PERRAILT ET SES CONTES
// était une fois .. . pourrait-on dire, en commençant des pages consacrées à la mémoire de Perrault, le bon Perrault, notre ami d'enfance et même encore celui des vieux jours. Son nom reste inséparable des êtres fantastiques auxquels il a donné l'existence, et il fait partie du monde imaginaire où il a conduit nos premiers pas.
Sa vie n'a cependant rien de romanesque, et c'est avec raison qu'on a pu l'appeler un « Homère bourgeois » . Son père, avocat au Parlement, fut heureux dans ses fils. Il en eut quatre, tous ayant, à des degrés divers, des talents, de l'esprit, du mérite.
Pierre, l'aîné, employé par Colbert dans l'administration, fut avocat, receveur général des finances de Paris, écrivain. Ce fut le plus mal partagé dans
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la distribution des faveurs accordées aux quatre berceaux. Les lettres ne le conduisirent pas à la célébrité. Traducteur médiocre de Tassoni, auteur d'un Traité de f origine des fontaines, d'une Défense de l'opéra d' nAlceste •' , par Quinaiilt, et d'un gros volume de prose et de vers complètement oublié, il commença contre les anciens les hostilités que Charles, son frère, renouvela plus tard avec éclat. Il fut malheureux dans la gestion des deniers publics qui lui étaient confiés, et Colbert, impitoyable, le révoqua de ses fonctions, le réduisant à la pauvreté.
Nicolas Perrault, docteur de Sorbonne, janséniste, grand amid'.Arnauld, mourut jeune, en 1661.
Claude fut le célèbre architecte dont le nom reste attaché à la colonnade du Louvre. Son livre, à lui, fut un édifice de pierre, livre qui peut suffire à la gloire d'un homme. Il écrivit aussi pour exposer les principes de son art et traduire assez peu fidèlement Vitruve, disserta sur la physique et l'histoire naturelle, et mourut en I68<S, à soixante-quinze ans.
Charles, l'auteur des Contes, naquit en 1628, à Paris. Pour connaître son enflmce, nous n'avons besoin de nous adresser qu'à lui-même, car il a laissé des Mémoires qui, publiés longtemps après sa mort, en 1759, ont été réimprimés de nos jours.
« Ma mère, nous dit-il, se donna la peine de
m'apprenclre à lire; après quoi, on m'envoya au collège (le Beauvais, à l'âge de huit ans et demi. J'y ai fait toutes mes études, ainsi que mes frères. Mon père prenait la peine de me faire répéter mes leçons les soirs après souper, et m'obligeait à lui dire eu latin la substance de ces leçons. Cette méthode est très bonne pour faire entrer les étudiants dans l'esprit des auteurs qu'ils apprennent par cœur,
« J'ai toujours été des premiers dans mes classes, hors dans les plus basses, parce que je fus mis en sixième que je ne savais pas encore bien lire. Je réussis particulièrement en philosophie ; il me suffisait souvent d'avoir attention à ce que le régent dictait pour le savoir et pour n'avoir point besoin de l'étudier ensuite. Je prenais tant de plaisir à disputer en classe, que j'aimais autant les jours où l'on y allait que les jours de congé. 5)
Charles Perrault rimait sur les bancs du collège. Il s'essaya contre Virgile, travestissant en vers burlesques, à la manière de Scarron, le sixième livre de V Enéide. Nous le prenons déjà en flagrant délit d'irrévérence envers les anciens. Mais ce n'était là qu'un passe-temps, qu'un exercice littéraire auquel prenait part avec lui son frère Claude^ le futur auteur de la colonnade du Louvre. Il continuait avec ardeur de compléter ses éludes par des lectures