LE DIABLE AU CIMETIERE
Deux maraudeurs formèrent, une nuit, le projet d'aller voler des moutons dans une bergerie. En passant près du cimetière du village, l'un d'eux, sous un prétexte quelconque, déclara à son camarade qu'il n'irait pas plus loin et qu'il attendrait là son retour. L'autre, mécontent d'être lâché en route, lui dit qu'il allait quand même prendre un mouton dans le voisinage et l'apporter en ce lieu même.
L'église était entourée de noyers, les noix mûres parsen]aient le sol du cimetière ; le voleur, resté en faction, employa son temps à casser des noix à belles dents. En entendant ce lâcheur faire craquer ainsi les coques, l'homme au mouton eut l'idée de lui jouer un mauvais tour. Il descend la côte et va frapper à tour de bras à la porte du presbytère : c Levez- vous, levezvous vite, monsieur le Curé, crie-t-il en voyant une lampe s'allumer derrière la fenêtre, il y a dans le cimetière quelque chose qui fait craquer les os des morts. Je crois que c'est une méchante bête ou peut-être le diable. Il faut que vous veniez absolument pour Fexor-
ciser. — Gomment veux-tu que je fasse pour monter si haut à cette heure avancée de la nuit!' Tu sais hien que je ne suis pas agile pour marcher. » Le pauvre curé était boiteux. « Qu'à cela ne tienne, monsieur le Curé, je vais vous y porter. — Ah ! si tu me portes, alors j'y vais. Mais comment vas-tu t'y prendre ? — Montez sur mon dos, et tenez-vous ferme à mes épaules. »
Quand ils furent parvenus pénihlement, l'un portant l'autre, au sommet du coteau, l'homme s'arrêta pour souffler, et il dit doucement au curé : « >>e faisons pas de bruit, écoutons, vous allez entendre comment la bête fait craquer les os des morts. » Et, en effet, le curé entendait : crac ! crac ! « Oui, murmurat-il en invoquant tous les anges du paradis et en exorcisant tous les diables de l'enfer, oui, il y a là quelque chose d'étrange. » Le cavalier et sa monture arrivèrent à la porte du cimetière. Le mangeur de noix, envoyant son camarade courbé, dans l'obscurité, sous un fardeau tout noir, s'avança joyeux pour tàter le mouton. — (( Est-il gras ou maigre, dit-il ? — Je ne sais pas s'il est maigre ou s'il est gras, lui répondit le porteur. Tiens, le voilà. » Et, d'un coup d'épaule, il jeta sa charge à terre.
Alors, mort de peur devant un mystère de plus en plus infernal, le pauvre curé se redressa, éclopé et meurtri, mais il retrouva ses jambes de vingt ans pour redescendre la côte au galop, en exorcisant, derrière ses talons, lous les diables du cimetière.
CONTES ET LÉGENDES /jog
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