CHAPITRE VI
Au premier rang de ses livres de piété, nous apercevons la Bible de Royaumont, puis les Homélies de saint Jean Clnysoslome, les Epîlres de saint Paul, celle de saint Augustin, Origène, les œuvres de Bossuet et de Fénelou , V Année clirétienne de le Tourneux et la Prière continuelle de Jean Hamon, de Port-Royal. Elle y mêle un théologien protestant, Abbadio, dont elle ne peut s'empêcher de vanter les écrits, malgré l'hérésie de l'auteur. Elle lit aussi une Histoire de l'Eglise d'un écrivain plus orthodoxe, Godeau, évêque de Grasse, un des familiers de l'hôtel de Rambouillet.
« Vraiment! dit-elle, en parlant de ce dernier ouvrage, c'est une très belle chose. Quel respect cela donne pour la religion! Avec Abbadie, ou serait toute prête à souffrir le martyre ( I ). ^^
Elle goîite moins les Iconoclastes et V ârianisme du Père Maimbourg. « 11 veut toujours pincer quelqu'un; mais au travers de ses sottises, ces endroits de l'histoire sont si parfaitement beaux, ce Concile de \ice si admirable qu'on le lit avec plaisir (2). "
Elle reconnaît à Fénelon « le plus rare mérite pour l'esprit, pour le savoir et pour la piété (3) " . Bossuet, dont les Oraisons funèbres sont souvent
(1) 16 mai 16S9.
(2) 23 novembre 1089.
(;i) 21 août 1689
IlO PROPOS LITTERAIRES.
citées avec admiralioii, n'est pas moins loué par elle comme défenseur du catholicisme : « Nous lisons les lariaiions de M. de Meaux. Ah I le beau livre à mon gré (1) ! »
Elle félicite sa fille d'avoir entrepris la lecture de saint Paul et de saint Augustin, u Voilà les bons ouvriers pour établir la souveraine volonté de Dieu. 5î
Dans la bibliothèque de dévotion, nous trouvons encore La perpétuité de la foi, par Antoine Arnauld et les Coîiversations chrétiennes.
Parail-il des livres nouveaux sur des sujets de religion, il faut se les procurer. « Je m'en vais acheter ce livre de M. le Tourneux des Règles de la vie chrétienne; il fait un grand bruit; j'y trouverai peut-être la grâce d'être plus soumise que je ne le suis aux ordres de la Providence (2). "
« AI. du Bois m'a envoyé son livre De la vérilahle religion et ses Mœurs de l'Eglise catholique, traduit de saint Augustin. Le nom de ce saint et la réputation du traducteur me le ferait lire, quoique après Abbadie, Pascal et V Histoire de l'Eglise, on soit prêt à souffrir le martyre; du moins, nous le croyons, tant notre esprit est convaincu (3). ;>
(1) l^^jiiiu 1689.
(2) li novembre 1688.
(3) 29 janvier 1G90.
CHAi'iTur, VI. ni
Après les nouveaux livres, on revient aux anciens.
« Je relis avec mon fils de cerfaines choses que j'avais lues en courant à Paris et qui me paraissent toutes nouvelles. Nous relisons aussi à travers nos grandes lectures des rogatons que nous trouvons sous notre main, par exemple, toutes les belles oraisons funèbres de M. de Aleaux, de M. l'abbé Fléchier, de M. Mascaron, de AI. Bourdaloue. Nous repleurons M. de Turenne, Mme de Montausier, M. le prince, feu Madame, la reine d'Angleterre. Nous admirons le portrait de Crotuwell. Ce sont des chefs-d'œuvre d'éloquence qui charment l'esprit. Il ne faut point dire : Oh ! cela est vieux. Non, cela n'est point vieux, cela est divin (I). »
C'est aux sources mêmes de la religion et de l'éloquence sacrée qu'elle alimente sa foi. « Il viendra un jour, dit-elle, ou l'on sera bien heureux de s'être nourri dans ces sortes de pensées chréliennes ; la mort est affreuse quand ou est dénué de tout ce qui peut consoler en cet état (2). 55
Les traités de morale, l'analyse du cœur humain l'intéressent au plus haut degré. Elle ne tarit pas sur Nicole; elle le commente, elle le cite avec des éloges qui nous semblent aujourd'hui excessifs :
(1) 11 janvier iCm.
(2) 27 décembre 1684.
112 riiOPOS LITTE 11 AIRES.
« Je poursuis celte morale de Nicole que je trouve délicieuse... Je trouve ce livre admirable (1). Personne n'a écrit sur ce ton que ces messieurs, car je mets Pascal de moitié à tout ce qui est beau (2). 55
Pascal lui inspire plus que de l'admiration, de l'enthousiasme.
« Je lis les Petites lettres. Bon Dieu ! quel charme ! et comme mon fils les lit !.. . Peut-on avoir un style plus parfait, une raillerie plus fine, plus naturelle, plus délicate, plus digne fille de ces dialogues de Platon qui sont si beaux? Mais après les dix premières lettres, quel sérieux! quelle solidité! quelle force, quelle éloquence, quel amour de Dieu et de la vérité! quelle manière de la soutenir et de la faire entendre ne trouve- t-on pas dans les huit dernières lettres qui sont sur un ton si différent (3) ! »
La Rochefoucauld reçoit un tribut de louanges. Cependant Mme de Sévigné lui reproche d'être trop subtil.
et Voilà, écrit-elle à sa fille, les Maximes de M. de La Rochefoucauld, revues, corrigées et augmentées... Il y en a de divines, et, à ma honte, il y en a que je n'entends point (4). «
(1) Des moyens de conserver la paix entre les Iioinmes.
(2) 23 septembre 1671.
(3) 21 décembre 1689.
(4) 20 janvier 1672.