ROUGET I)K I/ISLE
VU ; ce n'est que pendant cinq ans, sous Louis- Philippe, qu'il a un peu respiré enfin, et pu terminer, sur trois petites pensions, dont le total était honnête, la plus triste, la plus traversée et la plus mal conduite des existences. Nous retracer tout cela sans donner trop mauvaise figure à son héros, qu'il aime beaucoup, c'est ce que M. Tiersot a su faire à force de ménagements adroits et de bonne gn\ce, sans jamais, du reste, trahir la vérité.
Quant aux « œuvres » de Houget de Lisle, elles sont si faibles, surtout si éloignées de notre goût actuel et si susceptibles, à cause de cela, de paraître un peu ridicules, que M. Tiersot s'en est tiré en en parlant le moins possible. Vraiment, ici, il a eu tort. Il faut être complet, et le lecteur doit entrer dans le détail de « Ta^uvre » de Kouget, quand on lui promet « Rouget de Lisle, son œuvre, sa vie ». Il fallait un peu nous citer ces Idytlns et ces Romances, si surannées, si puériles aussi, je le sais bien ; mais qui sont pourtant « Tœuvre » de Rouget et qui complètent sa physionomie littéraire, et sans lesquelles on ne le connaît pas. M. Tiersot a eu trop peur que notre admiration pour Rouget diminuât ; et que son livre contribuât à un résultat si funeste, c'est une pensée qui lui était insupportable. Pourquoi ? Qu'on parle ou qu'on ne parle pas de ses autres œuvres. Rouget ne sera jamais que l'auteur de la Marseiltaise. Sa gloire est établie, son œuvre très peu connue ; c'est donc à la connaissance de
son œuvre qu'il faut contribuer, non à sa gloire. Le livre de M. Tiersot, avec son continuel mélange, très habilement maintenu, de biographie, de critique littéraire et de critique musicale, n'en est pas moins une monographie consciencieuse, agréable et d'un très vif intérêt.
3 juillet 1892.