C.HAIMTUK VI. lOJ
écrire... C'est pourtant une jolie chose de savoir écrire ce que l'on pense (l). j»
Elle entretient souvent Mme de Grignan des livres qui l'intéressent et l'égayent, surtout |)endant ses séjours en Bretagne, oii ce passe-temps vient abréger les journées pluvieuses ou distraire les heures mélancoliques de la mauvaise saison.
« Nous lisons beaucoup, et du sérieux, et des folies, et de la fable et de l'histoire (2). «
Le soir, pour ménager ses yeux, elle prend, nous dit-elle, « ce qu'il y a de plus grosse impression » . Elle « n'a pas d'autre règle (3) » . Quelquefois elle se venge par des coups de crayon dont elle marque les passages qui contredisent sa façon de penser (4).
Son goût trouve des encouragements dans sou entourage. Son fils est excellent lecteur et lit cinq heures de suite, sans se fatiguer, pendant qu'elle travaille. '* Il a, dit-elle, une qualité très commode, c'est qu'il est fort aise de relire deux, trois fois ce qu'il a trouvé beau; il le goûte, il y entre davantage, il le sait par cœur, cela s'incorpore; il croit avoir fait ce qu'il lit pour la troisième fois (5). 5>
(1) Lettre du 17 juillet 1689.
(2) 29 décembre 1675.
(3) 1'^^ décembre 1675.
(4) 28 juillet 1680.
(5) 8 janvier 1690. — a Alon fils nous lit des livres très
106 PROPOS LITTÉUAIUE S.
Les volumes se succèdent et sont vite dévorés. « Nous avons lu des livres iu-folio en deux jours. .. Quand on est assez heureux pour aimer cet amusement, on n'en manque jamais (1). «
Elle parle souvent de son plaisir favori, elle y revient sans cesse : « Nous lisons beaucoup et je sens le plaisir de n'avoir point de mémoire, car les comédies de Corneille, les œuvres de Despréaux, celles de Sarrasin, celles de Voiture, tout cela repasse devant moi sans m'ennuyer ; au contraire. Nous donnons quelquefois dans les Morales de Plutarque qui sont admirables, les Préjugés [2), les réponses des ministres, un peu d'alcoran si ou voulait; enfin, je ne sais quel pays nous ne battons pas (3). «
N'en croyons pas Mme de Sévigné, quand elle nous parle de son absence de mémoire. Elle savait par expérience que s'il y a des jouissances dans les livres qu'on lit pour la première fois, il n'y en a pas de moins grandes à relire et à retrouver dans des chefs-d'œuvre d'anciennes connaissances. Elle insiste sur le bonheur de n'avoir pas de mémoire,
agréables : nous en avons un de dévotion, des autres d'histoire. Cela nous amuse et nous occupe ; nous raisonnons sur ce que nous avons lu; mon fils est infatigable, il lit cinq heures de suite, si on veut. D (18 septembre 1689.)
(1) 25 novembre 1()S4.
(2) Par Antoine Arnauld.
(3) 25 septembre 1080.