‹ Propos littérairesChapitre 83 sur 95 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

distinguait en plein midi aucun objet; sur la pointe de ce grand rocher voisin qui sort de la montagne, on découvrait tous ceux de cet enclos, avec la mer au loin, où apparaissait quelquefois un vapeur qui venait d'Europe ou qui y retournait. C'était sur ce rocher que les familles se rassemblaient le soir, et jouissaient en silence de la fraîcheur de l'air, du parfum des fleurs, du murmure des fontaines et des dernières harmonies de la lumière et des ombres. 5>

C'est encore une peinture d'une élégance pittoresque que celle oii le vieillard nous fait connaître son ermitage :

« La rivière qui coule devant ma porte passe en ligne droite à travers les bois, en sorte qu'elle me présente un long canal ombragé d'arbres de tontes sortes de feuillages : il y a des tatamaques, des bois d'ébène, et de ceux qu'on appelle ici bois de pomme, bois d'olive et bois de cannelle; des bosquets de palmistes élèvent çà et là leurs colonnes nues et longues de plus de cent pieds, surmontées à leurs sommets d'un bouquet de palmes, et paraissent audessus des autres arbres comme une forêt plantée sur une autre forêt. Il s'y joint des lianes de divers feuillages qui, s'enlaçant d'un arbre à l'autre, forment ici des arcades de fleurs, là de longues courtines de verdure. Des odeurs aromatiques sortent de la plupart de ces arbres, et leurs parfums ont tant

252 PROPOS I.ITTE IIAIRES.

d'influence sur les vêtements mêmes, qu'on sent ici un homme qui a traversé une forêt quelques heures après qu'il en est sorti. Dans la saison oii ils donnent leurs fleurs, vous les diriez à demi couverts de neige. A la fin de l'été, plusieurs oiseaux étrangers viennent, par un instinct incompréhensible, de régions inconnues, au delà des vastes mers, récoller les graines des végétaux de cette lie, et opposent l'éclat de leurs couleurs à la verdure rembrunie par le soleil. Telles sont, entre autres, diverses espèces de perruches, et les pigeons bleus appelés ici pigeons hollandais. Les singes, habitants domiciliés de ces forêts, se posent dans leurs sombres rameaux, dont ils se détachent par leur poil gris et verdàlre et leur face toute noire ; quelquesuns s'y suspendent par la queue et se balancent en l'air; d'autres sautent de branche en branche, portant leurs petits dans leurs bras. Jamais le fusil meurtrier n'y a effrayé ces paisibles enfants de la nature. On n'y entend que des cris de joie, des gazouillements et des ramages inconnus de quelques oiseaux des terres australes que répètent au loin les échos de ces forêts. La rivière qui coule en bouillonnant sur un lit de roche, à travers les arbres, réfléchit çà et là dans ses eaux limpides leurs nappes vénérables de verdure et d'ombre, ainsi que les jeux de leurs heureux habitants : à mille pas delà, elle

Page 1