‹ Propos littérairesChapitre 6 sur 95 · PROPOS L I T T K R A I U E S · texte numérisé non relu

PROPOS L I T T K R A I U E S

fort simple et/ort commun , toujours négligé et peu curieux de son extérieur. 11 avait le visage assez agréable, un grand nez, la bouche belle, les yeux pleins de feu, la physionomie vive, des traits fort marqués et propres à être transmis à la postérité dans une médaille ou dans un buste. Sa prononciation n'était pas tout à fait nette; il lisait avec force, mais sans grâce.

« Il savait les belles-lettres, l'histoire, la politique; mais il les prenait principalement du côté qu'elles ont rapport au théàlre. Il n'avait pour toutes les autres connaissances, ni loisir, ni curiosité, ni beaucoup d'estime. 11 parlait peu, même sur la matière qu'il entendait parfaitement. Il n'ornait pas ce qu'il disait, et pour trouver le grand Corneille, il fallait le lire.

K II était mélancolique, il lui fallait des sujets plus solides pour espérer et pour se réjouir que pour se chagriner ou pour craindre. Il avait l'humeur brusque et quelquefois rude en apparence ; au fond il était très aisé à vivre, bon père, bon mari, bon parent, tendre et plein d'amitié...

« Il avait l'àme fière et indépendante; nulle souplesse, nul manège : ce qui la rendu très p)ropre à peindre la vertu romaine et très peu propre à faire sa fortune. 11 n'aimait point la Cour; il y apportait un visage presque inconnu, un grand nom qui ne

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s'atlirait que des louanges, et un niérile qui n'était pas le mérite de ce pays-là...

« Il n'était point trop endurci aux louanges, à force d'en recevoir; mais s'il était sensible à la gloire, il était fort éloigné de la vanité (1). »

On ne saurait mieux dépeindre l'homme. Tel que le représente un de ceux qui le virent de près, il est conforme à l'idée qu'on se forme du grand poète tragique- Xous ne nous le figurons pas souple, ni gai, et il ne nous déplaît pas de lui voir cette fierté, cette brusquerie, ce caractère, cette rudesse que reflète son talent, et qu'on retrouve dans la plupart des personnages de ses pièces.

A.U temps de Louis XIV, il reste un Français du seizième siècle, et il y a en lui quelque chose d'un Romain. Personne n'était plus apte à faire revivre les sentiments de l'ancienne Rome, ou à traduire, sous les traits d'un Rodrigue, la passion de l'honneur et la fierté castillane.

L'héroïsme devait tenter son pinceau. 11 fait le fond des caractères immortalisés par lui. Ses héros, ses héroïnes sont marqués de cette empreinte, et il a fait passer dans la langue un mot qui exprime la grandeur, les vertus héroïques, en les associant à son nom : celui de Cornélien.

(1) lie de Pierre Corneille.

Le Ciel a pour des cœurs français un titre que n'ont ni Horace, ni China, où les sentiments, où les personnages sont romains; il a une parenté avec la chevalerie française, éprise de gloire, d'honneur, de générosité, et qui, à travers les siècles écoulés, demeure au fond de l'àme nationale.

Celte pièce devait donc soulever un véritable enthousiasme, à l'époque où elle parut pour la première fois. Elle montre le devoir triomphant de la passion, le devoir accompli jusqu'à l'héroïsme.

Rodrigue et Chimène allaient s'unir quand éclate la querelle de leurs pères, devenus ennemis irréconciliables. C'est à Rodrigue à venger l'honneur de Don Diègue, dont le comte de Gormas, père de Chimène, a outragé la vieillesse, il ne récuse pas un devoir qui trahit ses intérêts les plus chers ; il l'accepte avec orgueil, et, avant de se mesurer, les deux combattanls rivalisent des plus fiers et des plus nobles sentiments.

LE COMTt;.

Te mesurer à moi ! qui l'a rendu si vain, Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main?

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