CHAPITRE XI
d'autres avaient une eau paisible el donnante; d'autres par de longs détours revenaient sur leurs pas, comme pour remonter vers leur source, et semblaient ne pouvoir quitter ces bords encbantés. On apercevait de loin des collines et des montagnes qui se perdaient dans les nues, et dont la figure bizarre formait un borizou à soubait pour le plaisir des yeux(l). »
La mer, les cours d'eau, les montagnes, sont réunis dans ce tableau. Mais c'est une nature idéale, poétisée ; il s'agit du séjour d'une déesse, de Calypso. Le pinceau de Fénelon est tellement imprégné du coloris de l'antiquité, qu'il ne décrit guère autrement les pays connus, comme par exemple le midi de l'Espagne, dont il parle en ces termes :
« Les hivers y sont tièdes et les rigoureux aquilons n'y soufflent jamais. L'ardeur de l'été y est toujours tempérée par des zéphyrs rafraîchissants qui viennent adoucir l'air vers le miUeu du jour. Ainsi toute l'année n'est qu'un heureux hymen du printemps et de l'automne qui semblent se donner la main. La terre, dans les vallons et dans les campagnes unies, y porte chaque année une double moisson. Les chemins y sont bordés de lauriers, de grenadiers, de jasmins et d'autres arbres tou-
(I) Télémaque, liv. I.
jours verts et toujours fleuris. Les montagnes sont couvertes de troupeaux qui fournissent des laines fines, rechercliées de toutes les nations connues. Il y a plusieurs mines d'or et d'argent dans ce beau pays; mais les habitants, simples et heureux dans leur simplicité, ne daignent pas seulement compter l'or et l'argent parmi leurs richesses; ils n'estiment que ce qui sert véritablement aux besoins de l'homme (1). «
Il y a plus de réalisme dans cetle description de l'île de Crète :
« De tous cotés nous remarquions des villages bien bcâtis, des bourgs qui égalaient les villes, et des villes superbes. Nous ne trouvions aucun champ où la main du diligentlaboureur ne fût imprimée ; partout la charrue avait laissé de creux sillons : les ronces, les épines et toutes les plantes qui occupent inutilement la terre, sont inconnues en ce pays. Nous considérions avec plaisir les creux vallons, où les troupeaux de bœufs mugissaient dans les gras herbages le long des ruisseaux; les moutons paissant sur le penchant d'une colline, les vastes campagnes couvertes de jaunes épis, riches dons de la féconde Cérès; enfin les montagnes ornées de pampres et des grappes d'un raisin déjà coloré qui promettait aux vendan-
(1) Tèlémaqne, liv. VIII