CHAPITRE IV
espérances, et où il loue le roi d'être liabile nageur.
Déçu clans sou attente et se voyant sans ressources, il mourut de chagrin en 1660.
Les satires de Boileau ramènent souvent les mêmes noms, tiinlùt isolés dans un vers, tantôt réunis les uns aux autres. H y a parfois des fournées de victimes, comme dans la ix*" satire, où le poète s'adresse à son esprit :
Que vous ont fait Perrin, Bardin, Pradon, Hainaut,
Collelel, Pelletier, Titreville, Quinault,
Dont les noms en cent lieux placés comme en leurs niches
Vont de vos vers malins remplir les hémistiches?
Ce qu'ils font vous ennuie : ô le plaisant détour!
Ils ont bien ennuyé le roi, toute li cour.
Dans cette liste de condamnés, il est un nom qui mérite de retenir l'attention, c'est celui de Pradon. On sait quel fut le triste rôle de cet indigne rival de Racine, et par quels moyens il réussit à faire échec au grand poète tragique.
La belle épître de Boileau à Racine fut composée Tannée même où celui-ci fléchissait sous les coups de ses ennemis (1). Elle avait pour but de relever
(1) Epître vu, l.e profit à tirer des critiques. Dans la viu= épîiro, dédiée au Roi, Boileau proteste contre le succès du détracteur de Racine.
Perrin a de ses vers obtenu le pardon,
Et la scène française est ç-n proie à Pradon.
74 riîOl'OS LITTERAIRES.
son courage abattu. C'était l'amitié consolant le génie.
Le souvenir des injustices qui avaient abreuvé Corneille se présentait naturellement à l'esprit, et Boileau le rappelait dans ce beau vers où il dit à Racine méconnu :
Au Cid persécuté Cinna doit sa naissance.
11 lui montrait que, loin de se laisser vaincre par de jalouses critiques, le vrai talent doit y puiser une force nouvelle.
Cesse de t'élonner si l'envie animée,
Attachant à ton nom sa rouille envenimée,
La calomnie en main, quelquefois te poursuit.
En cela comme en tout, le ciel qui nous conduit,
Racine, fait briller sa profonde sagesse.
Le mérite en repos s'endort dans la paresse :
Mais par les envieux le ;i[énie excité,
Au comble de son ait est mille fois monté.
En poursuivant l'énumération des victimes de Boileau, nous avons rencontré le nom de Quinault. Plus heureux que tant d'autres, Quinault eu a appelé du jugement de Boileau, et il a été acquitté par ses contemporains et par la postérité. S'il mérite une place d'honneur comme créateur de la tragédie lyrique, il faut toutefois se rappeler que ses premières comédies n'avaient pas eu de succès.
Ou connaît les vers si mordants de Boileau :