FEMMES INSTRUITES ET FEMMES PEDANTES
La question de l'ignorance et de l'instruction chez les femmes a été souvent discutée et résolue de façons différentes par ceux qui ont soutenu les opinions contraires. La cause est toujours pendante, et il ne semble pas que le procès soit près d'être terminé entre les partisans et les adversaires des femmes instruites. Cette question a été débattue dans les livres ; elle fut posée au théâtre par Molière dans les Femmes savantes.
En quel sens l'a-t-il tranchée? Est-il, comme on semble le croire, l'ennemi de la culture d'esprit chez les femmes? Pour le savoir, il n'y a qu'à laisser parler les personnages de sa comédie, et à écouter ce qu'ils disent sur ce grave sujet.
Molière a été frappé d'un travers de son temps, quand il a raillé, dans les Précieuses ridicules.) le
jargon qu'avait adopté une portion aristocratique de la société. Il combattit ensuite la pédanterie par la comédie des Femmes savantes^ qualification qui annonçait et renfermait une critique. Lorsque l'on dit d'un homme qu'il est savant, cette épithète n'a pour personne la signification d'un blàine. Il en est tout autrement des femmes, et il est généralement admis que, chez elles, le savoir touche de près à la pédanterie. Une femme à laquelle on donnera le nom de « bas bleu « sera condamnée sans appel, et une femme ignorante n'est pas non plus l'idéal de tous les hommes. Il y a donc des frontières qu'il importe de tracer, une mesure variable selon les temps, selon les milieux, et sur laquelle on doit faire en sorte de ne pas se tromper, dans l'intérêt de la famille, où s'exerce Tinfluence de la femme, dans celui de la société, où son empire n'est pas moins réel et incontesté.
Molière a pris soin de donner un tel relief aux caractères de ses personnages qu'il a rendu toute équivoque impossible. Philaminle, Bélise et Armande représentent, avec Trissotin, la préciosité, le bel esprit ridicule et maniéré, la fausse science et la pédanterie, la prétention et le mauvais goût, l'amour exagéré de la culture intellectuelle négligeant les devoirs essentiels de la vie réelle, et devenant les fléaux de l'intérieur.