CHAPITRE IV
Si je pense exprimer un autour sans dt'faut, La raison dit Virjçile el la ritne Quinault (l).
Celle critique s'adresse à la première manière de l'autem-, aux œuvres de jeunesse, et peut-être Quinault, éclairé par Boileau, apprit-il de lui à connaître la voie dans laquelle il marcha depuis avec plus de bonheur.
Boileau s'est expliqué, dans une de ses préfaces, sur ses sévérités à l'égard de Quinault : « Dans le temps où j'écrivis, dit-il, contre AI. Quinault, nous étions tous deux fort jeunes, et il n'avait pas fait alors beaucoup d'ouvrages qui lui ont dans la suite acquis une grande réputation. » Et dans une de ses lettres à Racine, en 1087, il lui dit en parlant de Quinault : « Vous pouvez l'assurer que je le compte présentement au rang de mes meilleurs amis, et de ceux dont j'estime le plus le cœur et l'esprit. »
La réparation est complète, et de tels éloges ont de la valeur sous la plume de Boileau , qui ne s'en montrait guère prodigue. Il demeure toutefois avéré qu'il devait peu goûter le genre d'esprit de Quinauh. Les vers oii, dans le Repas ridicule ^ il fait dire à un gentilhomme campagnard :
Les héros, chez Quinault, parlent bien autrement, Et jusqu'à^e vous hais, tout s'y dit tendrement,
(1) Sat, ri.
exprimaient sa pensée sur ces productions dont la fadeur est l'écueil. C'est encore Quinault qu'il vise dans ces vers :
Et tous ces lieux communs de morale lubrique Que LuUi réchauffa des sons de sa musique (1).
Entre Boileauet l'opéra il ne pouvait y avoir rien de commun, et l'on ne doit pas s'étonner de cette reprise d'hostilités, cinq ans après la mort de Quinault, alors que Boileau vieillissant jugeait avec un redoublement de sévérité des œuvres si différentes des siennes. C'est par la même raison, sans doute, qu'il a malmené Perrin , traducteur de V Enéide en vers français, et que ses pastorales n'auraient pas sauvé de l'oubli, si l'opéra français, où il fut novaleur, ne lui constituait un litre plus durable. Il obtint des lettres patentes pour la création d'une académie de musique et fut le premier directeur de l'Opéra de Paris. Boileau accole son nom à celui d'autres auteurs exécutés dans la vif satire :
Faut-il d'un froid rimeur dépeindre la manie? Mes vers comme un torrent coulent sur le papier : Je rencontre <à la fois Perrin et Pelletier, Bonnecorse, Pradon, Colletet, Tilreville, Et pour un que je veux, j'en trouve plus de mille (2).
Pelletier, « poète du dernier ordre qui faisait
(1) Sat. X.
(2) Sat. VII.
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tous les jours un sonnet « , nous dit Boileau dans une note, avait déjà été blessé d'un trait du satirique qui, parlant des difficultés de son art, ajoute ironiquement :
J'envie en écrivant le sort de Pelletier.
Linière était de celte famille de riraeurs incorrigibles, écrivant toujours sans effacer jamais, et ne sacrifiant aucun des vers coulant d'une veine trop féconde. Boileau lui fit d'abord, dans sa ix' satire, l'bonneur d'une citation qui n'est pas une censure. Mais Linière se permit de médire de l'épître sur le Passage du Rhin. Boileau, peu endurant, s'en vengea par une assez mauvaise épigramrae et une dure critique insérée dans VArt poétique (1). Sa rancune ne paraît pas, du reste, avoir été au delà, car il prêta souvent de l'argent à Linière, qui était fort prodigue et se consolait de ses dettes en chansonnant ses créanciers.
La même facilité sans talent se retrouvait dans la Serre, auteur de cent volumes dans lesquels il toucbait inconsidérément à tous les sujets, et qui, grâce aux flatteries dont il couvrait les grands et
(1) ... On a vu le vin et le hasard
Inspirer quelquefois une muse grossière, Et fournir sans génie un couplet à Linière. [Art poétique )
■^S PROPOS LITTÉUAIKE s.
les personnages en crédit, trouvait moyen de bien vendre ses livres. A quelqu'un qui lui reprochait la hàle de ses productions, il répondait cyniquement: « Je suis toujours pressé de gagner de l'argent, et je préfère les pistoles qui me font vivre à l'aise à la chimère d'une vaine gloire qui me laisserait misérable. •> Bibliothécaire de Gaslon d'Orléans, il obtint encore d'être historiographe de France et conseiller d'Etat. Boileau avait raison de lui faire payer ces faveurs, en prédisant à tous les mauvais écrivains le sort réservé à ses livres :
Coml)ien pour quelques mois ont vu fleurir leur livre, Dont les vers en paquet se vendent à la livre! Vous pouvez voir, un temps, vos écrits estimés Courir de main en main par la ville semés ; Puis de là, tout poudreux, ignorés sur la terre. Suivre chez l'épicier Aeufgermain et la Serre (l).
Neufgermain, qui vient d'être accolé à la Serre et frappé delà même condamnation, était un bouffon dont s'amusait Richelieu et que Voiture tournait en ridicule.
La plus dure punition d'un auteur ennuyeux ou médiocre est de n'avoir pas d'acheteurs, et c'était celle de Saint- Sorlin, si Ton en croit une épigramme de Boileau (2). Académicien, familier de
(1) Sat. IX.
(^i) Dans le palais, liier, Bilain
Voulaitgager contre Ménage,