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CHAPITRE VI

La marquise ne se laisse pas cependant rebuter par la pliilosopliie de Malebrauche et lit Descartes, sans se mettre comme Aime de Grignan au rang de ses disciples. La Logique de Porl-Roijal n'est pas négligée, et les Essais de Montaigne ont aussi leur place dans les lectures de cette femme dont l'esprit, si accessible aux choses aimables et légères, n'est pas moins avide de sérieux, et à laquelle la littérature grecque et latine est familière depuis Homère, Socrate, Démostliène, Plularque, dans la traduction française, jusqu'à Cicéron, Tite-Live, Tacite, Quintilien, Lucien, Térence, Horace, Martial, Ovide, Catulle et Virgile, qu'elle lit u dans toute la majesté du latin (1), »

" Les déclamations de Quinlilien m'ont amusée, écrit-elle, il y en a de belles et d'autres qui m'ont ennuyée (2). ^5

« Pour Tacite, vous savez comme j'en étais charmée ici pendant nos lectures et comme je vous interrompais pour vous faire entendre des périodes où je trouvais de l'harmonie; mais si vous en demeurez à la moitié, je vous gronde; vous ferez tort à la majesté du sujet... Je ne pardonne ce manque de courage qu'aux romans que je n'aime pas (3). »

(1) 16 juillet 1671.

(2) 13 oclobre 16T3.

(3) 28jiiia 1071.

114 PHOPOS LITTERAIRES.

Elle eu excepte loulefois Cléopdtre, roman de la Calpienède en douze volumes, et qu'elle relit plusieurs fois. Elle « s'y laisse prendre comme à la glu; tout cela l'entraîne comme une petite fille », Elle s'en accuse et demande à Mme de Grignan de lui en garder le secret.

Mlle de Scudéry n'échappe pas au reproche bien fondé d'être prolixe. Recevant les Conversations qu'elle lui envoie, Mme de Sévigné écrit à sa fille : « Il est impossible que cela ne soit bon, quand cela n'est point noyé dans sou grand roman (1). «

Sa critique reste indépendante, même à l'égard de son amie, Mme de La Fayette. Son célèbre roman de la Princesse de Clèves venait de paraître. Bussy- Rabutin le commente longuement dans une lettre adressée à Mme de Sévigné et affirme l'avoir lu sans aucune des préventions que pouvaient inspirer, soit en bien, soit en mal, les discussions dont ce livre était l'objet à son apparition.

« J'ai trouvé, dit-il, la première partie admirable; la seconde ne m'a pas paru de même. Dans le premier volume, hormis quelques mots trop souvent répétés, qui sont pourtant en petit nombre, tout est agréable, tout est naturel. Dans le second, l'aveu de Mme de Clèves à son mari est extravagant

(1) 25 septembre 1680.

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