CHAPITRE X
l'expression ! Celle de Floriaii a quelque chose de languissanl ; elle n'a rien de frappant ni d'élevé. C'est le thym qui tire la conclusion; il est juge et partie. La vérité qu'il énonce aurait besoin d'une autre sanction.
La Fontaine, en opposant le chêne au roseau, a rendu le coutrasie plus saisissant entre la grandeur altière et l'obscurité de la condition. 11 a recours à la leçon éloquente des événemenis, et c'est le ciel qui se charge de confondre l'orgueil.
Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants Que le Xord eût porté jusque-là dans ses flancs.
L'arbre tient bon, le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.
Par cette superbe image, le poète, décrivant la hauteur et la majeslé du chêne, fait paraître sa chute plus terrible et plus vengeresse. Arrêtons-nous. Ce serait prociuer un trop facile triomphe à La Fontaine.
Avec le Bonhomme et le Trésor, nous revenons à Florian. C'est l'histoire d'un homme heureux de la médiocrité. Mais il trouve un trésor, et avec lui perd tout son bonheur. Il devient arnbilieuxetdur.
212 PROPOS LlTTEUAIllES.
Il ne recouvre sa félicité première qu'en distribuant son or à tous les habitants du village, et le fabuliste conclut :
Soyons conlents du nécessaire Sans jamais souhaiter de trésors superflus. II faut les redouter autant que la misère :
Comme elle ils chassent les vertus.
Quelle leçon plus vive et plus piquante contre la richesse dans le Savetier et le Financier! Les personnages y appartiennent à la vie réelle ; nous croyons les avoir connus. Ceux de Florian sont les êtres imaginaires d'un conte moral et trahissent la fiction.
La fable V Ecureuil, le Chien et le Renard nous présente un vieux renard au pied d'un chêne où s'est réfugié un écureuil, tandis qu'un chien danois, son ami, s'est logé dans le creux de Taibre pour y passer la nuit.
Le renard dit à l'écureuil :
Ami, pardonnez, je vous prie, Si de votre sommeil je viens troubler le cours ; Mais le pieux transport dont mon ùme est remplie Ne peut se contenir : je suis votre cousin
Germain ; V^olre mère était sœur de feu mon digne père. Cet honnête homme, hélas ! ù son heure dernière, M'a tant recommandé de chercher son neveu
Pour lui donner moitié du peu Qu'il m'a laissé de bien ! Venez donc, mon cher frère,