‹ Propos littérairesChapitre 23 sur 95 · DORI.VE · texte numérisé non relu

DORI.VE

Chansons !

ORGO.V,

Ce que je dis, ma fiUe, n'est point j[>u, DORIXE, à Mariamie.

Allez, ne croyez point à monsieur votre père. 11 raille.

ORGOX,

Je vous dis...

nORIXE.

Mon, vous avez beau faire, On ne vous croira point,

ORGOX.

A la fin, mon cojrrouv...

DORIXE.

Hé bien ! donc, on vous croit, et c'est tant pis pour vous. Quoi? se peut-il, monsieur, qu'avec l'air d'homme sage, El cette large barbe au milieu du visage, Vous soyez assez fou pour vouloir...

ORGOX.

Ecoutez.

Vous avez pris céans certaines privautés Qui ne me plaisLMil point, je vous le dis, ma mie.

Mais Doriue ne se lient pas pour battue. Pour vaincre le bonhomme, elle a essayé du ridicule. 11 n'a pas cédr, et il s'irrite de se voir si ouvertement

contredit chez lui par une servante. Elle va essayer de changer de ton et de le prendre par la douceur, par les bons sentiments.

ORGO.V.

Cessez de m'interrompre et songez à vous taire, Sans mettre votre nez où vous n'avez que faire.

DORIXF.

Je n'en parle, monsieur, que pour votre intérêt.

ORGOX.

C'est prendre trop de soin; taisez-vous, s'il vous plaît.

DORINK.

Si Ton ne vous aimait...

ORGOX.

Je ne veux pas qu'on m'aime.

DORIXE.

Et je veux vous aimer, monsieur, malgré vous-même.

ORGOX.

Ah !

DOHIXK.

Votre honneur m'est cher et je ne puis so.iffrir Qu'aux brocards de chacun vous alliez vous offrir.

ORGOiX.

Vous ne vous tairez point !

DORIXE.

C'est une conscience Que de vous laisser faire une telle alliance.

ORGOX.

Te tairas-tu, serpent, dont les traits effrontés...

nORINE.

Ah ! vous êtes dévot et vous vous emportez!

ORGOX.

Oui, ma bile s'échauffe à toutes ces fadaises. Et tout résolument je veux que tu te taises.

CHAPITUK m. 53

DOltlVi:.

Soit. Mais no disant mot, je n'en pense pas moins (I).

Il faut en convenir : on ne saurait pousser pins loin l'audace, et Orgon est excusable de perdre patience. Prêter aujourd'hui sur la scène ce rôle à une servante, mettre dans sa bouche des propos si hardis, disons-le, si insolents, ce serait manquer aux règles de la bienséance. Un pareil langage ne serait plus toléré, même au théâtre, parce que cette indépendance des serviteurs, cette liberté de langage qui, dans la discussion, semble mettre sur un pied d'égalité le maître et le valet, ne sont plus dans nos mœurs; elles ne correspondent plus à l'idée que nous nous faisons de la domesticité, à laquelle on ne demande aujourd'hui que des services matériels. Il ne paraissait pas étrange autrefois de recevoir ses conseils, d'essuyer de sa part le blâme et l'opposiliou, car on y reconnaissait la preuve de son attachement, et l'avis sincère de serviteurs éprouvés n'était pas le moindre de leurs services. La forme en a été un peu exagérée, peutêtre, sur la scène. Elle n'en traduit pas moins un caractère vrai de l'époque.

(1) Acte II, se. II.

Avec Nicole, dans le Bourgeois gentilhomme, nous nous éloignons de la haute comédie, de la peinture de caractère pour revenir à la servante d'esprit simple, mais sensé, prête à donner son avis, lors même qu'on ne le lui demande pas. Les ridicules de AI. Jourdain, atteint de la manie nobiliaire, excitent son hilarité. Elle rit au liez de son maître. Elle prend ouvertement le parti de la sagesse et de la raison, celui de Aime Jourdain, et ne craint pas de dire tout haut devant le bourgeois qui se croit devenu gentilhomme : « Aladame parle bien. Je ne saurais plus voir mon ménage propre avec cet attirail de gens que vous faites venir chez vous. Ils ont des pieds qui vont chercher de la boue dans tous les quartiers de la ville pour l'apporter ici. «

Nicole agit comme si elle était chez elle et non chez AI. Jourdain, qu'elle contredit hardiment, n'hésitant pas à « se fourrer toujours dans la conversation w , comme le lui reproche son maître. Elle se moque de sa vanité poussée jusqu'au ridicule.

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