CI.APiTRE II
compagne de la jeunesse qui s'appelle l'espérance.
De ses premiers essais subsiste une pièce de vers latins, composée à la louange de Dieu (1) et où se manifeste sa piété enfantine; il avait alors quatorze ans. Il fit plus tard des hymnes du bréviaire romain une traduction en vers français qui rendit jaloux M. de Sacy.
Une ode intitulée la Renommée aux Muses lui valut les conseils de Boileau, qui, sans le connaître et très jeune encore lui-même, annota de judicieuses remarques cette œuvre d'un débutant. Racine voulut voir son critique, et leurs relations, ainsi commencées, furent l'origine d'une amitié dont les liens ne purent être rompus que par la mort.
11 n'eu fut pas de même des relations de Racine et de Alolière, avec lequel il se brouilla, après avoir, novice dans l'art théâtral, sollicité ses avis et fait appel à sa bourse.
Andromaqiie fut la révélation de son talent et commença pour lui la célébrité. Mais elle lui valut les reproches d'une de ses tantes, religieuse à Port- Royal (2), qui le voyait, avec consternation, mêlé à
(1) lille est intitulée : Ad Christum.
(2) Elle s'appelait .^gnès Ilacine, en religion la Mère de Saintc- Thècle et devenue abbesse de Port-Royal; elle survécut au neveu dont la renommée lui causait tant d'inquiétude.
la vie des comédiens et exposé aux entraînements du théâtre. Elle lui écrivit, à celte occasion, une lettre pathétique où elle s'exprimait ainsi :
« J'ai appris depuis peu de jours une nouvelle qui m'a touchée sensiblement. Je vous écris dans l'amertume de mon cœur, et en versant des larmes que je voudrais répandre en assez grande abondance devant Dieu pour obtenir de lui votre salut, qui est la chose du monde que je souhaite avec le plus d'ardeur. J'ai donc appris avec douleur que vous fréquentiez plus que jamais des gens dont le nom est abominable à toutes les personnes qui ont tant soit peu de piété; et avec raison, puisqu'on leur interdit l'enlrée de l'église et la communion des fidèles, même à la mort, à moins qu'ils ne se reconnaissent. Jugez donc, mon cher neveu, dans quel état je puis être, puisque vous n'ignorez pas la tendresse que j'ai toujours eue pour vous, et que je n'ai jamais rien désiré sinon que vous fussiez tout à Dieu dans quelque emploi honnête. Je vous conjure donc, mon cher neveu, d'avoir pitié de votre âme, et de rentrer dans votre cœur pour y considérer sérieusement dans quel abîme vous vous êtes jeté. Je souhaite que ce qu'on m'a dit ne soit pas vrai ; mais si vous êtes assez malheureux pour n'avoir pas rompu un commerce qui vous désho-nore devant Dieu et devant les hommes, vous ne