‹ Propos littéraires. 3. sérieChapitre 17 sur 30 · CORRESPONDANCE D'ERNEST RENAN · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE D'ERNEST RENAN

« Si jamais on recueille ma correspondance, elle fera ma honte devant la postérité. .le ne sais pas écrire une lettre... » — C'est ainsi que Renan se jugeait comme « épistolier » dans les Souvenirs d'enfance et de jeunesse. Vieille coquette ! Il le fut toujours un peu avec le public. Il Tétait, en écrivant cette ligne, avec l'avenir. Renan écrivait des lettres délicieuses quand il lui en prenait envie et le volume que vient de publier M. Berthelot le prouve à merveille.

A vrai dire, il aimait autant autre chose, et peutêtre plus : « Je veux mettre vos accusations en défaut, ou vous prouver du moins q\ie,sije suis peu épistolier, je n'oublie pas un ami comme vous », écrit-il à M, Berthelot, le 4 août 1863. Il l'était peu, mais il Tétait bien ; il Tétait bien, mais il Tétait assez rarement. Cela a trompé un peu sur son caractère et arraché à ses meilleurs amis de petits cris d'impatience qui se sont tournés quelquefois en paroles

injustes. Je connais peu de chose qui le soient davantage, à mon avis, que les réflexions chagrines d'Henriette Renan qui sont ici consignées, page 204. Renan et sa sœur sont à Amschit, en Syrie. Renan, qui est venu là pour travailler, écrit trop rarement à M. Berthelot, et celui-ci s'en plaint, parce qu'il en souffre, en quoi tout le monde le comprendra. Henriette excuse son frère de la manière suivante, qui, comme le train entier de Funivers, paraîtra « comique à ceux qui pensent et douloureux à ceux qui sentent » :

Personne ne peut comprendre plus vivement que moi, Monsieur et bien cher ami, l'émotion douloureuse sous le poids de laquelle vous avez écrit votre dernière lettre à mon frère et dont l'écho est venu nous affliger dans la magnifique solitude où nous sommes en ce moment. La peine que vous exprimez, je l'ai souvent, oh! bien souvent ressentie moi aussi. J'ai dit fréquemment : « Les ambitions le préoccupent j^lus que ses afl^ections, et ses nouvelles affections plus que les anciennes. Pourtant je suis assurée qu'il m'aime, et en présence du chagrin que vos regrets lui ont fait ressentir, il m'est impossible de ne point croire à l'étendue, à la profondeur de l'amitié qu'il vous porte. Il semble qu'il peut tout pour ceux qui l'aiment, excepté leur consacrer quelques instants. Je vous assure, Monsieur, que je n'exagère point en disant que, pendant nos deux séjours à Beyrouth, il a donné plus de temps au général et au pacha [c'està-dire à sa mission scientifique et aux moyens de la mener à bien] qu'à la vieille amie qui a tout abandonné pour le suivre sur ces rives lointaines. Littéralement, depuis que nous sommes en Syrie, je ne le vois presque plus; et, quand je le vois, il est si absorbé par les travaux de sa mission, si préoccupé de ce qu'elle lui a donné ou de ce qu'elle lui promet, que je ne sais en vérité s'il s'aperçoit beaucoup de ma présence. Eh bien, Monsieur, je

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crois encore, innlj^n- tout, quelle lui est chère; croyez bien, de même, que vous tenez dans sa vie une place que nul autre ne prendra jamais.

Je n'ai pas connu M'**' Henriette Renan... C'est-àdiro, je crois que tout travailleur a connu M''*' Henriette Renan. Elle me paraît avoir eu rafl'ection un peu impérieuse, rattachement un jxmi tyiannique et le dévouement un peu jaloux. 11 me semble ([ue c'était une femme. Cette lettre, précieuse du reste pour le moraliste, prouve du moins que Renan, surtout dans sajeunesse, trouvait, un peu comme tout le monde, qu'il n'avait pas assez d'une vie pour réaliser tout ce qu'il avait à faire et ne laissait pas d'épargner un peu sur le temps qui est dû à l'amitié, ou qu'elle réclame.

Et par conséquent il était peu épistolier ; mais quand il s'y mettait, peut-être à regret, on ne sentait dans ses lettres ni le regret ni la hâte, et il était un épistolier exquis. Aussi bien, messieurs les grands hommes, faites-vous donc le raisonnement suivant : (( Ce n'est pris perdu. » Vos lettres ne sont point temps perdu. On les réunira un jour, soyez tranquilles, et, même si elles ne vous grandissent pas, elles vous compléteront ; même si elles ne vous haussent point, elles vous éclaireront d'une nouvelle lumière. Ce n'est pas du temps perdu que d'écrire des lettres à ses amis. Votre égoïsme luimême, si je puis vous en supposer, y trouvera son compte.

Et c'est ce qui arrive aujourd'hui pour Ernest Renan. Ses lettres le complètent très bien ; elles le montrent sous tous ses aspects connus et sous quelques aspects nouveaux.

Sous ses aspects connus ? Voici. Ai-je dit souvent du scepticisme de Renan : « Allons ! allons 1 c'était tantôt une forme de sa modestie, tantôt une forme de sa politesse, tantôt une forme de sa tolérance. Ne lui en veuillons pas de Taspect particulier et de la couleur spéciale que prenaient en lui tant de qualités, toutes charmantes. » Qu'est-ce que je trouve aujourd'hui dans une lettre à Berthelot, moins imposante sans doute que la lettre publiée de son vivant et qui s'appellera éternellement la Lettre à Berthelot, mais enfin, dans une lettre à Berthelot « tout de même » :

Le paj's que j'habite n'est rien moins que travaillé par des besoins philosophiques... De là, en fait de croj^ances religieuses, une orthodoxie raisonnable, mais bornée et au fond ignorante, telle que nous la savons (?), et en politique des instincts éminemment conservateurs. C'est un petit monde comme un autre et je me garderais bien de le comparer à d'autres pour le déprécier ou le préférer. Que chacun vive dans sa sphère et laisse les autres vivre dans la leur ; car, bien que chacun doive croire que la sienne est de beaucoup la meilleure, les autres le croient aussi et qui sait qui a raison ? Au fond, cher ami, la tolérance, ou, ce qui revient au même, la liberté, est fille du scepticisme critique...

Le voyez-vous entre les lignes le bon sourire diablement fin du bon Renan, où l'on lisait toujours :

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« Oli 1 mon Dieu, comme il est possible que vous ayez raison, encore que je sois persuadé que vous avez tort, et comme vous seriez intellifçent s'il vous était possible de croire avoir raison de la même façon que je crois être dans le vrai. »

De même toutes ses opinions politiques (car il a beaucoup causé politique avec M. lierthelot) se retrouvent ici : aristocralisme fondamental et essentiel ; acceptation du monde moderne sous bénéfice d'inventaire avec un perpétuel étonnement qu'un siècle puisse croire que tous ceux qui Tont précédé se soient absolument trompés ; pessimisme, ou au moins continuelle appréhension à l'ép^ard de l'avenir, qu'U lui est très didicilc de voir en bleu clair; mais, avec tout cela, par bonté, par goût de la vie, par crainte charmante d'attrister ceux qui viennent, par bon et loyal patriotisme enfin, ce dépaysé dans le siècle démocratique, aux plus sombres jours, en pleine Commune de Paris, écrit cependant :

En soinnie la France était une immense société d'actionnaires, fondée par de séculaires spéculateurs de premier ordre, la maison Capétienne. Les actionnaires ont coupé la tête au banquier en chef, croyant qu'ils feraient tout aussi bien les affaires de la Société, après s'être débarrassés des fondateurs. Les affaires ont été, en effet, d'abord assez belles et la Société a eu plus de cohésion que jamais. Mais un enroyable désastre est survenu ; la Société n'a plus à partager que des pertes ; elle court de grands dangers. N'importe, la Société dont je parlais a sa raison d'être ; elle a un superbe fonds à exploiter. Elle se reformera toujours .

Espérer contre toute espérance est, paraît-il, une vertu. Mais communiquer aux autres Fespérance que Ton n'a point, est-ce pas meilleur encore et plus charmant? On a trop dit que 1870 avait coupé en deux la vie de Renan et que tous ses sentiments et toutes ses idées générales avaient été comme «inversés », pour employer le mot de Mirabeau, par cette terrible commotion. C'est commode pour les classifications ; ce n'est pas même tout à fait faux ; seulement ce n'est pas vrai. Le patriotisme de Renan n'était pas naïf, comme aussi bien rien ne fut naïf chez Renan ; mais il était profond, et c'est pour cela que l'espérance ne l'abandonna jamais.^Et si, selon la parole admirable de Guizot bien près de sa fin : (( La France est la patrie de l'espérance », Renan, sans se payer d'illusion, et, parbleu, précisément parce qu'il ne s'en payait pas, fat un très bon Français.;Les lignes précédentes, écrites le 29 avril 1871, sont très significatives à cet égard, et elles sont vénérables.

C'est ainsi encore que nous retrouvons le Renan profondément sensible au sentiment religieux, que nous connaissons assez, dans ces lettres écrites à cœur ouvert et de toute abondance d'âme.

Oïl y chantait des cantiques dont je me souviens encore : « Salut, étoile de la mer.. . reine de ceux qui gémissent... rose mystique... tour d ivoire... étoile du matin. » Tiens, déesse, quand je me rappelle ces chants, mon cœur se fond... Pardonne-moi ce ridicule; tu ne jïcux te figurer le charme que les magiciens barbares ont mis dans ces vers.

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Voilà co que nous connaissions par le Renan publié. Les lettres datées de Kome(I849) nousdonnent la mémo note, plus vibrante peut-être encore et plus pénétrante. I/impression de Rome sur Renan fut profonde, inouïe. Ilsesentit comme plongéen pleine religion, mais en pleine religion naïve, populaire, vivante, d'une sincérité, d'une intensité inconnue, qu'il n'avaif jamais observée, même en sa chère Bretagne :

Vous le savez, les impressions religieuses sont chez moi très puissantes, et, par suite de mon éducation, elles se mêlent dans une proportion indélinissahle aux instincts les plus mystérieux de notre nature. Ces impressions se sont réveillées ici avec une énergie que je ne puis vous décrire Je n'aimis pas compris ce que c'est qu'une religion poj)uiaire, prise bien naïvement et sans critique par un peuple. Je n'avais pas compris un peuple créant sans cesse sa relujinn, prenant ses dogmes d'une façon vivante et vraie. Ce peuple est aussi catholi([ue que les Arabes de la Mosquée sont musulmans. . . Les madones m'ont vaincu ; i'ai trouvé dans ce peuple, dans sa foi, dans sa civilisation, une bauleur, une poésie, une idéalité incomparable. (Comment vous exprimer tout cela ? Comment vous initier à cette vie nou* velle où je me plonge avec passion ?...

Et le reste ; car là-dessus il ne tarit pas. Ait 1 comme il est resté catholique malgré qu'il en ait ! Pour un bel exemple de « piété sans la foi », en vérité, voilà un bel exemple 1 11 est infiniment curieux à méditer pour le psychologue. J'ai entendu dire par un libre penseur à un catholique : « Au fond. Monsieur, je ne suis séparé de vous que par la perte delà croyance. » C'était dit par un itubécile; c'était du

Plaute. Avec son sourire, Renanl'aurait dit: c'aurait été très spirituel. Et c'est que c'aurait été vrai, la vérité même. Boindin disait avec cette gravité magnifique de certains' impertinents : « Entre Dumarsais et moi, la différence est grande ; Dumarsais est athée janséniste, et moi je suis athée moliniste. » Renan était libre penseur tant que vous voudrez, ou, si vous voulez, tant qu'il le voulait ; mais il était libre penseur catholique. Personne, moins lafoi, personne, de sentiment, decomplexion, d'être intime et même d'idées générales n'a été plus catholique que Renan, si ce n'est peut-être Auguste Comte ; et je vous prie de croire que je ne plaisante pas du tout.

Mais c'est peut-être les quelques nouveauxaspects de Renan révélés par cette correspondance que vous me demandez de vous indiquer. Il y en a, et de très curieux. Par exemple, Renan a été très sincère quand il nous a dit qu'il avait passé un an de sa vie à éteindre, à amortir les couleurs trop éclatantes de la Vie de Jésus, telle qu'elle étaitau premier manuscrit. C'est démontré maintenant ; car Renan, si sobre de descriptions et de paysages dans les écrits connus jusqu'ici, se montre très grand peintre paysagiste dans ses lettres à M. Berthelot. Il y a des environs de Naples et des paysages de Syrie, qui, moins peutêtre l'admirable phrase nomèrews^, valent tout ce que Chateaubriand a écrit de plus ravissant. Quelquefois c'est exactement du Fromentin. Je ne puis guère citer ; car un paysage écrit, c'est toujours long.

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CepondaiiL, entre vingt «iiitres pages, voyez donc celle-ci, que j'abrège :

Je puis m:ÙMltMiaiit vous donner mon impression d'cnseniblc sur cet étrange pays (l^gypte). Ce qui est absolument sans égal, e est le ciel. Hien, ni en Syrie ni en Italie, ne m'avait donné la moindre idée de cela. La sécheresse absolue de l'atmosphère produit des^ tons dune douceur, dune délicatesse sans pareilles. Les matinées et les soirées sont ravissantes. Les choses les plus simples, un groupe de palmiers, une plaine de verdure, un horizon de collines rocheuses preiuient alors des valeurs vraiment inouïes... Quelques détails choquent: 1 arbre est rugueux, éiiineux, naissant d'un sol de cendre. Ce (pi'il y a d'admirable, c'est le ciel, l'hori/on. le Nil. Sa largeur moyenne est d'un kilomètre. Parfois il forme d immenses nappes d'eau...

Et quand à ce don de peindre les choses visibles se joint un de ces grands sentiments qui sont ce que nous mettons de notre àme dans un paysage et qui lui endonnenl une, quel beau tableau, mélancolique d'une tristesse virile, sobre, large et grand, et qui reste pour toujours, on le senL dans notre esprit, lienan revient à Amschit, au tombeau de sa su'ur, pour lui rendre les derniers devoirs, que, très malade lui-même au moment où elle mourait, il ne lui a pas rendus comme il le voulait.

La montagne est déjà verte et fleurie comme au printemps. Chaque creux de rocher est une corbeille d'anémones et de C3clamens. Ca été pour moi une grande joie de revoir celle belle route qu'elle aimait tant et où chaque pas, à la lettre, me rappelait un souvenir d'elle. Le tombeau où dort notre chère amie est situé sur le dos légèrement arrondi d'un des contreforts du Liban, à la ligne de sa séparation ou plutôt à la naissance

de deux petites vallées qui se rendent chacune à la mer en divergeant. On voit la mer par les deux côtés : au sud, le port de Byblos, encombré de ruines ; au nord, la côte qui va vei's Botrys. Tout l'alentour est richement cultivé et plein de vignes, d'oliviers, de mûriers et de palmiers A l'horizon se dessinent de très hauts sommets, maintenant couverts de neige. Votre amie dort là, au sein d'une nature pleine de grâce et de force... Une jolie chapelle s élève à deux pas du tombeau. Jy ai fait célébrer un service en cette belle liturgie niaronite, 1 une des plus anciennes et qui remonte j^resque aux origines du christianisme. Tout le village y était. La compassion que ces bonnes gens me témoignaient, leur chant grave et antique, les troupes de femmes et d enfants qui remplissaient l'église, en me regardant de leurs grands yeux tristes : tout cela faisait un ensemble touchant, profond, simple et bien analogue à elle. Nous sommes revenus lentement, ma femme et moi, nous arrêtant à chaque station de cette voie si douloureuse et pourtant si chère.. .

Eh bien ? Est-il fait, le tableau ? Le cadre, puis le fond, puis la scène centrale; tout cela sans art apparent, à la vérité sans art, jeté, d'instinct, si harmonieusement, et sobre, et net, et en quelques traits précis et forts. C'est un modèle de tableau dans le plus pur genre classique. Renan avait déjà montré ce talent dans certaines pages de la Vie de Jésus et des Souvenirs rV enfance ; mais Jamais mieux que dans ce volume, oi^i il laisse aller sa plume la bride sur le cou, il n'avait prouvé à ce point combien il était grand peintre autant qu'il était grand penseur.

Et ce qui éclate encore plus que tout dans ces lettres, c'est la modestie vraie de Renan. La modes-

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tie de Renan, aucun de ceux qui l'ont connu n'en ont douté. Seulement, dans ses livres, mon Dieu, on la trouve, mais si spirituelle, qu'on la prend quelquefois pour son contraire. Les gens qui ont beaucoup d'esprit tombent sous ce soupçon. Il faut bien qu'ils aient quelques désagréments ; ils ont assez d'avantages. Renan était modeste d'une façon si piquante qu'on le soupçonnait de l'être avec quelque apprêt, et ce n'est plus là de la modestie. Dans les lettres à M. Herthelot, ce n'est plus cela. 11 est impossible d'être modeste plus modestement qu'il ne Test là. 11 l'est par la sobriété avec laquelle il parle de lui ; par le ton absolument simple et uni dont il parle de ses plus grands, de ses plus admirables ouvrages. Il dit qu'il s'est diverti pendant les vacances à réunir quelques idées philosophiques auxquelles il donnera peut-être la forme d'une lettre ; et ce dont il parle, c'est la Lettre à Berthrlot. Il dit qu'il a un peu écrit, depuis qu'il seporte mieux et qu'ila du loisir, et que cela pourra faire un petit volume ; et ce dont il parle ainsi, on s'aperçoit deux pages plusloin quec'estles Dialogues philosophiques. — Une seule fois, à propos de la Vie de Jésus^ le ton s'élève un peu, et encore c'est en six lignes qu'il rend compte du vaste dessein et du grand effort.

J'ai emploj'é mes longues journées de Ghasir à rédiger ma Vie de Jésus, telle que je l'ai conçue en Galilée. Dans huit jours ce sera fini. J'ai réussi à donner à tout cela une marche organique qui manque dans les Evangiles. Je crois que pour le coup

on aura sous les yeux des êtres vivants, et non ces pâles fantômes sans vie, passés à l'état abstrait et complètement typifiés. J ai essayé, comme dans la vibration des plaques sonores, de donner le coup d'archet qui range les grains de sable en ondes naturelles. Ai-je réussi ? Vous en jugerez.

Et rien de plus. Ce n'est pas d'une bien grande ostentation. Non, quand on compare cela à certains « journaux » d'hommes de lettres, on mesure la différence qu'il y a entre les hommes qui ont pris la mesure des choses en dehors d'eux-mêmes et ceux qui ne peuvent pas concevoir l'univers autrement que tournant autour de leur écritoire.

La correspondance de Renan sera, d'autre part, très utile pour éclairer et comme illustrersa biographie. Nous avons ici la vie de Renan, sauf lacunes, et qui ne sont jamais très grandes, depuis 1847 jusqu'en 1892, et comme les Souvenirs (Venfance et de jeunesse ne nous mènent précisément que jusqu'en 1847 et jusqu'à la rencontre avec M. Berthelot [Premiers pas hors de Saint- Suljjice), nous aurons désormais ce qui nous manquait de la biographie de Renan ; nous aurons désormais une biographie à très peu près complète d'Ernest Renan écrite par luimôme.

Ajoutons que les lettres de M. Berthelot insérées ici très modestement dans le seul but de faire comprendre celles de Renan qui y correspondent, sont par elles-mêmes, presque toujours, d'un très haut intérêt général, et qu'il n'y a rien qui nous éloigne

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si agréablement des vulgarités courantes que cette conversation continue entre deux grands esprits. La lecture, c'est wun entretien avec les plus honnêtes gens des siècles passés ». Cette correspondance, c'est un entretien perpétuel avec deux honnêtes hommes, merveilleusement intelligents, du siècle qui finit.

2S mai 189cS.

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