CHAPITRE I
VOUS leur témoignerez à tous, et que tous vous demandent par ma bouche. 55
Ce souhait de bienvenue, formulé d'une façon si pénible, nous présente, dans une longue énumération, les membres de condition élevée qui composaient alors l'Académie. Perrault n'était cerlainement pas indigne d y prendre place. Ce que Chapelain ne prévoyait pas, et Perrault moins qu'un autre, c'est que le titre de gloire du nouvel académicien serait non pas les ouvrages par lesquels il croyait justifier l'honneur d'appartenir à la docte compagnie, mais un livre de contes, dédié aux enfants.
L'Académie fut redevable à Perrault de plusieurs innovations utiles. 11 fit décider que les séances de réception seraient désormais publiques, et cette coutume fut profitable en attirant davantage l'attention sur ce corps littéraire et en y intéressant ceux qui n'en faisaient pas partie.
L'élection des académiciens avait lieu jusqu'alors au moyen d'un vote verbal, ce qui lui ôlait l'indépendance qu'assure le secret, et donnait naissance aux rancunes, aux inimitiés. Perrault obtint que l'élection se ferait au scrutin secret, et que les noms des membres à élire seraient inscrits sur des billets. Enfin les jetons de présence furent institués sur sa proposition, et c'est sous ses inspirations.
d'après ses idées, que l'on fonda les académies de peinture, de sculpture, d'architecture et des sciences. On voit qu'il prit au sérieux son rôle d'académicien et ne resta pas inactif. C'était un de ces hommes entreprenants qui réussissent par la confiance qu'ils inspirent aux autres et par celle qu'ils ont en euxmêmes.
Bien peu de Parisiens savent peut-être que, si le jardin des Tuileries est ouvert au public, ils en ont l'obligation à Perrault, qui se constitua l'avocat des promeneurs et finit par gagner leur cause auprès de Colbert. Voici comment il raconte le fait dans ses Mémoires :
« Quand le jardin des Tuileries fut achevé de replanter : « Allons aux Tuileries, me dit M. Colbert, « en condamner les portes : il faut conserver ce « jardin au Roi et ne pas le laisser ruiner par le « peuple qui, en moins de rien, Taura gâté entiè- « rement. 55 Quand il fut dans la grande allée, je lui dis : « Vous ne croiriez pas, monsieur, le res- « pect que tout le monde, jusqu'au plus petit « bourgeois, a pour ce jardin. Non seulement les et femmes et les petits enfants ne s'avisent jamais « de cueillir aucune fleur, mais même d'y toucher; « ils s'y promènent tous comme des personnes raitt sonnables. Les jardiniers peuvent, monseigneur, « vous en rendre témoignage : ce sera une afflic-