CHAPITRE I
d'esprit et de talent. Il y fait intervenir un père dont le fils ne veut pas s'engager dans les liens du mariage, à cause du mépris qu'il professe pour les femmes. Pour le réconcilier avec elles, il les lui montre dans l'exercice de la charité.
Va dans les hôpitaux, où l'on voit de longs rangs De malades plaintifs, de morts et de mourants; Là tu rencontreras, en tout temps, à toute heure. Malgré l'air infecté de leur triste demeure. Mille femmes d'honneur dont souvent la beauté, Que cache et qu'amortit leur humble piété, A de plus doux attraits pour les âmes bien faites Que tout le vain éclat des plus vives coquettes.
Puis il retraçait le rôle de la femme dans la famille, dans la société, disculpant les femmes des reproches qu'on leur adresse et se demandant si les hommes ne sont pas responsables des maux dont ils les accusent, lorsque, trop souvent, l'intérêt, les calculs faussent l'institution du mariage.
Les idées de Perrault étaient justes; mais sa versification était faible, et si les femmes durent lui savoir gré de s'être fait leur champion, elles se laissèrent peut-être divertir par les traits de satire de Boileau. Dire du mal de leur sexe, c'était encore s'en occuper et en occuper les autres.
La question des femmes ne menaçait pas moins d'éterniser la querelle que celle des anciens et des
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modernes, si le grave Arnauld n'avait entrepris de réconcilier les deux ennemis. La paix fut signée en 1700, etBoileau écrivit à Perrault une lettre où, reprenant la question qui les avait armés l'un contre l'autre, il la traitait avec autant de mesure que de vérité. Il commençait par rendre un solennel hommage aux modernes dans lapersonne des Corneille, des Racine, des Molière, des La Fontaine, en faisant remarquer toutefois qu'ils avaient dû souvent à l'imitation des anciens les plus grandes beautés de leurs écrits. Puis, analysant la nature des sentiments de Perrault :
" D'où a pu donc venir, lui dit-il, votre chaleur contre les anciens? Je commence, si je ne m'abuse, à l'apercevoir. \ ous avez vraisemblablement rencontré, il y a longtemps, dans le monde, quelquesuns de ces faux savants, tels que le président de vos dialogues, qui ne s'étudient qu'à enrichir leur mémoire et qui, n'ayant, d'ailleurs, ni esprit, ni jugement, ni goût, n'estiment les anciens que parce qu'ils sont anciens, ne pensent pas que la raison puisse parler une autre langue que la grecque ou la latine, et condamnent d'abord tout ouvrage en langue vulgaire, sur ce fondement seul qu'il est en langue vulgaire. Ces ridicules admirateurs de l'antiquité vous ont révolté contre tout ce que l'antiquité à de plus merveilleux. Vous n'avez pu vous
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résoudre crètie du sentiiiieiit des gens déraisonnables, dans la chose même où ils avaient raison. Voilà, selon toutes les apparences, ce qui vous a fait faire vos Parallèles. "
La supposition était iiabile et dénature à faciliter le rapprochement désiré. Faisant encore un pas en avant vers son ancien adversaire, Boileau ajoutait : « Nous ne sommes pas, vous et moi, aussi éloignés d'opinion que vous le pensez. En effet, qu'est-ce que vous avez voulu établir par tant de poèmes, de dialogues, de dissertations sur les anciens et les modernes?
" Je ne sais si j'ai bien pris votre pensée; mais la voici, ce me semble. Votre dessein est de montrer que pour la connaissance surtout des beaux-arts et pourleméritedes belles-lettres, notresiècle, ou, pour mieux parler, le siècle de Louis le Grand, est non seulement comparable, mais supérieur à tous les plus fameux siècles de l'antiquité, et même au siècle d'Auguste. Vous allez donc être bien étonné quand je vous dirai que je suis sur cela entièrement de votre avis, et que même si mes infirmités et mes emplois m'en laissaient le loisir, je m'offrirais volontiers de prouver comme vous cette proposition, la plume à la main. A la vérité, j'emploierais beaucoup d'autres raisons que les vôtres, car chacun a sa manière de raisonner, et je prendrais des
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précaulions et des mesures que vous n'avez pas prises.
« Je n'opposerais donc pas, comme vousavez fait, notre nation et notre siècle seuls à toutes les autres nations et à tous les autres siècles joints ensemble. L'entreprise, à mon sens, n'est pas soutenable. J'examinerais chaque nation et chaque siècle l'un après l'autre; et après avoir mûrement pesé en quoi ils sont au-dessus de nous, et en quoi nous les surpassons, je suis fort trompé si je ne prouvais invinciblement que l'avantage est de notre côté. 5>
Il n'y avait vraiment plus moyen de rester ennemis, après des explications aussi satisfaisantes. Mais la réconciliation n'en laissa pas moins subsister une ombre qui reste sur le nom de Perrault, dont le jugement littéraire s'était égaré dans cette querelle mémorable.
u Combien de rares qualités offusquées par un un seul défaut! dit de lui à ce propos Mme Dacier. Il a eu l'orgueilleuse témérité de censurer le plus grand des poètes (Homèie), et d'y reprendre beaucoup de choses qui sont, aux yeux de tout l'univers, autant de beautés ineffaçables qu'il n'a pas senties. Dès lors, tout son mérite s'est éclipsé; on a oublié ses talents, ses productions, sa probité, sa vertu même, et il ne lui est resté en partage que la honte d'être un fort méchant critique. »