‹ Propos littérairesChapitre 55 sur 95 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dont il lirait profit, grâce à la mélhode qu'il avait adoptée et qu'il nous Diit connaître :

« Pendant trois ou quatre années de suite, un de mes amis, nommé Beaurain, vint presque tous les jours deux fois au logis, le matin à huit heures jusqu'à onze, et l'après-dîner depuis trois jusqu'à cinq. Si je sais quelque chose, je le dois particulièrement à ces trois ou quatre années d'étude. Nous lûmes presque toute la Bihle et presque tout Tertullien, l'histoire de France de la Serre et deDavila. Nous traduisîmes le traité de Tertullien De Ihabillement des femmes; nous lûmes Virgile, Horace, Tacite, et la plupart des autres auteurs classiques, dont nous fîmes des extraits que j'ai encore. La manière dont nous faisions ces extraits nous était fort utile : l'un des deux lisait un chapitre ou un certain nombre de lignes, et après la lecture il en dictait le sommaire en français, que nous écrivions en y insérant les plus beaux passages dans leur propre langue. Après que l'on avait lu et dicté de la sorte, l'autre en faisait autant, ce qui nous accoutumait à traduire et à extraire en même temps. L'été, lorsque cinq heures étaient sonnées, nous allions nous promener au Luxembourg. Comme M. Beaurain était plus studieux que moi, il lisait encore de retour chez lui, et pendant la promenade il me redisait ce qu'il avait lu. »

Fils d'avocat, frère d'avocat, Perrault se destina d'abord au barreau et plaida avec succès. Mais ses frères le détournèrent d'une profession où l'un d'eux ne réussissait pas, malgré de l'esprit et de l'éloquence, et il entrevit que ce chemin ne le conduirait pas à la fortune. Il quitta sa robe d'avocat pour être commis chez son frère, Pierre, receveur général des finances, et il resta chez lui dix ans, n'ayant qu'à toucher de l'argent et à en donner tour à tour, et jouissant d'une belle bibliothèque dont son frère était possesseur. Toujours épris de vers, il rima, composa deux odes, l'une sur la paix des Pyrénées, l'autre sur le mariage de Louis XIV. C'était de la poésie officielle; elle le mit en crédit. Colbert le nomma premier commis de la surintendance des bâtiments, dont il devint plus tard contrôleur, puis le chargea de réunir des savants qui devaient se consacrer à l'étude des devises et médailles. Ce fut l'origine et le berceau de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

Colbert fut si content de la manière dont Perrault s'était acquitté de sa tâche, dès le début, qu'il lui fit remettre une bourse renfermant cinq cents écus en or, et cette gratification, doublée un peu plus tard, lui fut continuée pendant de longues années.

Cette société de gens de lettres était chargée de

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