arrêtant au pied de la tribune il leur dit : « Ilalte-là ! on ne monte pas ! » Empoignés et prisonniers, mes deux adversaires protestaient sans parvenir à se dégager. La force primait les grands principes! Ln groupe d'énergumènes s'accrocha aussitôt aux bras, aux jambes et à la taille de mon champion. Ce fut un spectacle superbe. Henry ne iàcha pas ses deux hommes qu'il entraînait lentement vers la porte oi^i il voulait les jeter. Quand on le houspillait trop, il secouait d'un coup de reins, comme un chapelet d'oignons, la grappe humaine qui s'agrippait à ses flancs. D'un bout à l'autre de la salle, ce remous faisait refluer la foule, ahurie d'abord, gouailleuse ensuite. Ceinturé de son écharpe, le commissaire de police proclama, au nom de la loi, que la réunion était dissoute, et, amis et ennemis, il nous mit d'accord en nous expulsant tous. Depuis ce coup de force
accompli spontanément, j'ai toujours éprouvé pour Henry un sentiment de reconnaissance admirative.
Pendant que nous causions tous les deux, la main dans la main, après que l'ouvrier-chef m'eût fait signer son registre sur le pommeau de ma selle, je vis mes hommes, tenant à deux mains leurs sacs remplis de pain roux, se diriger, guidés par leurs camarades de l'active, vers un petit éventaire de marchande des quatre-saisons ; les sacs, déposés contre la façade de la Manutention, se tenaient debout en s'étayant l'un l'autre. Et tous les territoriaux s'approchaient successivement de la vieille marchande, qui, contre un sou, leur remettait un pain au lait et un bout de ficelle : « Qu'est-ce que cela!' dis-je à Henry. — Ça, monsieur Xavier, c'est la Mère aux Ficelles. » Intrigué, et comprenant que ces mois étaient le titre d'une histoire, je descendis de cheval et jetai la bride à Henry, tout content de me servir d'ordonnance. Je m'approchai. La petite table, couverte d'une serviette bien blanche, était smxhargée de pains au lait grands comme des miches : de gros grains de sucre saupoudraient les gâteaux ; à côté, sur le bout de la table et bien en ordre, s'allongeaient des bouts de ficelle d'emballage, tous coupés à la même longuetu-. La bonne vieille me
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souriait, assise sur son tabouret, et elle me disait, le bras tendu : « Mon capitaine, voulez-vous un petit pain? » Je lui achetai son gâteau, et. l'estomac creusé par l'air du matin, je me mis à le manger bravement, sous l'œil rieur de mes hommes, joyeux de déjeuner avec leur capitaine, en famille.
Malgré son menton qui fleurissait, malgré les bourgeons de son nez, certes, elle n'était pas alTreuse cette compagnonne des troupiers. Ses petits yeux et sa bouche édentée exprimaient la bonté avec tous leurs plis et avec toutes leurs rides.
« Pourquoi, ma brave femme, lui demandai-je, en lui tendant mes deux sous, vous appelle-t-on la Mère aux Ficelles? — Mon capitaine, c'est une vieille histoire. Il y a dix ans, voyez-vous, que je suis installée en plein vent, à la porte de la Manutention militaire. Eté comme hiver, je vends, à ces pauvres soldats de la corvée du pain, avec mes gâteaux au lait, des oranges ou des pommes, les fruits de la saison. N'estce pas que mes petits pains sont bons? — Oui, ils sont très bons et très gros. — Aussi je ne gagne qu'un liard sur chacim. Mais qu'importe, je vis avec dix sous par jour. Ne me demandiez-vous pas pourquoi ces enfants m'ont baptisée la Mère aux Ficelles? Un jour, au début de mon établissement à cette porte, je voyais les jeunes soldats, les bleus, sortir du magasin, tenant maladroitement à deux mains leur sac renq)li jusqu'au bord. Quand il s'agissait de les charger sur
les prolonges, les muletiers se refusaient à les prendre, tant que les hommes de corvée n'en auraient pas noué l'extrémité. En efTet. sans cela, trimbalés par la Aoiture, les pains se seraient échappés des sacs, et les compagnies n'auraient pas retrouvé leur compte. Et les petits conscrits se désolaient. Ils fouillaient leurs poches et les retournaient vainement. Quelques-uns, talonnés par les caporaux, se prirent à pleurer. Alors, l'un d'eux se décida à déboutonner sa veste, il détacha de son cou sa cravate bleue, il la déplia et la déchira en longues lanières qu'il répartit entre ses camarades.
Le lendemain, mon capitaine, ceux qui revinrent n'eurent pas à déchirer leur cravate : j'avais sur mon établi ma provision de ficelles, et je leur en distribuai une à chacun pour attacher leurs sacs.
(( Depuis dix ans. tous les matins je leur vends, pour un sou, un petit pain frais et un brin de cordonnet. Et voilà pourquoi, mon capitaine, ils m'appellent la Mère aux Ficelles ! n
Je souhaitai le bonjour à la vieille marchande, puis, tandis que mon fidèle Henry me tenait l'étrier, j'enfourchai mon cheval, et après avoir serré la main de mon ordonnance d'occasion, je raccompagnai ma corvée au quartier. En sui\ant le pas de mes hommes, je pensais au Poète des Humbles, qui aima à mettre en vers, au gré de ses flâneries parisiennes, les laits et gestes des petites gens, et je fus pris du
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désir de faire à la Mère aux Ficelles les honneurs de mes Propos Gascons. A l'exemple du Maître, j'ai pris plaisir à raconter cette simple histoire de la rue,
» Et je n'ai pas trouvé cela si ridicule. »
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LES HEURES DÀCQUOISES
6 heures du matin. — La place de la Fontaine- Chaude est encore déserte, bien que le soleil d'août effleure le faîte de ses maisons. Aux veillées des nuits de fêle succède le sommeil des grasses matinées.
En cette solitude, le style classique du monument apparaît antique, et la colonnade, à peine vieille de cent ans peut-être, s'harmonise avec la "poésie de la source celtibérienne de la Nèhe et avec les vestiges de la ville romaine de Dax. Dans le brouillard des vapeurs du réservoir s'écoulant par dix jets bouillonnants, j'éprouve l'envie d'éclaircir ma gorge encrassée par la poussière de la soirée, et le désir de faire une libation malutinale à la Nymphe des Eaux- Chaudes.
Le long d'une rue qui s'enfonce, perpendiculaire à la place, vers la vieille ville, parmi les maisons entr'ouvertes, je rencontre une boutique de faïences tenue par
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une vieille Dacquoise. aux traits encore fins, sous des cheveux blancs ondulés. J'ai vite fait d'acheter un verre de deux sous ; mais je m'arrête à la sortie devant une rangée de pots en terre rouge. Si le mot Dax, gravé à la pointe, n'en modernisait pas la panse, avec leur anse très détachée, l'ovale pur de leur galbe, cette couleur vive et le bec à égoutter du rebord, ces vases auraient donné absolument l'impression de poteries gallo-romaines. Je savais déjà que les fabriques de Garros, sur les limites du Béarn et de la Chalosse. ont conservé des modèles d'un art très ancien. Mon verre et mon vase libatoire dans les mains, je retourne à la Fontaine-Chaude.
Les rangées de dalles mouillées sont déjà encombrées de mouvement. Dans le simple appareil d'une bonne qu'on vient d'arracher au sommeil, les jolies Dacquoises défdent, empressées, leurs brocs ou leurs cruches à bout de bras. Les cheveux, coiffés depuis la ■veille, sont embroussaillés et pailletés encore par les confettis de la fête de nuit. La gorge libre dans le corsage à moitié boutonné, le jupon court ramené entre les jambes, elles puisent leur eau et s'envolent en coup de vent vers leur besogne en retard. En regardant tour à tour ces belles filles de la campagne chalossaise, que le séjour de la ville a affinées, j'en oublie de remplir mon vase en terre rouge.
Peu à peu, avec les heures, le spectacle de la place change en un acte nouveau. Les cafés voisins se sont
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tour à tour ouverts, et les garçons encore ensommeillés viennent puiser les carafes d'eau bouillante, avec lesquelles leurs clients du matin mêlent le rhum et le sucre du grog dacquois si bienfaisant. Les petites boutiques d'à côté débitent, par douzaines, h la fringale des passants, les bolées d'éscaoïitnun. la bouillie chaude de farine de maïs, baignant dans la blancheur d'une demi-tasse de lait.
9 heures du matin. — Mes flâneries sur le pont de pierre de l'Adour, à travers le square du Casino et le long des restaurations de la Cathédrale, m'amènent à la place du marché. Sur son piédestal, M. de Borda dresse sa silhouette fine : l'orbe à jour d'un sextant fait un nimbe de saint à la tète du savant, qui ne semblait pas prédestiné à tant de gloire céleste. Derrière la façade de la Halle, s'entend de loin le brouhaha des appétits à servir, un matin des fêtes.
Moi qui connais bien ma Gascogne, en mettant hors concours certains points des P}Ténées, je puis affirmer que c'est dans les Landes que l'on mange le mieux ; chez nous, les livres de ménage se dénomment indifféremment : le Cuisinier Gascon ou le Cuisinier Landais. En matière de fine cuisine, Dax balance la renommée de Mont-de-Marsan, et ce n'est pas peu dire ! Cependant, au Marché Montois caractérisé par les rangées de tistes de ses paysannes, je préfère le Marché Dacquois dans sa vaste halle ajourée. Ici, ce qui frappe d'abord, c'est la bonne grâce des Daccpioises.
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A l'entrée, un bruil sourd de hache fendant du bois frappe mon oreille. Dans un cercle de clientes attendant les bons morceaux, un apprenti boucher, les deux bras étendus, tient en. l'air un veau de lait par les pattes de derrière ; en face de lui, à coups de tranchet réguliers, qui suivent le fil de la moelle épinière, un de ses camarades divise l'animal en deux quartiers égaux. Après m'ètre laissé accrocher au passage par ce tableautin de peinture naturaliste, à travers les barrières de boutiques, je pénètre dans les allées encombrées du centre.
Le long des étalages circulent les petites servantes de la Fontaine-Chaude. Cette fois, elles ont fait toilette ; il faut y regarder de bien près, pour retrouver un confetti rebelle dans ces cheveux qui boulTent, piqués par leurs peignes en fausse écaille. Ce sont les beaux garçons bouchers qui obtiennent auprès d'elles le plus de succès ; mais dans le calme de Dax privé de garnison, à vaincre sans le péril des rivalités militaires, la gloire de leur triomphe est trop facile. Les cuisinières caquettent et coquettent avec leurs vendeurs ; d'un sourire ou d'une œillade elles appuient la demande d'une pièce de choix ou d'une réduction dans les prix. Par ces jours de fête^ tandis que le panier danse à leur bras, je ne sais trop si ce sont leurs intérêts ou ceux de leurs maîtresses qu'elles débattent aussi vivement.
Ça et là, à côté des portes, de petits tréteaux
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arrêtent les passants : ici, l'on débite sur le comptoir les cafés au lait et les soupes chaudes ; là, l'on sert prestement sur le pouce le petit verre pour tuer le ver du malin.
Devant une table proprette, tapissée de linge blanc et couverte de gâteaux ronds, est assise une jeune fille avenante ; elle vend les pastis, les pâtés de la fête : « Mesdames, qui veut des paslis ? » C'est toujours le gâteau gascon de nos fêtes locales, la Iourte en pâte bouillie ; mais dans ceux-ci la croûte est plus dorée et la pâle plus fine. Et il y en a de toutes grandeurs, pour toutes les gourmandises et pour toutes les bourses. <( Mesdames, qui veut des pastis ? »
A la sortie, je rencontrai deux Dacquois de race, grands, forts, le teint fleuri, deux de ces chasseurs qui aiment à vivre et à se laisser vivre. Je m'excusai de sembler, en plein marché de Dax, braconner sur leurs terres, nous fîmes échange d'impressions, et c'est avec eux que j'arrêtai le titre de ces Heures Dac- (juoises.
Au dehors, grand remue-ménage ; dans un bruit de coups de maillets, une foule de pauvres gens s'attroupe. C'est la viande des taureaux tués à la course de la veille qu'on distribue à vingt sous le kilo. « Ah, Monsieur, me dit une bonne vieille, qui emporte sa livre troussée de papier jaune, si vous saviez quel bon estouffat on fait avec cette chair rouge ! »
1 heure de l'après-midi. — Au café Paul, àlheure où Dax est encore à table, je feuillette, dans le recoin de ma banquette, les volumes du Sol y Sombra de Madrid, que le patron aficionado de l'établissement a gracieusement mis à la disposition du client tauromache .
A mes côtés, en dépit de sa figure débonnaire, Omer. le vaillant teneur de corde landais, ronchonne, attablé auprès d'un torero de seize ans, l'une des célébrités nouvelles de l'arène : et l'oncle gronde paternellement Omer II, qui, narquois, continue à boire et à sacrer comme un vieil écarteur.
Au dehors, de grands éclats de voix nous attirent sur la terrasse : « Oui, Messieurs, Jean Chicoy n'était auprès de Mora qu'un pelagatié. C'est Mora seul qui faisait la feinte, sur la corde, à la Parisienne! — Ce n'est pas vrai ! » répond une voix suivie de dix autres.
Tenant tête aux démentis voulus d'un auditoire d'amateurs en gaîté, je vois se démener un petit bonhomme sec, au type de chasseur à pied retraité, et je l'entends qui hurle : « Allons donc, blanc-becs, ce n'est pas vous, pas plus que Marin ou que Fillang. qui me défriserez les moustaches ! Des écarteurs comme Mora, on n'en verra plus sur l'arène ! » Il paraîl qu'au temps des Darracq et des Duvigneau, ce vieux débris était leste et intrépide. L'âge venu, ses succès de jeunesse lui ont tourné la tête.
Mais la colère de l'invalide s'apaise peu à peu, en voyant ses contradicteurs remplir de gros sous sa casquette : la pension de retraite que servent les aficionados à l'écarteur glorieux et misérable.
h heures. — L'heure des taureaux. Course espagnole ou course landaise se donnent toujours à Dax dans les vieilles arènes de bois. Ce ne sont plus les grandes constructions en pierre ou en briques, antiques ou modernes, des amphithéâtres d'Arles et de Bayonne. Toutes nos villes du Midi, de Mîmes à Mont-de-Marsan, prétendent, en matière de corridas, tenir chacune le premier rang. Il en est de même de l'émulation de nos stations thermales, qui s'intitulent toutes (( la Perle ou la Reine des Pyrénées». Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est à Dax que se voient les plus belles courses de taureaux, mais je crois bien que c'est à Dax que sont les meilleurs tauromaches de France. N'est-ce pas là qu'un gentleman et un lettré, s'il vous plaît, descendit un jour dans le redondel et tua son taureau de deux bonnes estocades ')
Aujourd'hui, je vais à peine regarder l'arène; c'est sur les gradins que je veux chercher le spectacle à voir. Le public dacquois des troisièmes est peut-être plus connaisseur, à mon avis, en matière de course landaise que de course espagnole. Cette année, Fillang, l'écarteur de Pontonx, qui à ses débuts s'est imposé comme le premier de tous, figurait dans la course landaise des fêtes de Dax. Il n'a pas certes
la science el la correction d'un Marin i'^' ou d un Gandau, mais ce grand garçon maigre et leste qui affronte toutes les bètes, en long et en large, de près ou de loin, donne une impression luiique de témérité et de souplesse. Ce dimanche-là, les spectateurs des troisièmes étaient en communion de volonté avec Fillang, et chaque ovation précédait el suivait la suite ininterrompue des écarts.
C'est Guerrita, qui mé donne raison quand j'affirme que lesDacquois sont les premiers de nos tauromaches. Le diestro portait à leur ville une affection toute particulière ; lui qui partout était cher et très cher, quand il s'engageait pour les fêtes, il avait là des prix de faveur. Aussi, sur les gradins des secondes et des premières, l'admiration pour le grand Rafaël tenait de la frénésie. Mal à l'aise, une année, en face d'un toro de Padilla aussi puissant que traître, le maître s'en débarrassa par un coup de recours porté au défaut de l'épaule. Quelques étrangers connaisseurs crièrent : « Fiiera Guerrita, à la porte Guerrita ! » Un groupe de jeunes Dac quois, sans un mot d'impolitesse, se placèrent en rideau devant les manifestants et applaudirent de toutes leurs forces. Mais à travers les bravos, Guerrita avait entendu les sifflets; piqué au jeu, au prochain toro, traître comme le précédent, il entra si en plein à la mort, que, projeté, il roula à terre comme une pelote. Les chutes de Rafaël ne furent pas nombreuses ; un mois après celle-ci, il coupait sa colela et prenait sa retraite.
A Dax, les femmes sont très nombreuses au premier rang, contre la corde de la barrera. Ce même jour, l'une d'elles, assise près de moi, avec sa blouse jaune et sa mantille blanche avivant le rose des lèvres et le velours des yeux, était plus séduisante qu'une Madrilène.
Dans le brouhaha de la fin, une voix cria au-dessous de nous : « Madama, Madama, ceci est pour vous ! » Charmé entre toutes par la Dacquoise de la barrera, le bel Algabeno lui lançait l'oreille de la bête qu'il venait de superbement cstoquer. Dans sa confusion, ma voisine, passée du rose au rouge, perdit tout à fait la tête, et elle oublia même de remercier, de l'éventail, son admirateur déconfit.
A la sortie, le gros de la foule s'écoule le long de la promenade des Remparts. A droite, au pied des murailles romaines, s'étend l'Adour dans l'ampleur de ses rives, et sur la large terrasse plantée de grands arbres se croisent les groupes joyeux. En cheveux ou en mouchoir, en chapeau ou en mantille, les filles du peuple et les dames du monde ont toutes du sang rose à fleur de peau fraîche ; égales par la soujDlesse de leur taille et par la grâce de leur démarche , les Dacquoises peuvent toutes marcher de pair.
0 heures. — Je ne connais rien d'aussi banal et d'aussi brutal parfois qu'une bataille de confettis. A Dax, je tempérerai par des circonstances atténuantes la sévérité de ce jugement. Il est vrai qu'on se bous-
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cule et qu'on se coudoie là moins qu'ailleurs, et qu'on y évolue en cercle et même en musique, ainsi que clans un cirque, autour d'un étinceîant manège de chevaux de bois.
Les reflets tournants des verroteries et des glaces, l'éclat aveuglant des becs d'acétylène, toute cette lumière se projette sur les batailleurs et les batailleuses qui passent et repassent.
D'abord, lorsque les poches de papier ou de drap regorgent, de même que la poudre des débutants se brûle aux moineaux, ainsi les confettis se jettent à tous les nez en l'air, à toutes les bouches qui bâillent. Mais les confettis comme les fleurs ont le.ur langage. Cerlaines de ces poignées de papier sont reçues avec maussaderie. Il n'y a qu'à frapper ailleurs ! Bientôt, en tout bien tout honneur, d'inconnus à inconnues s'établissent de charmantes intimités d'une heure. On lance et on reçoit. Danscettepromenade en rond autour du manège bruyant qui tourne, chacun déploie des ruses d'Apache, pour surprendre l'ennemi élu et pour le frapper au visage le premier. Parfois des remous font déborder le cercle mouvant. De petits jeunes gens en gaité, descendus des villages voisins, entre deux tournées à l'auberge, coudoient les gens, écrasent les pieds et bourrent brutalement de papier, à pleines mains, les bouches et les nuques.
Pour les adversaires de tout à l'heure, ces jjaniques donnent lieu à une trêve d'un instant. Réfugiés à l'in-
téricur du manège ou adossés contre la bairièie du rebord, les combattants se reposent, en attendant que le flot soit moins agité. On échange d'abord quelques mots, des poignées de munitions ensuite.
L'une des combattantes réfugiées près de nous est brune, fine, tout en mouvement ; des pains à cacheter multicolores sont plaqués sur ses joues de braise ; ses cheveux restent noirs de jais sous la poussière qui ne peut les ternir ; même en désarmant, elle songe à se battre, et, dédaignant les cartouches qu'on lui olTre. elle fourrage à limproviste dans les poches de papier, à demi-vides, de ses voisins.
L'autre jeune fdle, au repos, ressemblait à la Marguerite d'Ary Scheffer allant à la fontaine. Nous appelâmes notre blonde inconnue : les Cheveux d'or. Dans le feu de la bataille, elle paraissait s'éveiller ; le bleu de ses yeux et le cristal de ses dents reflétaient toutes les lumières ; son épais chignon fauve perlé de mille points verts, blancs et roses, elle s'épanouissait éclatante comme l'est, à travers le vitrail de la cathédrale d'Auch, l'Eve illuminée par le soleil de midi.
Minuit. — Le manège de chevaux de bois fait taire son orgue et éteint ses lampes ; sur la couche mouvante de papier et de poussière, les promeneurs s eclaircissent. Mais Dax n'a pas sommeil encore, et là-bas. à travers les rues, on entend un bruit d'instruments de musique. Des couples qui se hâtent nous conduisent au bal public de la Halle. Contre les
murs, des gens assoillës boivent debout près de tables poisseuses. Sous les hautes voûtes, pendant deux ou trois heures de nuit, fdles et garçons mêlent les figures heurtées de leurs quadrilles. Les rares becs de gaz papillottent comme les yeux fatigués des mamans. Dans les deux pavillons des extrémités de la Halle, on a accumulé, pour débarrasser la grande travée, caisses vides et sacs de grains. Entre les danses, les couples essoufflés vont parmi les sacs et les caisses s'asseoir dans les coins obscurs : les gourmands et les danseurs effrénés reviennent vite à leurs panachés et à leurs polkas, mais les amoureux s'attardent là à parler d'amour.
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LA F0^TA1^E DE DUHORT-BACHEN
Avez-vous lu les Jeudis de 3/'"" Charbonneaii !
Je vous voir ouvrir de grands yeux et me regarder, comme devaient le faire les interlocuteurs du bon La Fontaine, quand il leur criait aux oreilles : « Avezvous lu Bariich? n Justement il est question de La Fontaine en cette affaire. Eli bien, les Jeudis de M"'^ Charbonneau sont un recueil de causeries se déroulant dans le salon d'une M'"" Charbonneau, qui recevait le jeudi dans une petite ville de Provence. C'est dans ce lieu conventionnel qu'Armand de Pontmartin, retiré à la campagne vers la fin du second Empire^ vient nous raconter ses déboires de critique parisien et ses mésaventures de maire campagnard. Dans la première partie du livre, pétillante d'esprit caustique, mais un peu démodée, l'écrivain royaliste, tenant tête à la meute des petits journaux, rend coups de boutoir
pour coups de dents. Mais la seconde série de ces soirées est plus reposée et plus amusante. A Gigondas, le A icomte de Pontmartin se laisse rattacher à la terre natale par une modeste écharpe de maire de village, et avec une bonhomie charmante et sans le moindre relent de fiel, il passe en revue ses illusions et ses déboires municipaux.
Le bourg de Gigondas s'élève au sommet d'un coteau brûlé par le soleil de la Grau ; la verdure grise et poussiéreuse des oliviers se rafraîchit à peine au souffle du mistral. Au bas de la hauteur, dans les prés et sous les arbres, la vieille maison du nouveau maire borde le lit d'un ruisseau. Pour abreuver ses électeurs, l'homme de lettres pousse le renoncement jusqu'à sacrifier l'eau vive qui arrose son jardin, et il veut la faire monter au plateau desséché du village. En avant les plans, les devis, les béliers, les roues hydrauliques ! Le pauvre publiciste qui pensait venir se refaire à la campagne de ses dépenses excessives de Paris ! En huit jours, à défaut du budget communal obéré, le maire engage deux années de son budget privé.
La date de l'inauguration de la fontaine publique arrive, mais une sécheresse d'Afrique et de Provence tarit sources et ruisseaux. Les huit litres par seconde des prévisions de l'entrepreneur se réduisent à deux, et encore ! La chute d'eau appauvrie ne parvient pas à faire tourner la roue d'élévation. Qu'importe ! Le Pré-
l'KOPOS GASCONS
fet, les belles dames, les musiques, les pompiers sont là- haut ; il faul à tout prix que l'eau monte et coule. Tous les gamins du village réquisitionnés se mettent, comme autant d'écureuils, à faire tourner presque à sec la roue du piston. Midi va sonner à l'horloge du clocher de Gigondas ; au pied de la fontaine monumentale luit comme l'or un robinet enguirlandé de fleurs. Au premier des douze coiqis, le bal populaire s'arrête la jambe en l'air ; la fanfare entonne de tous ses cuivres la marche du Prophète ; la générale coupe un ruban de soie avec des ciseaux d'argent ; le maire tourne le robinet et... l'eau ne coule pas 1
■Pàle sous le soleil tombant d'aplomb, silencieux au milieu des cuivres devenus muets, écrasé par tous ces regards qui du tuyau sec remontent vers son visage mouillé de sueur froide, le pauvre écrivain appelait du fond du cœur un cataclysme... el le cataclysme vint.
« Monsieur le Maire, crie au delà de la crête une voix qui s'essouffle à la montée, monsieur le Maire, votre maison est sous l'eau ! » Et tous les invités de dégringoler la côte à grandes enjambées.
Contrariée par la roue que tournaient frénétiquement une douzaine de polissons, la source riveraine, au lieu de se résoudre à monter par les conduits, s était creusé un lit nouveau à travers les murs de la maison de Pontmartin. Sur la nappe d'eau, qui à l'intérieur défonçait les cloisons, flottaient côte à côte le châle de la préfète, le mantelet de la générale, voisinant avec le
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ling-c clamasse du banquet de cinquante couverts. Pendant qu'on emportait, à moitié évanoui, dans sa chambre du premier étage, le maire de Gigondas, il put entendre les deux phrases suivantes qui furent comme l'oraison funèbre de son programme : « On ne peut pas dire que M. le Maire nous ait reçu sèchement, murmura le Préfet. — C'est tout à fait une hospitalité d'homme de lettres, répondit la Philaminte du chef-lieu ; chez lui la fontaine ne pouvait être qu'une fable. »
A l'inverse de Gigondas perché sur son coteau de Provence. Duhort-Bachen, en Tursan, est assis sur les bords du ruisseau de l'Ourden, dans un bas-fond dominé par un cercle de collines. Il semble, à première vue, que l'eau est la chose qui doive manquer le moins au bourg de Duhort. A.insi, des infdtralions venues des pentes voisines sourdent au milieu de la place et pendant l'hiver la changent en marécage ou en glacière. Le ruisseau de l'Ourden troublé par les moulins ne peut servir qu'à abreuver les bestiaux. Les hameaux de la commune, égrenés dans les terres, puisent tant bien que mal à des sources coulant à mi-côte ou au pied des versants. Mais le bourg lui-même, en ces derniers temps, en était réduit à la fontaine de Saint-Loup. Cet édicule vénérable, en forme de sarcophage antique.
j^orte le nom du Saint de la paroisse. La veille de la lête patronalej ^I. le curé va en procession procéder à la bénédiction solennelle des eaux. Cette fontaine de Saint-Loup, cette procession annuelle, tout cela doit cacher une légende ; il faudra, pour vous la redire, que je demande à mon ami Poucelte de me la raconter un jour. Mais enfin, ce réservoir était manifestement insuffisant ; pendant les pluies d'hiver, l'eau y devenait jaune comme celle des ruisseaux du chemin ; pendant les chaleurs d'août, le robinet extérieur ne coulait plus et par la porte de fer, laissée ouverte à demeure, les ménagères troublaient le fond du bassin en y plongeant leurs cruches. La fontaine était en outre située à micoteau, à trois cents mètres des maisons, et c'était pour les enfants des écoles, à l'heure du goûter, prétexte à buissonner loin des yeux de leurs maitres.
A l'exemple du maire de Gigondas, le maire de Duhort-Bachcn se dit, le premier jour où il ceignit son écharpe : (( Je donnerai de l'eau à mes administrés ! »
Sur la grande place du bourg, dans ime encoignure, deux auberges, au vin blanc honnête, font pendant à un café coquet : Au rendez-vous des tauromaches, chez Nicolas, lit-on sur cette dernière enseigne. Duhort-Baclien a de tout temps été une pépinière d'écarteurs réputés ; le souvenir de La Fayette n'est pas oublié des aficionados landais. Si j'étais indiscret, je dirais qu'au temps où les fils de propriétaires descendaient dans les arènes, mon adjoint lui aussi a connu, dans ses très
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jeunes années, des succès taiiromachiques ; aujourd'hui ^icolas Bombezin, un torero de marque, défend vaillamment la réputation de notre place de courses.
Mais revenons à mon eau potable. Dans un coin, en face des auberges et du café, nous tentâmes le forage d'un puits tubulaire instantané. Tout d'abord, la tige creuse de fer s'enfonça comme dans du sable à travers la couche supérieure de terre ameublie. Mais après trois mètres de pénétration, il y eut un temps d'arrêt. Tous les bras vigoureux du bourg, le forgeron, Nicolas l'écarteur, mon adjoint lui-même, se passaient à tour de rôle la masse. Les coups répétés n'avançaient pas d'un millimètre la besogne.
En désespoir de frappe, l'un de nous eut l'idée d'adapter à la tige un corps de pompe, et soudain l'eau jaillit. Nous creusâmes un puits rudimentaire pour capter la source ; elle coulait claire et abondante sur un lit de rocher. Une analyse faite en saison sèche reconnut que notre eau était potable. Notre triomphe fut de courte durée. A la saison des pluies, l'eau se troubla et devint saumâtre. Une analyse nouvelle établit qu'elle était saturée de matières organiques. En revanche, les maisons voisines, très humides jusque-là, furent assainies du coup ; quelques vieilles gens qui toussaient l'hiver à fendre les murs se crurent soulagées. Cependant, après un essai malheureux, on ne buvait plus de mon eau ; les femmes dédaignaient de l'employer pour leurs lessives, disant qu'elle tachait le
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linge ; elle était tout au plusjDonne^à laver les parquets, et les délicats objectaient encore son odeur nauséabonde. Ma terreur était que quelque mendiant, en venant demander la charité à Duliort, ne but à ma pompe et n'en remportât, en guise d'aumône, le germe de la fièvre typhoïde.
Ln curé-sourcier, qui répondait au nom symbolique de l'abbé Four-Coudrier, traversa Duhort en se rendant à Eugénie-les-Bains oii il creusait en vain des puits mystérieux ; il goûta dédaigneusement notre eau trouble et me lit dire qu'à quelques mètres de là, nous aurions ])u, sous sa direction, trouver de l'eau potable. Mais les consultations du curé Four-Coudrier coûtaient cent francs ; c'était trop cher pour notre modeste caisse communale.
Au coin opposé de la place, au débouché du chemin de la fontaine de Saint-Loup, en plein été, le sol était toujours humide. Les infdtrations traversaient les fondations de l'école et de la mairie et faisaient des pieds d'argile à mes pauvres murailles municipales. C était bien le cas de chercher au milieu de ce cloaque la source tant désirée. AjDrès un sondage préparatoire et douteux, je m'adressai à un professionnel qui commença à creuser un puits dans toutes les règles du métier. Au fur et
à mesure que la colonne creuse de briques descendait dans le sol, à l'iiumidité de la surface succédait la sécheresse d'une marne dure comme la pierre. Et les mètres coûteux succédaient aux mètres. Quand nous fûmes à dix, les prévisions de mon budget épuisées, avant de faire une croix sur mon entreprise, je recourus à un dernier sondage au foret, et la tige de fer ne rencontra pas l'eau, introuvable à travers les couches de marne 1
J'avais eu, jusqu'ici, un puits à eau trouble, je m'enfonçais cette fois dans un puits sans eau du tout.
En cette malchance, mon secrétaire de mairie, qui porte en littérature le nom de Jean d'Aire, devait, en bon confrère, sauver mon amour-propre ballotté entre Scylla et Charybde.
« Monsieur le Maire, me dit-il, pour dessécher les premières fouilles, les ouvriers ont coupé et bouché un tuyau de bois qui dans la traversée du puits amenait de l'eau sous terre. C'est sans doute un conduit, qui, partant de la fontaine de Saint-Loup, alimentait autrefois la place publique. Cet aqueduc souterrain inondait le sous-sol de la Mairie. Cette eau est sûrement potable. » Nous fûmes à la recherche du conduit de bois ; retrouvé, il dégorgeait un fdet d'eau claire. Nous établîmes un record de tuyaux de briques jusqu'à mon puits de dix mètres, qui, après une heure de travail, était converti en réservoir d'eau potable.
Et voilà pourquoi, et voilà comment, puisque deux
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hommes de lettres s'en occupèrent, la fontaine de Duhoit-Bachcn a fini par n'être plus une fable.
Cependant, par les temps de pluie, la nymphe de ma source, semblable à Cendrillon, dépouille sa robe couleur d'argent pour se jaunir de loques, couleur de torchon de cuisine. Un croyant me disait, pendant nos travaux : (' Vous faites concurrence à la fontaine de Saint- Loup ; prenez garde, le Saint se vengera ! » Ma fontaine n'est donc plus une fable, mais avec ses métamorphoses, ne serait-elle pas un conte de fée ; après tout, ce serait toujours de la littérature !