CHAPITRE VII
Il habitait, dans le quarli(M- de l'Ecole de médecine, uue maison meublée, ne iVéquenlaut pas les salons, se confinant avec ses livres dans sa vie de célibataire, se réduisant à la stricte économie que lui imposait une gêne voisine de la pauvreté, s'occupant de publications qui faisaient peu de bruit. Marmontel, d'Argenlal venaient le visiter dans sa retraite, oii l'apparition de Voltaire était un événement.
Le mal continuait ses ravages, et la mort vint bientôt terminer, en 1747, à trente et un ans, dans une chambre d'hôtel, cette mélancolique destinée.
L'œuvre de Vauvenargues correspond à la brièveté de sa vie ; elle est moins riche par ce qu'elle a donné que par ce qu'elle promettait, et elle a bénéficié de l'intérêt qui s'attache à une fin prématurée. Elle a toutefois des mérites et des qualités qui commandent la sympathie.
Vauvenargues est un moraliste sentimental, sans fiel et sans amertume. Il s'est peint dans ces mots si connus et si souvent cités : « Les grandes pensées viennent du cœur. «
Le cœur fut, en effet, le guide de son esprit. Bien différent de La Ilochefoucaiild, il a parlé en termes touchants de l'amitié :
« Les hommes les plus extrêmes ne sont pas les plus capables d'une constante amitié. On ne la trouve nulle part si vive et si solide que dans les esprits
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timides et sérieux, dont l'àme modérée connaît la vertu; car elle soulage leur cœur oppressé sous le mystère et le poids du secret, détend leur esprit, l'élargit, les rend plus confiants et plus vifs, se mêle à leurs amusements, à leurs affaires et à leurs plaisirs mystérieux : c'est l'àme de toute leur vie (1). "
Vauvenargues, dans ces lignes, semble avoir dépeint son cœur, avide d'affection. Loin de se replier sur lui-même, il a besoin de s'épancher. Il est communicalif, et en cela il ne ressemble pas h La Bruyère, nature renfermée et un peu sèche oii l'esprit d'observation domine le sentiment.
La Rochefoucauld nie la pitié et ne voit en elle qu'une des formes de l'égoïsme. Vauvenargues songeait à lui quand il écrit :
« La pitié n'est qu'un sentiment de tristesse et d'amour; je ne pense pas qu'elle ait besoin d'être excitée par un retour sur nous-mêmes, comme on le croit. Pourquoi la misère ne pourrait-elle sur notre cœur ce que fait la vue d'une plaie sur nos sens? N'y a-t-il pas des choses qui affectent immédiatement l'esprit?... Notre àme est-elle incapable d'un sentiment désintéressé (2)? »
Il prêche l'humanité, la bienveillance, la bonté
(1) Introduction à la connaissance de l'esprit hiwiain, De l'amitié.
(2) Ibid.