CHAPITRE [I
Racine, disant qu'il allait travailler. Il sortit éperdu et gagna comme il put la chambnî de Cavoye. C'était son ami, il lui conta sa sottise. Elle fut telle qu'il n'y avait point à la pouvoir raccommoder. Oncques depuis, ni le roi, ni Aime de Maintenou ne parlèrent à Racine, ni même le regardèrent. Il en conçut un si profond chagrin qu'il eu tomba en langueur, et ne vécut pas deux ans depuis. Il les mit bien à profit pour son salut. Il se fit enterrer à Port- Royal des Champs, avec les illustres habitants duquel il avait eu des liaisons dès sa jeunesse, que sa vie poétique avait même peu interrompues, quoiqu'elle fût bien éloignée de leur approbation (l). v Cette seconde version diffère de celle de Louis Racine. L'exactitude de Saint-Simon est souvent en défaut; mais il est permis aussi de suspecter la piété filiale qui a peut-être voulu attribuer à une courageuse indépendance la disgrâce causée par une inconcevable étourderie. Où Louis Racine est d'accord avec Saint-Simon, c'est sur le ressentiment royal dont son père fut victime. Louis XIV n'avait pas pardonné à Fénelon; il ne pardonna pas à Racine. II fut aussi inflexible envers le poète qu'envers le prélat. Mme de Maiutenon, nous dit Louis Racine, n'eut jamais la permission de rece-
(1) Mémoires, édit. Chénicl, iu-12, II. ().
voir celui dont les beaux vers avaient contribué à la gloire littéraire du grand siècle. L'apercevant un jour dans le parc de Versailles, elle l'attira à l'écart pour lui parler de son désir de l'aider à rentrer en grâce. Le bruit d'une calèche, qui était celle de Louis XI\ , interrompit la conversation, et obligea Racine à se cacher dans un bosquet.
L'insuccès à^Athalie se joignit à la défaveur dont il éprouvait l'amertume, pour attrister les dernières années du poète. 11 trouva, du moins, des consolalions dans les pratiques de la piété et dans les douceurs de la vie de famille. Chaque soir, il faisait la prière au milieu de ses enfants et de ses domestiques, et commentait l'Evangile en termes simples et pénétrants. Ses lettres adressées à son fils font connaître, avec les sollicitudes dont il l'entourait, les sentiments religieux qu'il cherchait à lui insjiirer.
« Songez, lui écrivait-il, que vous êtes chrétien, et à quoi vous oblige celle qualité. Ce sera le comble de ma joie de vous voir dans celle disposition, et je l'espère de la grâce du Seigneur (1). »
« Je veux me flatter, lui écrit-il encore, que, faisant tout votre possible pour devenir parfait honnête homme, vous concevrez qu'on ne peut l'être
(1) Lcllres de Racine à son fils, 24- mars 1698.