LES SER\ A\TES DE .MOLIERE
Les comédies de l'ancien répertoire nous montrent des personnages disparus de la scène moderne, ou n'y occupant qu'un rôle secondaire et insignifiant : ce sont les valets et les soubrettes. Xous y voyons les Frontins et les Lisettes agir et parler avec une liberté d'allures, une hardiesse de langage que ne comportent plus les usages de notre époque, qui aime pourtant à se dire démocratique, et qu'autorisaient les mœurs du temps, oii les serviteurs, traités avec une extrême familiarité, initiés à tous les événements de la vie domestique, participaient à des sentiments bienveillants , affectueux, rapprochant les distances, sans niveler les rangs.
Au théâtre du dix-huitième siècle on pourra trouver que les valets et les soubrettes ont trop d'esprit et
qu'ils en ont parfois plus que leurs maîtres, dont ils ne se distinguent guère que parlecostume. Il est permis d'y apercevoir le progrès des idées égalilaires; mais on y retrouvera surtout le caractère d'iine époque où les grandes dames prennent des habits de bergère et gardent, en robes à panier, les moutons enrubannés de Florian,
Le théâtre du dix-septième siècle accuse la différencedes mœurs, au point de vue des serviteurs qu'on y voit figurer. Sans doute, ils ont la main leste et l'esprit déluré ; mais ils ne pirouettent pas à la façon des marquis à talons rouges. Les servantes de Molière n'ont pas la recherche, la distinction et les grcàces des soubrettes de Marivaux. Les unes sont de bonnes grosses filles, à mine réjouie, hautes en couleur, fortes en gueule, ayant les manches retroussées, le mot trivial, l'esprit gaulois. Les autres rehaussent la blancheur de leur teint dune mouche assassine; elles ont le goût de l'élégance et les manières de cour; elles ont respiré l'air de Versailles.
On ne sera pas surpris de la confusion imaginée dans les Jeux de l'amour et du hasard, où les rôles sont intervertis, et où la soubrette peut soutenir avec aisance l'épreuve qui la fait monter au rang d'où sa maîtresse est momentanément descendue.
Les servantes de Molière ne se prêleraient pas à de semblables métamorphoses. Elles conservent lu