LE DIABLE DANS L EGLISE
Il y avait, un jour, sur la place de Balms-en-Tursan, un troupeau de porcs, sans gardien, qui fouillait la terre du groin autour des murs de l'église. L'un d'eux, le plus beau, farfouillait devant le porche ; la porte n'étant pas fermée au loquet, il lui donna un coup de museau et la fit s'ouvrir. Le porc entra par le panneau entrebâillé, et la porte qui se refermait d'ellemême retomba derrière lui. Ainsi l'animal se trouva prisonnier dans l'église. Là, ne trouvant rien à manger, il n'était pas content et il grognait de toutes ses forces. Les choses demeurèrent en l'état jusqu'à V Angélus du soir.
Quand le Benoît voulut aller sonner la cloche, à V Angélus, il entendit un bruit infernal dans l'église.
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Avec un accompagnement de sons rauques, les chaises s'écroulaient les unes sur les autres.
Le Benoît courut au presbytère trouver le curé : Monsieur le Curé, lui dit-il, venez vite, il y a quelque chose dans l'église, je ne sais pas ce que c'est, mais ça coupe tout. — Va, va, imhécile, que veux-tu qu'il y ait dans l'église? 11 ne peut y avoir rien de mauvais. Tu t'es fait peur à toi-même. — Monsieur le Curé, venez. Il y a quelque chose qui renverse les chaises et qui pousse des ronflements à faire tremhler. — Je ne t'écoute pas. Il n'y a rien. Va sonner, va. »
L'autre s'en revient pour aller sonner. Le même combat se faisait entendre, et loin de se calmer, il augmentait toujours. Le pauvre porc avait envie d'aller souper. Le sacristain, en tremblant, retourna encore chez le curé, en lui signifiant qu'il fallait qu'il vînt à l'église, sinon qu'il se refusait à sonner la cloche :
(( Mais que veux-tu donc qu'il y ait? — Monsieur le Curé, je crois que c'est le diable ! — Comment, malheureux, le diable ! Mais il n'a aucun droit dans l'église. La maison de Dieu est un lieu saint. Satan n'est pas là chez lui. »
De guerre lasse, le pi'être se décida à spivre son Benoît. Quant il fut sous le porche, il entendit le bruit comme l'autre. « Oui, il y a quelque chose, dit-il. Entres-y. — Non, par ma foi, monsieur le Curé, que ce soient des diables ou des diablesses, je n'entrerai pas, tant qu'ils seront là-dedans. — Eh bien ! nous
4o6 PROPOS GASCO'S
allons faire une procession autour de l'éfilise, je vais chanter les oraisons que je jugerai appropriées à ce cas, et nous tirerons de là le Malin, si par hasard c'est lui qui s'y est aventuré. Va au village, et dis à quelques personnes qu'elles viennent nous assister. Nous ne pouvons pas faire une procession à nous deux seuls! »
Les dévotes accoururent en foule aussitôt. Ils firent la procession autour de l'église, et quand elle fut achevée, le bruit mystérieux se faisait entendre de plus fort à l'intérieur.
Le curé disait au Benoît : « Entre, entres-y donc. — Non, Monsieur, je n'y entrerai pas. Vous préféreriez risquer ma peau que la vôtre. Que ce soit le diable ou le bon Dieu, tant qu'il restera là-dedans, je n'y mettrai pas le nez. Allez-y vous-même. »
Le curé vit bien qu'il était forcé de pénétrer le premier dans l'église. Avant de s'exécuter, il se tourna vers son acolyte, d Au moins, ne bouge pas d'ici, reste près de la porte. Si je te demande quelque chose en français, réponds-moi en français ; si je m'exprime en latin, tu me répondras en latin. »
Le prêtre ouvrit la porte subitement. Le porc, qui attendait derrière, pressé de sortir, en voyant le jour se précipita dehors avec furie, et, tête baissée, il passa entre les jambes du curé. Le malheureux tomba en avant sur l'animal ; lui embrassant l'échiné d'une main, de l'autre il le saisit à la queue. Et il criait : (( Le diable m'emporte, le diable m'emporte ! » Et
CONTES ET LÉGENDES kO"]
le Benoit de répondre en français : « Ainsi- soit-il, monsieur le Curé ! »