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CHAPITRE IX

Heureuseinenl pour Perrault, l'arrêt rendu par Mme Dacier et ses contemporains s'est adouci depuis lors, et l'on a beaucoup pardonné à l'ennemi des anciens, en faveur de l'auteur des Contes.

Malgré ses démêlés avec les défenseurs de l'antiquité classique, Perrault pouvait passer pour un homme heureux. 11 avait gravi rapidement les échelons qui conduisent à une situation enviée. 11 jouissait du bonheur conjugal, et sa femme lui avait apporté en dot 700,000 livres. Mais après avoir connu la faveur, il avait éprouvé le contre-coup de la disgrâce qui était tombée sur son frère aîné, le receveur général des finances, accusé de malversation et dépossédé de sa charge. C'est en vain qu'il avait pris sa défense auprès du ministre. Celui-ci lui fit sentir son mécontentement et cessa de le traiter avec bienveillance. Lorsque Louvois devint ministre, il poursuivit les protégés de Colbert et n'épargna pas Perrault, qu'il fit exclure de l'Académie des inscriptions, oii il avait tant de droit de figurer, puisqu'il avait contribué à sa formation. La surintendance des

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bâtiments avait fmi par lui peser. Sa démissiou fut acceptée assez facilement, et la défaveur ministérielle qui continuait de le poursuivre le décida à lentrer dans la vie privée. II avait cinquante ans. Cette dernière partie de son existence nous est peu connue. Nous savons seulement par lui que l'éducation de ses enfants l'occupa dès lors tout entier,

« J'allai me loger, dit-il, en ma maison du faubourg Saint-Jacques, qui, étant proche des collèges, me donnait une grande facilité d'y envoyer mes enfants, ayant toujours estimé qu'il valait mieux que des enfants vinssent coucher à la maison de leur père, quand cela se peut faire commodément, que de les mettre dans un collège où les mœurs ne sont pas en si grande sûreté. Je leur donnai un précepteur, et moi-même j'avais soin de veiller sur leurs études. 55

Le goût des lettres, qui ne l'avait jamais abandonné, remplit aussi ses loisirs.

11 composa les E loges des hommes illustres du dixseptième siècle, à la requête d'un parent de Colbert, qui avait gravé les portraits de cent deux personnages célèbres, et lui demanda de les accompagner de notices. Cet ouvrage en deux volumes in-folio a le mérite de l'exactitude. Mais ce n'est pas lui qui devait faire vivre son nom et lui conquérir la place qu'il occupe aujourd'hui encore dans tous les foyers.

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Celle gloire cluiable, il la doit loul entière à son livre (le Contes^ et ce livre est né de son amour paternel. 11 parut eu 1G97, sous le nom de son fils, Perrault d'Armaucour, alors enfant. Une croyait pas que ce badinage fût digne de la signature d'un académicien. C'est cependant par ce livre écrit pourle jeune âge qu'il est parvenue la postérité. L'enfonce qu'il aimait l'a protégé contre l'oubli ; il lui doit sa renommée.

Lorsqu'il s'éteignit, en 1703, à soixante-quinze ans, il ne devina pas le succès réservé à cette œuvre d'un père en cheveux blancs dont l'unique ambition fut d'intéresser de petits lecteurs aux boucles blondes.

En prenant possession de nous à l'âge où s'éveillent nos premières curiosités, il s'est emparé de toute notre vie, car il reste dans nos mémoires, et si nous ne croyons plus à la puissance de ses fées, à l'existence de ses héros, nous aimons à nous en souvenir. Nous les rencontrons sur notre route; ils régnent sur l'imagination populaire et y ont élu un domicile dont nul ne les dépossédera.

Les plus grands artistes n'ont pas dédaigné de leur donner une seconde vie en les illustrant par leur crayon. Le livre les avait introduits dans les esprits; l'image les a montrés à nos yeux. Ce ne sont donc plus maintenant des personnages chimé-

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riques, ce sont des habitants de notre planète, et ils ont droit de cité dans la vie réelle.

Nous avons tous frémi au récit de Barbe-Bleue; nous avons déploré la mort du Petit Chaperon rouge; nous nous sommes intéressés aux malheurs et aux prospérités de Cendrillon. Le Petit Poucet, abandonné par ses parents, nous a paru digne de la fortune dont il a fait si bon usage, et nous l'avons suivi avec inquiétude dans la forêt oii il avait eu soin de marquer sa roule par les cailloux blancs qui remplissaient ses poches. Enfin, nous avons donné au Chat botté une place parmi les animaux que nous a fait aimer La Fontaine. Il nous a divertis par son esprit ingénieux, et lorsque nous le voyons devenu grand seigneur, nous trouvons que c'est justice.

Mme Arvède Barine, dans son charmant éloge des Contes de Perrault (1), observe que le procédé de l'auteur consiste à placer le merveilleux dans le cadre du dix-septième siècle, et à le rendre par là plus vivant. Au lieu de laisser ses personnages dans la sphère fabuleuse oîi il les a pris, il les habille et les fait parler comme ses contemporains. Nous pouvons reconstituer, d'après ses tableaux, des figures et des traits de mœurs de l'époque.

(1) Il a été couronné par l'Académie française, qui, pour Ip concours du prix d'éloquence, avait donné comme sujet les contes de Perrault.

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