CHAPITRE XI
Vers les endroits du pàliiraj^e
Les moins Iréqucntés des humains.
Là, s'il est quel(|ue mont pendant en précipices, C'est oii ces dames vont promener leurs caprices (1).
Rien de plus simple et de plus vrai que celle description d'un jardin de village dont le propriétaire est un « demi-bourgeois, demi-manant n :
Un jardin assez propre el le clos attcnaiil.
Il avait de plant vif fermé cette étendue :
Là croissait à plaisir l'oseille et la laitue.
De quoi faire à Marjjot pour sa fête un bouquet,
Peu de jasmin d'Espagne el force serpolet (2).
Le jardin est sous nos yeux ; il apparaît dans ces petits détails d'une grâce familière.
Le printemps est défini d'un mot poétique; c'est la saison
Que les tièdes zéphyrs ont l'hcrhe rajeunie (3).
Voulons-nous voir un effet de soleil couchant ou de soleil levant dans les bois? Nous n'avons qu'à suivre La Fontaine transformé en chasseur :
A l'heure de l'affût, soit lorsque la lumière Précipite ses traits dans l'Iiumide séjour, Soit lorsque le soleil rentre dans sa carrière Et que, n'étant plus nuit, il n'est pas encor jour,
(1) Les Deux Chèrres.
(2) Le Jardinier et son Seigneur.
(3) Le Chevalet le Loup.
•230 PROPOS LITTliKAIRES.
Au bord de quelque bois sur un arbre je grimpe, Et, nouveau Jupiter, du haut de cet Olympe
Je foudroie à discrétion
Un lapin qui n'y pensait guère.
Je vois fuir aussitôt toute la nation
Des lapins qui, sur la bruyère,
L'œil éveillé, l'oreille au guet, S'égayaient et de thym parfumaient leur banquet (1).
De semblables lableaux nous ramènent à la nature dont s'éloignent les lieux communs et les fades peintures de la poésie pastorale. Au lieu du berger élégamment vêtu et qui compose des madrigaux, nous avons le vrai paysan, le paysan du Danube :
Son menton nourrissait une barbe touffue;
Toute sa personne velue Représentait un ours, mais un ours mal léché; Sous un sourcil épais il avait l'œil caché. Le regard de travers, nez torlu, grosse lèvre,
Portait sayon de poil de chèvre
Et ceinture de joncs marins.
La Fontaine a eu le sentiment et l'amour du pittoresque. Aussi a-t-il été peintre et paysagiste, au lieu d'être poète de bucolique. Le réalisme de ses descriptions n'est jamais la laideur, et il relève la vulgarité des choses par le charme et la grâce des images.
Comme lui Mme de Sévigné a aimé la nature; elle l'a aimée à la campagne, dans sa terre des
(1) Les Lapins.