‹ Propos littérairesChapitre 41 sur 95 · LA ROCHEFOUCAULD LA BRUYÈRE VAUVENARGUES · texte numérisé non relu

LA ROCHEFOUCAULD LA BRUYÈRE VAUVENARGUES

Les moralistes sont gens d'esprit morose et d'humeur chagrine. De l'homme ou de la société qu'ils étudient, ils ne voient guère que les défauts. Ce sont des pessimistes. La Rochefoucauld et La Bruyère jusiifieraient cette affirmation. Il n'y aurait d'exception que pour lauvenargues.

Cette disposition au scepticisme, à la critique, au mécontentement, provient-elle du méfier de psychologue, ou faut-il l'imputer à la nature des observateurs, au milieu où ils ont vécu, aux conditions dans lesquelles ils étaient placés"? Leur œuvre, expression réfléchie de leur jugement, n'est-elle pas

(l) La Rochefoucauld, par J. Bouroeau. — La Bruyère, par Maurice Pellisso\. — La Bruyère dans la maison de Condé, par Etienne Allaire. — lauvenargues, par Micliel Paléologue.

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surtout l'iniage de leur caractère et le reflet de leur propre vie?

Trois moralisles ofTrent, à ce point de vue, le sujet d'uue étude et d'un rapprochement : La Rochefoucauld, un grand seigneur; La Bruyère, un bourgeois; \auvenargues, un gentilhomme de province. Tous trois ont analysé le cœur humain; tous trois nous ont laissé des écrits dans lesquels, en peignant les hommes de leur temps, ils se sont peints eux-mêmes.

François, duc de La Rochefoucauld, prince de Marcillac, né à Paris, en 1G13, élait l'aîné de quatorze enfants. ALirié à quinze ans h Allledel'ivonne, fille d'un grand fauconnier de France, il entrait l'année suivante dans la carrière des armes, servait en qualité de mestre de camp du régiment d'Auvergne, dans la campagne d'Italie, puis s'engageait quelques années plus tard comme volontaire pour combattre les Espagnols en Flandre. 11 se Irouva bienlôt mêlé aux intrigues de Cour, et fut tenu en suspicion parle cardinal de Richelieu, dont la mort réveillâtes ambilionset les convoitises de la noblesse. La régence d'Anne d'Autriche les rendit plus audacieuses, et autour de Louis X\\J enfant s'agitèrent ces rivalités, ces compétitions dont la Fronde fut la manifeslalion armée.

La Rochefoucauld fut cnlraîué dans celte révolte

12(3 Pl'.OrOS LITTERAIRES.

par des ambitions déçues, et devenu inséparable de la belle duchesse de Longueville, sœur du |)rince de Condé, suivit dans ses pliases la Fronde, où l'aristocratie, ne poursuivant que la satisfaction de puériles vanités, vit finir sa puissance politique et justifia la monarchie absolue, qui n'eut pas de peine à se l'attacher par des honneurs de Cour,

Tour à tour combattant et négociateur, le rôle de La Rochefoucauld se termine avec cette équipée sans gloire et sans grandeur. Il en sort mécontent, à demi ruiné, et ne rétablit sa fortune que grâce à l'habileté de Gourville qui, devenu son intendant, après avoir été son maître d'hôtel et porté sa livrée, finit par épouser une de ses sœurs (1).

Un émail de Petitot représente La Rochefoucauld à l'âge des conquêtes. Une expression de fatuité distingue le visage aristocratique, qu'éclairent de beaux yeux et sur lequel se dessine un nez aquilin. Ce portrait confirme le jugement de Mme de Alaintenon sur l'auteur des Maximes, qui avait, dit-elle, u une physionomie heureuse, l'air grand, beaucoup d'esprit et peu de savoir » .

Il a lui-même fait son portrait, et il est permis de croire qu'il s'y est flatté. Il y indique sommairement et discrètement les raisons qu'il aurait de « pouvoir

(1) Il a laissé des Mémoires qui ont été nouvellement réimprimés.

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