POLYEUCTE
Je suis chrétien .
FÉLIX
Tu Tes? ô cœur trop obstiné!
Soldais, exécutez l'ordre que j'ai donné.
PALLIXE.
Où le conduisez-vous?
FÉLIX
A la mort.
POLYErCTE.
A la gloire (2).
(1) Acte IV, se. ni.
(2) Acle V^ se. m.
CIIAPITRK PREMIER. 19
Celle magnifique scène est suivie delà conversion de Pauline. La loi chrétienne achève l'œuvre de la foi conjugale. Polyeucte est immolé; mais bienlôl après, Félix, qui Ta condamné, se convertit à son tour à la religion proscrite et s'écrie :
Allons à nos martyrs donner la sépullurc, Baiser leurs corps sacrés, les mettre en digne lieu, Et faire retentir partout le nom de Dieu.
Tout s'élève, dans celle tragédie, au-dessus des sentiments humains, par la force du sentiment religieux. Le sacrifice n'y est pas contre nature, parce que la foi a transformé la nature. Le culte de la patrie le cède à celui du vrai Dieu. C'est toute la différence qui existe entre le caractère romain et le caractère chrétien.
Le génie de Corneille nous fait pénétrer ainsi dans l'àme de ses héros, qui personnifient l'honneur, la foi religieuse, le patriotisme, l'amour de la gloire. De son œuvre, ou plutôt de ses chefs-d'œuvre, s'exhale un souffle puissant. Tout y parle d'héroïsme, de nobles actions, de la passion sacrifiée au devoir.
Voltaire appelle avec raison les tragédies de Corneille Cl une école de grandeur d'àme » , et un des maîlres de la littérature contemporaine a pu dire sans exagération :
« Le jour où le grand Corneille cesserait d'être populaire sur notre théâtre, ce jour-là nous aurions cessé d'être une grande nation (1). »
(1) XiSARi), Ilist. de la litléi-atitre française , 5*' édit., II, 117.