CHAPITRE II
sans rendre à Dieu ce qu'on lui doit. Vous connaissez la religion : je puis dire même que vous la connaissez belle et noble comme elle est, et il n'est pas possible que vous ne l'aimiez. Pardonnez si je vous mets quelquefois sur ce chapitre ; vous savez combien il me tient à cœur, et je puis assurer que plus je vais en avant, plus je trouve qu'il n'y a rien de si doux au monde que le repos de la conscience, et de regarder Dieu comme un père qui ne nous manquera pas dans tous nos besoins (1). ;?
Si Louis Racine ne fut pas l'héritier du génie de son père, il recueillit avec une légitime fierté la gloire de son nom. Le poème de la Religion^ dont il est l'auteur, est un pâle re^eià' Estliei^ et à'At/ialie; mais c'est le témoignage des sentiments chrétiens qu'il avait puisés dans les leçons paternelles.
Saint-Simon, si avare d'éloges, loue en Racine les vertus privées, et dit de lui : « Rien du poète dans son commerce, et tout de l'honnête homme, de l'homme modeste, et sur la fin de l'homme de bien (2). »
Il termina sa vie à cinquante-neuf ans. Voyant Boileau pour la dernière fois : c; Je regarde comme un bonheur, lui dit-il, de mourir avant vous. »
Je ne sais rien de plus touchant que cette amitié
(1) LeUre du 21 jnillel 1698.
(2) Mémoires, H, fi.
qui, après avoir été d'abord l'échange de deux esprits, devint l'union intime de deux cœurs.
Dans l'épitaphe de Racine, composée en latin et traduite par Boileau, on lit ces paroles, empreintes de leur commune foi religieuse :
« 0 toi! qui que lu sois, que la piété attire en ce saint lieu, plains dans un si excellent homme la triste destinée de tous les mortels ; et quelque grande idée que puisse le donner de lui sa réputation, souviens-toi que ce sont des prières et non pas de vains éloges qu'il le demande (1). »
Cette expression de l'humilité chrétienne convenait à celui dont les derniers chants furent des chanis religieux, et il est beau d'implorer l'obscure prière du passant sur la tombe glorieuse de Racine.
(1) La pierre sépulcrale sur laquelle était gravée celte inscription fut retrouvée en 1808 à Magny-Lessarf, ancienne paroisse de Port-Royal, et elle a élé transportée en 1828 à Paris, dans l'église de Saint-Ktienne du Mont, où sont les restes de Racine.