CHAPITRE XI
Dans ces beaux vers sur la vie champêtre, le sentimeat de la nature s'exprime à la façon classique des poètes anciens :
Solitude où je trouve une douceur secrète,
Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais
Loin du monde et du bruit goûter l'ombre et le frais?
Oli ! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles ?
Quand pourront les neuf sœurs, loin des Cours et des villes,
M'occuper tout entier et m'apprendre des cieux
Les divers mouvements inconnus à nos yeux.
Les noms et les vertus de ces clartés errantes
Par qui sont nos destins et nos mœurs différentes ?
Que si je ne suis né pour de si grands projets,
Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets !
Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie.
La Parque à filets d'or n'ourdira point ma vie.
Je ne dormirai point sous de riches lambris;
Mais voit-on que le somme en perde de son prix?
En est-il moins profond et moins plein de délices ?
Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices.
Quand viendra le moment d'aller trouver les morts.
J'aurai vécu sans soins et mourrai sans remords (1).
Les fables ne comportaient pas de longues descriptions de la nature; les bêtes y occupent la place principale, et les paysages, les choses rustiques ne sont que le décor du théâtre où les animaux deviennent les acteurs de la comédie humaine. Les eaux, les arbres, les prés, sont dessinés en
(1) Le Songe d'un habitant du Mogol.
228 PROPOS LITTEUAIUES.
quelques traits et entrevus dans le fond du tableau. Lorsque le héron « côtoie une rivière )? ,
L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours (I).
S'il faut peindre le chêne, lanoblesse des images, la poésie des expressions correspondront à la majesté de l'arbre séculaire :
Celui de qui la tète au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts (2).
Ailleurs, c'est un pin antique,
Vieux palais d'un hibou, triste et sombre retraite De l'oiseau qu'Atropos prend pour son interprète,
et dont « le tronc caverneux » est « miné par le temps 5) (3).
La forêt a une âme; elle gémit de se voir dépouillée par la main du bûcheron qui a besoin d'un manche pour sa cognée, dont il se sert ensuite contre sa bienfaitrice, immolant
Maint chêne et maint sapin Dont chacun respectait la vieillesse et les charmes (4).
Pour nous montrer des chèvres, le poète nous conduit dans un site agreste,
(1) Le Héron.
(2) Le Chêne et le Roseau.
(3) Les Souris et le Chat-huant.
(4) La Vorêt et le Bûcheron.