CHAPITRE X
gent les sitiialious les plus malheureuses ou les plus embionillées. Il eût fourni le sujet d'une de ces idylles à la mode sous le règne du vertueux roi Louis XVI, où l'on était sensible, où l'on s'attendrissait à la pensée de voir s'ouvrir, en réformant la société, une ère de paix éternelle et de pure félicité.
Florian était l'homme d'une pareille cour, et il dut y puiser beaucoup des sentiments que traduisent ses écriits. Il eut bientôt conquis les bonnes grâces de sou princ^, qu'il charmait par sa douceur et amusait par son esprit. Il obtint, grâce à lui, une lieulenance dans le régiment de dragons de Pen- Ihièvre et suivit la carrière des armes, qui répondait aux traditions de sa famille. Nous ne nous figurons pas Florian guerrier. II n'avait certainement du dragon que l'uniforme ; mais il aimait l'éclat de cet uniforme et confesse ingénument le plaisir qu'il éprouva à en être revêtu pour la première fois. «Je me regardais dans toutes les glaces, a-t-il dit; j'étais occupé de savoir si j'avais l'air d'un officier; ma cocarde faisait le bonheur de ma vie. »
En garnison à Maubeuge, il venait passer ses congés à Paris et consacrait ses loisirs à la poésie. La plume l'attirait plus que Pépée, et nous ne sommes pas surpris de le voir quitter le régiment.
Xous le retrouvons auprès du duc de Penthièvre, dont il est devenu gentilhomme ordinaire. Favori du prince, il est le distributeur de ses aumônes. Il l'égayé par des pièces de théâtre où il est à la fois auteur et acteur. 11 se livre sans contrainte à son goût pour les lettres. Il aborde le roman dans Galat/iée, imitation de Cervantes; dans Estelle et Xémorin (1788), pastorale qui n'eut pas le succès qu'on aurait pu attendre. Ou approchait des grandes catastrophes ; la fièvre politique surexcitait les esprits, et les bergers faisaient place aux tribuns.
Florian, l'oreille fermée aux bruits des événements, continuait d'écrire et de rimer. Il s'essaye dans tous les genres, passe du roman au théâtre, publie des nouvelles^ des rôtîtes, puis des poèmes : But/i^ Tobie, couronnés par l'Académie, oii il vient s'asseoir parmi les immortels. Tout lui souriait; mais l'horizon politique devenait de plus en plus sombre. En 1791, tour à tour poète et historien, il fait paraître un nouveau poème : Gouzalve de Cordoue, suivi d'un précis historique sur les Maures. Enfin, ses Fables sont imprimées en 1792. Les circonstances ne leur étaient guère favorables. Le grand drame qui se jouait en France occupait l'attention qu'en des jours heureux on accordaitaux fictions.
Florian aurait dû être épargné par la Révolution,