‹ Propos général des plaies et solutions de continuitéChapitre 10 sur 17 · Pigmentum fortissimum. » Vin aromatisé · texte numérisé non relu

Pigmentum fortissimum. » Vin aromatisé

amidon, épinards, bourraches, laitues, plantain, bouillon {brodio) simple ou composé avec des œufs. Son boire soit d’eau bouillie, en laquelle ait trempé du gros pain, ou d’eau d’orge, ou d’eau avec un peu de vin gros, et astringent. Qu’il ne soupe (cænet) guères, et se repose : que surtout il se garde des femmes. Quand il sera assuré de {securatus ab) l’apostème, qu’on engrossisse sa manière de vivre, et qu’il retourne de peu à peu à sa coutume.

Qu’il use donc pour lors de bon vin, bonnes chairs de geline, chapon, et mouton, et de tout ce qui engendre bon sang et répare nature. Or que telle façon de vivre soit utile aux blessés, il est ainsi prouvé : Aux blessés est utile la façon de vivre, qui maintient la vertu, et n’émeut fièvres ni apostèmes, et n’excite hémorrhagie, et qui prépare nourrissement convenable au temps convenable. Telle est celle-ci. Donc elle est utile. Et pour cela la recommande Galien, Razès, Halyabbas, et Avicenne, Brun, Guillaume et Lanfranc. Mais non pas Théodoric qui commandait une diète vineuse et très chaude dès le commencement. Je suis plus ébahi de Henric qui fut nourri {nutritus) à Paris entre les Philosophes, de l’avoir suivi en cela. De l’Anglais (Gaddesden) je ne m’en ébahi pas : car il ne dit rien, que ce qu’il a eu de Henric. Et leur raison ne vaut rien, quand ils disent que le débile soit conforté. Car Galien dit le contraire au commencement des Aphorismes : A.ceux qui sont malades, nous ne nous hâtons pas d’augmenter la force, ains nous la diminuons modérément, ou nous la conservons telle qu’elle est, au moins ès maladies longues; sinon qu’il y eût si grande faiblesse, qu’elle mît en arrière toutes autres indications, ce qui n’est pas ès plaies communes. Et avec ce, quand les indications se contredisent, il ne faut pas en désirant [cupiente) l’une extrêmement oublier tout à fait l’autre, ains les mêler, au septième de la Thérapeutique. Dont (unde) au huitième, environ la fin il dit : le Médecin doit être exercé, et de nature bien avisé, afin que pesant subtilement la force de chaque indication et les comparant toutes les unes aux autres, il accumule un sommaire ou chef {capitulum), des plus propres manières de vivre du malade. Ce qui les a abusés, a été la traduction de l’Arabie, au quatrième de la Thérapeutique, chapitre pénultième, qui dit : Item, il te faut abstenir du vin quand l’apostème est chaud; mais en autre temps non. Car il devait dire, tant qu’il peut y avoir apostème. Ce qu’appert de la traduction du Grec, qui dit : Il est notoire, qu’il faut s’abstenir de l’usage du vin, au temps des phlegmons, autrement rien n’empêche d’en donner. Et ainsi on accorde, que du commencement jusqu’à sept jours (qui est le temps de l’inflammation), on ne donne point de vin ; mais ce terme passé, qu’il ne soit défendu. Et ainsi est accomplie la quatrième intention qui était de conserver la substance du membre.

Cinquième intention. La cinquième intention, qui est de corriger les accidents introduits, est accomplie selon la diversité des accidents. Or les accidents qui ont accoutumé de survenir ès solutions de continuité, sont douleur, apostème, dyscrasie, fièvre, démangement, convulsion, para-

lysie, évanouissement, et rêverie. Et il faut savoir, que la plaie n’est jamais guérie jusqu’à tant que lesdits accidents soient corrigés. Car les accidents qui surmontent {superanf) leur cause, pervertissent l’ordre de la curation, au commencement du livre à Glaucon.

De la douleur. Quant à la douleur, parce qu’elle est cause d’attraction de matière au lieu blessé, et d’engendrer apostème, il faut sur toutes choses l’éviter. La douleur communément est apaisée, en fomentant la partie avec huile chaude ; et si l’huile était rosat, il serait plus utile : et si on y ajoutait aulbin d’œuf, ou le moyeu S quand il n’y a pas grand chaleur, il ne maculerait {macularet) pas tant la plaie. Et s’il est nécessaire d’assoupir un peu la partie, l’huile soit de pavot ; et si besoin est, qu’on y ajoute un peu d’opium, ou de mandragore, ainsi que conseille Guillaume, Les quatre Maîtres louent à ceci la racine de morelle incorporée avec oing de pourceau. Théodoric recommande fort l’emplâtre des feuilles des petites mauves, cuites et pilées, et mêlées avec criblure de son. Et si on y ajoutait un peu d’huile rosat, il serait meilleur. Aussi la mie du pain de froment trempée en eau bouillante, y est très bonne comme ci-dessus a été dit. Mais s’il y a forte douleur, il signifie que le nerf est blessé ; et pour lors qu’on ait recours à la plaie des nerfs.

De Vapostème. Apostème est engendré, connu, et guéri, selon qu’a été dit au second Traité, qui est des apostèmes. Néanmoins Avicenne loue et approprie à tout membre, depuis la tête jusqu’aux pieds, l’emplâtre fait de grenade douce, cuite en vin astringent, pilée et appliquée. S’il ne peut être repoussé ni dissipé, il le faut suppurer (maturetur) avec emplâtres dits à suppurer apostèmes. Et à ce Roger ordonne une embrocation de mauves, aloinè, armoise et farine de froment, cuits en vin et un peu de miel, et assez d’oing. Si la sanie ne s’écoule par la plaie, il faudra faire ouverture au lieu plus propre.

De la dyscrasie. Dyscrasie, si elle est chaude (ce qui est connu par la rougeur, et vésication), refroidis le lieu, non pas avec hyoscyame, ou mandragore, comme dit Galien, car ils refroidissent trop : mais avec des roses, du plantain et de l’onguent blanc, lesquels desséchant, refroidissent modérément. Si elle est froide (ce que tu connaîtras par la mollesse et privation de couleur), échauffe le lieu non pas avec résine, poix, et bitume, ains avec du vin, et onguent noir (savoir l’onguent fuse) et le basilicon. Mais quand ces accidents convertissent les plaies en ulcères, qu’on ait recours à la doctrine des ulcères. Si la dyscrasie est sèche ou humide, soit corrigée par ses contraires : et ainsi des dyscrasies composées comme sera dit ci-après.

^ De la fièvre. S’il y survient fièvre, soient refroidis, et régis comme a été dit des apostèmes chauds. Et à cela soient appelés messieurs les Physiciens.

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