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CHAPITRE XI

Pendant son voyage à l'ile de France, il observait, la plume à la main, ce qu'il devait dépeindre, et praliqiiail un curieux système de notations écrites, destinées à ne laisser perdre aucun des détails qui devaient composer ses tableaux.

« 11 notait, nous dit un de ses biographes, les lignes et les formes du paysage, son dessin général, les accidents du terrain, la structure des roches, la silhouette des arbres et des plantes. Il notait les couleurs, leurs nuances les plus subtiles, leurs variations selon l'heure ou le temps, leurs menus détails, tels que la cassure rouge d'une pierre grise, ou l'envers blanc d'une feuille verte. Il notait les bruits de la solitude, la voix particulière du vent, un certain jour et dans un certain lieu, le murmure propre à chaque espèce d'arbre, le rythme d'un vol d'oiseau, le froissement imperceptible d'une feuille remuée par un insecte. Il notait les mouvements de la nature inanimée, les ondulations des herbes, les portions de cercle décrites sous le vent par les cimes des arbres, les balancements d'un roseau sur lequel un oiseau s'est posé, la fuite des ruisseaux, les agitations de la mer, l'allure des nuages (1). »

Bien différent de Montesquieu, il préférait u le

(l) Bernardin de Sahil-Vierre, par Arvkde Barixk, collect. des grands écrivains français, édit. HaclieUe.

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vol d'un moucheron à la colonnade du Louvre 55 .

C'est en voyant se poser des mouches sur un fraisier, qu'observant leurs infinies variétés, il conçut l'idée de sou étude de la nature si riche en toutes sortes de merveilles pour quiconque la regarde avec l'attention qu'on prête aux œuvres de l'homme. Par la création, il voulut démontrer l'existence du créateur et défendre la Providence contre ceux qui la nient.

« 0 mon Dieu ! écrit-il dans l'exposé de son livre, donnez à ces travaux d'un homme je ne dis pas la durée en l'esprit de vie, mais la fraîcheur du moindre de vos ouvrages ! Que leurs grâces divines passent dans mes écrits et ramènent mon siècle à vous, comme elles m'y ont ramené moi-même! Contre vous toute puissance est faiblesse ; avec vous toute faiblesse devient puissance. Quand les rudes aquilons ont ravagé la terre, vous appelez le plus faible des vents; à votre voix le zéphyr souffle, la verdure renaît, les douces primevères et les humbles violettes colorent d'or et de pourpre le sein des noirs rochers (I). »

Les théories et les systèmes des Etudes de la nature sont le côté faible de l'ouvrage; l'esprit de chimère et d'utopie s'y mêle à la vérité, et le désir

(1) l'^tiuL- première, plan de l'ouirage.

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