CHAPITRE X
cepte. Ayant étranglé un loup qui emportait un agneau, il n'a pas résisté à la tentation de manger l'agneau, puis la mère venue à son secours. Condamné à mort, il témoigne le plus édifiant repentir, et termine ainsi sa confession publique :
Apprenez lous, du moins, en me voyant mourir,
Que la plus légère injustice Auv forfaits les plus grands peut conduire d'abord,
Et que dans le cbernin du vice
On est au fond du précipice
Dès qu'on met un pied sur le bord (1).
Le villageois a réalisé le souhait de l irgile :
0 forlunalos nimium sua si bona norint Acjvicolas!
Il n'envie personne, il est heureux de sa condition, et dit au savant, étonné de sa sagesse :
J'aime et je suis aimé, mon âme est tendre et pure, Et toujours selon ma mesure Ma raison sait régler mes vœux.
.J'observe et je suis la nature.
C'est mon secret pour être heureux (2).
Le secret a été perdu, et l'on ne semble pas près de revenir à cet idéal de la vie champêtre. Ce bon-
(1) Le Chien coupable.
(2) Le Savant et le Fermier.
heur, chanté par les poètes, n'a peut-être jamais existé que dans les idylles.
Il n'est que trop aisé de prouver que Florian est inférieur à La Fontaine Mais son infériorité apparaît surtout dans les fables où il cherche à l'imiter, en traitant les mêmes sujets. Lisons la fable le Lierre et le Thym :
Que je te plains, petite plante,
Disait un jour le lierre au thym .
Toujours ramper, c'est Ion destin;
Ta tige ciiétive et tremblante Sort à peine de terre; et la mienne dans i'air, Unie au chêne altier que chérit Jupiter,
S'élance avec lui dans la nue.
II est vrai, dit Je thym, ta hauteur m'est connue; Je ne puis sur ce point discuter avec toi :
Mais je me soutiens par moi-même ; Et sans cet arbre, appui de ta faiblesse extrême,
Tu ramperais plus bas que moi.
C'est l'idée et la morale de la fable célèbre ; le Chêne et le Roseau. Mais combien les deux fables diffèrent l'une de l'autre par l'imagination, par