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pensées plus ({iiils ne les choisissaient, etque mesurant la suflisancede l'érudition des autres par celle qu'ils avaient acquise, ils employaient leurs épithètes sans se donner la peine de les déguiser pour les adoucir et leurs fables sans les expliquer agréablement, et considérer d'assez près la nature des matières auxquelles ils les faisaient servir... Maliierbl: co.nm t lc colt di' silclf. poi h lequel il écrivait. »
Conservateur, réformiste, avec le sens de l'opportunité, bref un conservateur-progressiste-opportuniste (on dirait une afiiclie électorale), voilà ce que fut le très avisé, très équilibré et très entêté aussi, M. de Malherbe.
Mais aussi comme il s'entendait bien aux choses d'évolution littéraire ! Sans y toucher, M. de Hroglie relève, ou nous suggère de relever une véritable erreur de Sainte-Beuve à cet égard. Sainte-Beuve, dans son article, exquis du reste, ai-je besoin de le dire ? sur Malherbe, dans la Hcvue Européenne, avait exprimé cette idée que l'œuvre de Malherbe était une œuvre artificielle, et, très joliment, il avait tourné contre elle un passage de la<( harangue de d'Aubray » dans laMénippée : « Nous demandons un roi et un chef naturel, non artificiel, un roi déjà fait et non à faire... Le roi que nous demandons est déjà fait par nature, né au vrai parterre des fleurs de lys de France, jeton droit et verdoyant du tige de Saint Loys. Ceux qui parlent d'en faire un autre n'en sauraient venir à
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bout. On peut faire des sceptres et des couronnes, non des rois à les porter. On peut faire une maison, non un arbre et un rameau vert ; il faut que nature le produise, par essence de temps, du suc et delà moelle delà terre, qui entretient le tige en sa sève et vigueur. »
Sans citer Sainte-Beuve, ni d'Aubray, mais très certainement en y songeant, c'est à la tentative de Ronsurd et du Bellay que M. de Broglie applique, et très justement, cette idée si juste. Que dit Joachim? « Les langues ne sont nées d'elles-mêmes, en façon d'herbes, racines et arbres, les unes infinies et débiles dans leur espèce, les autres saines et robustes, plus aptes à porter le fait des conceptions humaines; mais toute leur vertu est née au monde, du pouvoir et arbitre des mortels, »
— Ah bien oui ! s'écrie M. de Broglie. « (Vest le contraire même qui est la vérité. Aucune langue n'a jamais été formée arbitrairement par l'industrie et avec la préméditation de ceux qui l'ont pensée et écrite. Toutes, au contraire, se développent, croissent et déclinent par l'efTet du temps et des circonstances, comme les végétations organiques par la nature du sol et les accidents de la température. Le vouloir humain y esta peu près étranger. » Et voilà les fortes paroles de d'Aubray qui nous reviennent en mémoire : « On peut faire une maison, non un arbre ou un rameau vert ; il faut que nature le produise, par essence de temps, du suc et de la moelle de la
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terre » ; — et ces paroles ne s'appliquent point à Malherbe, mais précisément à l'école, à l'atelier de fabrication artificielle qu'il attaquait.
Qu'il ait été trop loin dans sa réforme conservatrice, sans doute, j'en suis d'avis. On peut consulter là-dessus le remarquable livre de M. Ferdinand lîrunot, qui n'est pas un ami très chaud de Malherbe : La doctrine de Malherbe dans son Commen taire sur Drspnr/rs. Deux points surtout, assez sc^'ondaires, du reste, m'irritent dans l'enseignement de Maliierbe et me paraissent de véritables erreurs : la proscription des diminutifs et la proscription de l'hiatus. Le diminutif est unegrAcedelalangue, dontlexvi'^siècle avait abusé, je le sais bien, mais c'est une gnke de la langue, dont la langue française est très capable, et qu'il ne fallait pas laisser comme un privilège à l'italien. Elle \ fait merveille, je le reconnais ; mais elle ne fait pas si mauvaise mine dans la nôtre. J'ajoute quele diminutif est si nécessaire, que, depuis qu'il est plus ou moins proscrit, on est bien forcé de multiplier dans le discours le mot « petit » qui n'est pas joli du tout, qui est niais, qui est bête, qui est lourd, qui est absolument désagréable. Je voudrais bien pouvoir dire la « placette » comme à Tarascon, au lieu de « la petite place ». C'est sot, « la petite place ».
Mais voyezcomme, néanmoins, Malherbe a, même ici, le sentiment du goût français et de ses tendances ! M"^ de Gournay attaque Malherbe sur ce
point. Elle lui îaii remarquer que jupon, bosquet, fillette, amourette sont des mots charmants. Elle a raison. Mais elle ajoute : « Quelqu'un fait-il la bouche sucrée pour dire qu'une telle est accouchée d'un bel enfançon et qu'il aime bien son petit frérot et sa petite sœurette? » — Ainsi elle emploie des diminutifs, et, tout en les employant, elle met cependant le mot petit, tant il semble que de ce mot petit nous en ayons besoin, à ne pouvoir nous en passer !
C'est la vérité. En vieille terre de France nous n^avons pas le sens du diminutif. Nous n'en sentons pasla vertu et la grâce ; nous ne le sentons quequand il est nouveau, de récente création. Nous sentons Fassionnette, de Gyp. Mais dès que le diminutif est usité, nous ne le sentons plus comme diminutif, nous le prenons comme synonyme du mot qu'il diminue. Jupon ou jupe, c'est même chose pour nous. Et alors, naturellement, nous flanquons le diminutif lui-même du mot petit, et nous disons petit jupon, petit frérot, petite sœurette, petit bosquet, petite cachette, petite clochette, petite trompette, petit coffret, petit marmouset, ce qui n'a pas le sens commun. Donc au fond Malherbe a encore raison.
Lediminutifn'enapas moinssa joliesse, au moins comme sonorité, et il est heureux que Malherbe n'ait réussi qu'à en réprimer l'excès.
Quant à l'hiatus, comme le lui a prouvé, sans aucune réplique possible, M"^ de Gournay, il avait tout à fait tort, et il est malheureux que sa prescription,
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ou proscription, surce point ait eu gain de cause. Comme toutes les choses possibles, Thiatus peut avoir son abus; mais en soi il est un cliarme, il n'est pas autre chose qu'une chose excellente, comme le « concours des voyelles » cher à l'ionien. 11 donne du ressaut et du relief au vers. Il l'empêche d'être « coulant », et les vers français sont facilement trop coulants, et ce n'est pas beau. Je viens de lire beaucoup des deux Régnier, — j'entends celui qui s'appelle Mathurin et celui qui a la particule, — tous les deux atlmettent Ihiatus. Presque aucun hiatus ni de l'un ni de l'autre ne m'a choqué, et pourtant j'ai fait l'éducation de mon oreille avec La Fontaine, Lamartine et Hugo, les seuls poètes que j'ai lus assidûment avant la vingtième année, et, après tout, les seuls poètes que je sache par cœur. Il faut ne pas craindre l'hiatus ; il ne faut pas courir après ; mais il ne faut pas le fuir : « Ah ! folle que tu es ! » est charmant :
Et l'ombre, hélas ! dit vrai à l'homnic qui lui nient,
(ceci est de Régnier II) n'est pas mauvais du tout. Non, ici Malherbe eut tort...
LelivredeM.de Rroglie est dun sens littéraire très fin et d'un goût très sûr. J'aurais voulu que M. de Broglio, parlant de Malherbe, s'occupât autant du poète que du professeur. Le professeur déborde un peu dans le livre de M. de Broglie. Ce ne serait
pas à moi de m'en plaindre. Eh î eh ! « le professeur Malherbe », cela flatte la corporation. Cependant, encore qu'il n'ait laissé que cinq cents bons vers, le nombre, non plus que le temps, ne faisant rien à rafl"aire, Malherbe estunsi grand poète dans les cinq cents bons vers qu'il a laissés, si grand poète, qu'un peu plus de commentaire sur son œuvre poétique, que, du reste, M. de Broglie sent si bien, ne m'eût pas été désagréable. M. de Broglie s'est tenu un peu trop sur la réserve à cet égard, attiré par les grandes questions de littérature générale qu'une étude sur Malherbe entraîne avec elle.
J'aurais souhaité^ dans Vexcellent chapitre final sur (( rinfluence » de Malherbe, la discussion de cette question : pourquoi Malherbe a-t-il eu plus d'influence comme réformateur de la langue, comme grammairien, que comme poète ? Car le « tout reconnut ses lois » de Boileau est parfaitement juste de Malherbe professeur de langue, et parfaitement faux de Malherbe poète. Comme professeur de langue, Malherbe a eu une influence énorme et immédiate. Quant à l'influence de Malherbe comme poète, Malherbe n'a pas eu d'influence du tout. Personne après Malherbe n'a fait des vers dans le goût de Malherbe. Personne ?... Colomby, si vous voulez. Enfin personne. — Ni Racan, ni Maynard, pour commencer par ses disciples, qui ne l'imitent pas du tout, ni Théophile, ni Samt-Amant, ni les précieux. Enfin personne.