‹ Propos littérairesChapitre 47 sur 95 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

larqiie l'entliousiasma au point de lui faire versor des larmes. Cicéron et Sénèque agitèrent aussi de violentes émotions cette nature vive et impressionnable.

La carrière des armes s'ouvrait naturellement devant lui; il n'avait pas vingt ans quand il y débuta en qualité de sous-lieutenant dans le régiment du Roi. Il servit sous les ordres du maréchal de Villars, fit la campagne d'Italie, prit part aux victoires de Parme et de Guastalla avec son régiment, qui se signala au passage du Mincio, puis commença pour lui, en Bourgogne et en Franche-Comté, la monotonie de la vie de garnison. Il ne sut pas toujours se préserver des entraînements qu'engendre l'oisiveté; mais son goût pourl'étude lui inspira de bonne heure l'amour des choses sérieuses. Il avait, avec les ardeurs méridionales, les élans de la jeunesse facilement enthousiaste, et ce fut par là qu'il sut inspirer des affections sincères.

La campagne de Bohème, dirigée par le maréchal de Belle-Isle, l'enleva aux loisirs qui pesaient à son activité ; mais à la retraite de Prague, oii le froid fit cruellement sentir ses atteintes, il eut les jambes gelées, et on le transporla à Nancy, dans un hôpital. A peine guéri, il repartait pour l'Allemagne, assistait à la défaite de Deltingen, puis venait en garnison à Arras.

Sa vocation littéraire se révélait par des essais où il se montrait d(^à penseur et moraliste, et le délabrement de sa santé l'ayant forcé de renoncer à la profession des armes, il se livra tout entier à la vie studieuse et contemplative.

De cette époque date pour lui l'amitié de Voltaire, dont il reçut les encouragements, et avec lequel il entretint une correspondance. Ces relations, profitables à son talent, ne furent pas étrangères à ses succès. Pour un jeune auteur de ce temps, c'était un précieux patronage que celui de l'homme célèbre qui faisait et défaisait les réputations, l'oitaire témoigna à Vauvenargues une vive et constante affection qu'il ne paraît avoir éprouvée au même degré pour aucun autre. Il le comblait d'éloges, l'appelant « grand homme, belle àme, beau génie » .

Vauvenargues était un sage. Il ne se laissa pas enivrer par Tamour-propre et continua de se renfermer dans l'étude. Si tout semblaitlui sourire dans la république des lettres, les épreuves physiques ne lui étaient pas épargnées. Défiguré par la petite vérole, il avait presque perdu la vue, et était en proie aux souffrances, aux infirmités d'une vieillesse précoce.

Sa fortune était très modique, et son père, prévoyant les difficultés d'existence qu'il rencontrerait à Paris, s'était efforcé, mais en vain, de le retenir en Provence. La capitale l'atlirait par ses lumières.

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