‹ Propos gascons; deuxième sérieChapitre 4 sur 48 · NOTRE ROI HENRY I · texte numérisé non relu

NOTRE ROI HENRY I

ça m'est égal, je m'en moque, mais ce cadet ci, avant (le toucher à sa peau, il vous foucha Irouerla mienne! »

C'était le massier des jm-ats d'Eauze qui parlait ainsi, un grand vieillard d'au moins soixante-quinze ans. Manaud de Balz et ses adversaires, ahuris, faisaient trêve. Grave comme un suisse d'église, redressant ses vieilles épaules toujours larges, le massier municipal, la hallebarde en travers, défendait à lui tout seul la porte de l'arceau. Manaud, harassé, saignant, se reposait appuyé sur sa longue épée. Les braillards se taisaient et soufflaient à leur tour. Sous la porte, les coups de haches d'armes ébranchaient l'un après l'autre les barreaux de la herse, ainsi que des tiges de châtaignier. Bavard comme un héros d'Homère, l'ancien soldat des guerres milanaises continuait ainsi :

<( En avril i52i, j'élais en Italie, au passage de la Sesia. M. le chevalier Bavard, notre général, se tenail à mes côtés, à l'arrière-garde. Quand l'armée française en déroute eut traversé la rivière, le bon chevalier me donna son cheval et prit mon épée à deux mains. Les Impériaux se précipitaient à l'assaut du pont. Seul, à l'entrée de l'étroit passage, M. de Bayard tint lète aux assaillants pendant un grand quart d'heure. En voyant celui-ci s'escrimer à l'entrée de la porte d'Eauze, j'ai cru revoir mon ancien général au pont de la Sesia. Allons, arrière, vous tous, et vive notre Bayard gascon ! »

PROPOS GASCO>S

Mais le vieux brave, qui, par son âge et par son attitude, tenait doublement en respect ses concitoyens, fut soudain outrageusement bouscule par derrière. Sur quatre rangs, le fusil à l'épaule, un corps d'arquebusiers s'avançait sous la herse enfoncée. On entendait, sur le pavé de l'arceau, sonner le fer des chevaux des gens d'armes.

Cependant, le roi ne voulait pas voir couler un sanginutile. (( Bas les armes, et la vie sauve ! » clama Henry. Cette populace égarée mit genou à terre en implorant son pardon. Changeant alors d'adversaires, le Béarnais se précipita contre les siens, et à coups de plats d'épée, il abaissait les arquebuses de ses fantassins et relevait les sabres de ses cavaliers.

Furieux, ses hommes Aoulaienl tout passer au couteau.

Les consuls sortirent alors, on ne sait d'où, encore chaperonnés de rouge. Sur leur ordre, on arrêta les organisateurs de la rébellion, désavoués après l'échec. Les quatre mauvais Gascons qui avaient tiré des coups de feu sur le roi furent pendus haut et court aux créneaux de la porte même. Mais la corde se rompit. « Grâce à ceux que le gibet épargne ! » dit Henry.

Le vieux débris des campagnes d'Italie fut pensionné et créé gardien à vie de la porte qu'il avait aidé à défendre. En bon raillard gascon. Henry ne pouvait garder rancune à l'écuyer de Bavard qui. tout en admirant de Batz, se moquait du roi de Navarre.

NOTRE HOI IlENHY I9

Le prince nomma son brave Manaud gouverneur d'Eauze, le mettant à l'honneur après la peine, et désormais, en mémoire des coups de sa grande épée, il ne l'appela plus que son Faucheur.

Quelque temps après, le jour de cette prise de Cahors, plus longue et plus mouvementée que celle d'Eauze, Henry, avant de laver ses mains noires de sang et de poudre, écrivait dans un billet à la baronne de Batz : « Madame, votre mari ne m'a pas quitté de la lons-ueur d'une hallebarde ! »

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