‹ Propos littérairesChapitre 78 sur 95 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

Naples, son beau ciel, sou beau golfe, lui paraissent mériter à peine un coup d'œil.

« On peut voir, dit-il, Naples dans deux minutes; il faut six mois pour voir Rome (1). »

11 préfère l'art à la nature, les travaux de la pensée aux spectacles des yeux.

BufPon est un naturaliste qui n'aime pas la nature ; il l'a étudiée en savant, il n'a pas connu son attrait. L'analyser, ce n'est pas la sentir (2).

Florian, qui est un poète, ne l'a vue qu'à la façon du dix-huitième siècle, à travers la Cour de Sceaux et d'Anet. Cette époque où l'on se piquait d'être sensible était trop raisonneuse, trop artificielle, pour avoir le goût des spectacles que nous offrent un beau paysage, un site agreste. On y décrit cependant la vie des champs et l'on y continue la tradition pastorale. On voit éclore de longs poèmes comme les Saisons de Saint-Lambert, les Mois de Roucher, consacrés à la campagne et aux choses rustiques.

Un peu plus lard, ces mêmes sujets inspireront à Delille les innombrables vers des Jardins et de l'Homme des champs.

(\) Voyages de Montesquieu, publ. par le baron Albert de Montesquieu, 2 vol.

(2) « Buffon peint d'idée tout ce qu'il voit, et il ne voit rien qu'avec les yeux de l'esprit. Chez lui le philosophe domine le peintre. 11 est exact, il n'est pas pittoresque. » (\isard, Hist. de la littérature française, IV, 498.)

240 TROP OS LITTEUAIUES.

Les contemporains signalaient déjà les défauts du genre, les digressions, la monotonie, la stérile abondance, les froides descriptions de ces poésies dont la lecture ne peut plus causer aujourd'hui qu'un insurmontable ennui.

Diderot a aimé la nature, ainsi que le témoignent les pages écrites par lui à la campagne dont il goûtait le charme, la vie simple, et qu'il parcourait avec délices à la Chevrette, chez Mme d'Epinay, au Grandval, chez le baron d'Holbach. Pendant ces séjours dont il a consacré le souvenir, il admire un site agreste, un coucher de soleil; il s'intéresse aux arbres, aux plantes rencontrés sur son chemin. Toutefois, il n'a pas décrit la nature dans ses romans et ne lui a demandé aucune de ses inspirations. Selon la remarque d'un de ses biographes (1), il lui a manqué le coloris, le pinceau d'un peintre de génie et les longs voyages entrepris, le bâton à la main, dans les contrées pittoresques. Il n'a guère quitté les environs de Paris, et il a aimé la campagne en épicurien, moins pour elle-même que pour le repos et l'air pur, retrouvant les causeries brillantes et la culture intellectuelle dans les hospitalières demeures où l'attirait l'amitié.

Il y avait alors un écrivain célèbre dont les doc-

(1) Lotis Diiciios, Didero!, l'Iioiiiiiic el l'écriiain.

Page 1