CII.AIMTHE VI
et parlant des Provinciales : « Ce sont, dit-elle, des lectures nouvelles; nousy eu ajouterous encore, selon nos fantaisies, sans beaucoup dérègle, mais avec bien du plaisir (1).» «Nous voltigeons j' , dit-elle ailleurs.
On voit, par ces citations, que Mme de Sévigné lisait sans beaucoup de métbode et un peu tout ce qui lui tombait sous la main. C'était pour elle un divertissement, une occupation agréable, non une étude; mais elle avait le don de s'intéressera tout, même aux ouvrages les plus médiocres. « On n'a de plaisir, écrit-elle, que quand on s'affectionne à une lecture et que Ton en fait son affaire (2). i?
Elle se désole de voir l'aversion de son petit-fils, le marquis de Grignan, pour les livres. En revanche, Pauline de Grignan, sa petite-fille, partage son amour de la lecture, et elle l'en félicite : « Pour Pauline, cette dévoreuse de livres, j'aime mieux qu'elle en avale de mauvais que de ne point aimer à lire; les romans, les comédies, les Voiture, les Sarrasin, tout cela est bientôt épuisé. A-t-elle tàté de Lucien? Est-elle à portée des Petites Lettres [^^'i Api'ès il faut l'histoire. SI on a besoin de lui pincer le nez pour lui laire avaler, je la plains (4). ■>■>
(1) 15 septembre 1G80.
(2) 21 décembre 1089.
(3) Les P roc i lie i aies.
(k) 15 janvier 1690.
Nous sommes fixés sur les goûts et les idées de Mme de Sévigné en matière de lecture; mais comme tout ce qui la touche nous intéresse, nous aimons à savoir en détail ce qu'elle lisait et à connaître les livres qui composaient sa bibliothèque. Elle a pris soin de nous renseigner, en nous parlant de ces volumes souvent feuilletés par ses doigts. Nous allons donc, eu la prenant pour guide et en lui laissant souvent la parole, apprendre quels étaient les aliments préférés de ce charmant esprit.
En sa qualité de petite-fille d'une sainte, de sainte Chantai, elle est profondément chrétienne, ce qui ne l'empêche pas de sentir un peu le fagot, puisqu'elle a de vives sympathies pour tous les doctrinaires de Port-Royal, qu'elle appelle « mes frères » . Elle a parmi eux des amis et ne refuse à aucun d'eux le tribut qu'on doit aux vertus, aux talents. Mais sa conception des choses religieuses diffère de l'austérité janséniste; elle apporte dans ses croyances, avec une foi sincère, la tolérance et l'amabilité souriante de son caraclère.