‹ Propos littéraires. 3. sérieChapitre 6 sur 30 · ROUGET DE L'ISLE · texte numérisé non relu

ROUGET DE L'ISLE

Ce n'était pas un Ciœthe, ni même un Colardeau, que Rouget, surnommé de 1 Isle, pour pouvoir entrer à TËcole militaire (ce qui prouve en passant que ces terribles règlements de Tancien régime excluant les roturiers du corps des officiers n'étaient rigoureux que sur le papier, étant si faciles à éluder) Rouget donc, ou Rouget de l'Isle, ou Rouget de Liste, ou Rouget Delillc, car il a porté toutes ces désignations suivant les régimes, n'était pas un Grpthe.

'(( Cet homme est un brave, dit un proverbe arabe ; il a eu du courage une fois. » De même Rouget de Lisle a eu du génie une fois. Donc c'est un homme de génie. Encore n'a-t-il eu du génie qu'en musique ; car sa Marseillaise^ sauf le couplet « des enfants », qui n'est pas de lui, est furieusement mal écrite. Mais, il n'y a pas à dire, la musique en est admirable, et elle est de lui. Elle est de lui. La chose est cette fois prouvée, d'une manière qui me paraît irréfutable, dans le livre de M. Julien Tiersot. La discussion

serrée, vigoureuse et lumineuse qu'il a menée sur ce point est un modèle de discussion et est absolument probante. La Marseillaise est donc de Rouget de Liste, et elle est un chef-d'œuvre, le style en pareille matière n'ayant aucune importance, et la musique d'une part, et dans les paroles le mouvement, étant tout. Cela vaut parfaitement que Rouget soit immortel, et il Test ; voilà qui est bien.

M. Tiersot a profité de la circonstance pour faire une étude complète sur Rouget, sa vie et ses œuvres. Il a bien fait, certainement, et son livrC;, très industrieusement aménagé et conduit, est intéressant d'un bout à l'autre ; mais il faut avouer que la matière était un peu « infertile et petite », comme dit l'autre.

La vie de Rouget... mon Dieu ! Rouget n'était point un mauvais homme, et même il était bon, redresseur étourdi de torts. Don Quichotte affairé et un peu niais ; mais il était très médiocre en. somme d'esprit et de caractère. Très infatué, de 1792 à 1800, du succès colossal de son « hymne », faisant sottise sur sottise, jusqu'à se mêler d'affaires d'argent où il a failli laisser son honnêteté et où il laissa quelque chose de sa bonne réputation ; puis déprimé par l'insuccès et la misère jusqu'à écrire, sous la Restauration, des « hymnes » royalistes; sauvé de la faim par ce bon Béranger, le plus bienfaisant des hommes et le plus insupportable solliciteur pour les autres, sans l'être jamais pour lui, qu'on ait jamais

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